DEVANT
— devant que, comme avant que :
Cet emploi, fréquent dans Corneille comme chez tous les écrivains du dix-septième siècle, se retrouve jusque chez Voltaire et d'autres poètes de son école :
Electre, revenant à elle et courant vers Fume, Cruel, qu'osez-vous dire?
Ah! ne m'en privez pas; el devant que j'expire, Laissez, laissez toucher à mes tremblantes mains Ces restes échappés à des dieux inhumains. (Volt., Oreste, m, 4.; Prenez mes sentiments; et, devant que je meure» Consolez mes vieux ans dont vous faites l'espoir. (Id., Tancr., i,4.)
Ah ! devant que j'expire, Cher prince, à mes regards le ciel peut te conduire.
(De Bbllot, Pierre le Cruel, v, 5.)
Ces faits sont trop connus pour que nous nous y arrêtions; nous nous contenterons d'observer que devant pour avant y devant que pour avant que, se disent encore parmi le peuple dans quelques provinces , comme dans la Normandie.
— prendre le pas devant, comme prendre le pas:
J'ai de l'ambition, et mon orgueil de reine
Ne peut voir sans chagrin une autre souveraine
Qui, sur mon propre trône à mes yeux s'élevant,
Jusque dans mes Etats prenne le pas devant. (Serf., u, 4.:
Voltaire a ainsi critiqué cette expression peu tragique :
« Prenne le pas devant, ne se dit plus et présente une petite idée. Voilà de ces choses qu'il faut ennoblir par l'expression. Racine dit: < Je ceignis la tiare, et marchai son égal. » Prendre le pas devant est une mauvaise façon de parler, qui n'est pas pardonnable aux gazettes. »
Un poëte , très-estimé pour la délicatesse et l'élégance de son
style , n'a pas fait difficulté d'employer la locution que Voltaire
trçuve si détestable :
Eh bien! soit, je le veux : notre siècle savant
Sur les temps écoulés a pris te pat devant. (Sbxbcb, ÊpU. , au C* d'Àyea.)
— céder le pas devam, comme céder le pas :
Vous êtes mon aînée, et c'est un avantage
Oui me fait vous de\oir grande civilité;
Aussi veux-je cidar U pas deiaut à l'âge,
Mais je ne puis souffrir autre inégalité. (-«4$*., i» U
On trouve dune manière analogue, lâcher le pied devant :
Si, comme à ce vaillant Romain, on lui donne la louange d'avoir toujours vaincs ses ennemis, on ne peut le blâmer comme lui d'avoir jamais lâché le pied dcmf vScauu. Portr.)
DÉVELOPPER im
DÉVELOPPER, débrouiller, expliqu* i
J'avoue que ce n'est pas Tussge des anciens, mais ÏJ faut nTsAOuer aussi que, faute de Lavoir pratiqué, il» nous laissent beaucoup d'obscurité* dans leur* poèmes» qu'il n'y a que les mairres de Tari qui puissent iU^luppet. (Trai*. ttw.) — Quand il fauJ de nécessite! Unir îa pièce, un bonhomme semble tomber des nues pour faire développer le sec rot de sa naissance. [Exnm* de H, Sam bi
On a dit d'une manière analogue :
Ou croit trouver dans I1 Apocalypse une lumière certaine pour développer n» «crut, (Bo**., For., xjii, 1K)
Si linran Le jamais va vous interroger,
Si de gré, si par force on veut vous engager
IA lui développer les secrets de M-nl-imc A veiller sur les pas de sa sieur, de sa femme, Gai dea-vous bien surtout.. .. (Cahpi&tju, t.fja'out djwùuiê* i, I.)
— ÉTAK df.vki.w*pk de, être débarrassa (fil :
Celui <jue ta parole nue fois a frappe, fît tant d'opinions vaines, ambitieuses.
Et souvent dangereuses,
Btihmv dé rehppé. Jmil.t | , 3 , )
On trouve fréquemment, au seizième et au dix-septième siècle, H développer de, employé :
iB Au sens matériel, pour lignifier se débarrasser, se dégarnie :
Un Esroçois estant poursuivi par des rej sires dont il ne m puuvoit développer , **LfUi en la mctt estant sur son cheval, et eu revint avec îceiuy. M. Estieune, àPot, pQur Hérod*, Disc, prêt ) — Mêlas! pauvre peliï mouchei un . .|n . ii-m-v - 'w* fait pour roru développer de la plus forte toile » et la mieux ourdie qui fust jamais? (D associe y, PrUon de If. JÏ.J — Il résolut dis se développer peu a prude Jeors filets. (Hsxer , JM Je /'Aisï. Je France* année 1540.) — Le roi r*Httnf heureusement développé des mains des Polonois et de toutes les difficultés du chemin. (Mues., Hisi. de France, parlant de Henri III.)
2° Au sens moral , pour signifier se dégager, se démêler, se
tirer de :
Diodorus le Dialecticien mourut sur-le-champ, espris d'une extresme passion de honte, pour en son escole et en public, ne se pouvoir dcsvelopptr d'un argument qu'on luy avoit fait. (Montaigne, Ess. , i, 2.) — J'ay besoin de luy icy promptement, tant ponr respondre la despesche de Savoie, que pour traicter avec nos Suisses qui sont icy et qui l'attendent depuis huict jours, et dont je ne puis le développer sans luy. (Utt. miss, de Henri IV, t. îv, p. 531, 16 mars 1596 ) — Us nouveaux évangélistes l'avoient autrefois pensé embrouiller dans leurs erreurs; mais ce puissant génie, ayant reconnu la vérité, s'en étoii heureusement éénloppé. (Mézer.. Hist.de France, parlant de Marguerite, sœur de François 1er.) — Je vous demande la permission de me pouvoir servir de votre travail pour me développer de ces obscurités. [ Id., LciL, à Guichen , 7 oct. 1659.) — Se développer de ses ténèbres. (Boss., Or. fun. de Le Tellier.) — Que je méprise ces philosophes fui, mesurant les conseils de Dieu à leurs pensées, ne le font auteur que d'un certain ordre général d'où le reste se développe comme il peut. (Id., Or. fun. de Uarie-Thér.)