‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 208 sur 743 · EFFORT. M · texte numérisé non relu

EFFORT. M

— effort, en parlant des productions de l'esprit, effort d'invention :

Cette tragédie a encore plus d'effort d'invention que celle de Rodogune , et je puis dire que c'est un heureux original, dont il s'est fait beaucoup de belles copies, sitôt qu'il a paru. (Exam. d'Héraci.)

— cet heureux effort de ma plume, pour désigner une production à laquelle on consacre avec succès toutes ses forces et tout son talent :

Si je souhaite quelque durée pour cet heureux effort de ma plume, ce n'est point pour apprendre mon nom à la postérité, mais seulement pour laisser des marques éternelles de ce que je vous dois. (Le Cid, à Maa de Combalet.)

— effort, énergique emploi au figuré :

J'aime, n'abuseï pas, prince, de mon secret,

Au milieu do ma haine il m'échappe à regret,

Mais enfin il m'échappe, et cette retenue

Ne peut pins soutenir Y effort de votre vue. [Rodog.% îv, 4.)

— effort, en parlant de sentiments surexcités, de qualités morales portées à un très-haut degré :

Je le désavouerais, s'il n'étoit magnanime,

S'il manquoit à remplir Y effort de mon estime. (ATicom., v. 9.)

Je verrai par Y effort de votre obéissance

Où doit aller celui de ma reconnoissance. [Penh., u, 1.)

Grimoald inconstant n'a plus pour vous de charmes,

Mais Grimoald puni vous coûterait des larmes.

A cet objet sanglant Yeffort de la pitié

Reprendrait tous les droits d'une vieille amitié. {Ibki.)

Quoi doncl madame, Othonvous coûterait l'empire?

U «ait mieux ce qu'il vaut et n'est pas d'un tel prix

Qu'il le faille acheter par ce noble mépris.

Il se doit opposer à cet effort d'estime

Où s'abaisse pour lui ce cœur trop magnanime,

Et par un même effort de magnanimité.

Rendre une âme si haute au trône mérité. ((M , m, 5.)

Les bons auteurs offrent en grand nombre des emplois analogues, excellents à imiter, comme celui de Corneille :

Vous avez veu que la longueur d'une traistreuse prison n'avoitde rien altéré en moi ny l'effort de mon courage envers Dieu, ny de ma religion catholique. (Paso., Rech.y vi, 15.)

Tout craint Yeffort de leur vertu. (Racan , Ps.t Ode au Roy.)

Quoi donc? un cœur si fier, si plein de fermeté,

Par Yeffort de f amour peut être surmonté! (Qouf,, À stras te, a, 3.)

Et dans ce qu'à mes yeux le crime offre d'horreur, Tout Yeffort de mes sains se doit à l'empereur. (T. Corn., Maxim., m, 1. j De ce grand caractère il a rempli Y effort. (Id„ Purrh., i, S.)

Î30 EFFRONTE. — EGAL.

Au premier brait de ce funeste accident, toutes les villes de Judée forent émues, des ruisseaux de larmes coulèrent des yeux de tous leurs habitants. Ils furent quelque temps saisis, muets, immobiles. Un effort de douleur, rompant enfin ce long et morne silence, d'une voix entrecoupée de sanglots que formoient dans leurs cœurs la tristesse, la pitié, la crainte, ils s'écrièrent :... (Fléch., Or. fun. de Turenne.) — C'est un effort de démence dans un gouvernement d'avilir la plus grande partie de la nation. (Volt., Ess, sur les mœurs, c. 98.)

Pour mieux comprendre ces différents emplois, il est bon de savoir que effort a signifié primitivement force :

N'asemblereit jamais Caries si grant esjorz.

(Thé*., La Chant, de Bol., 1, 598, édit. Génin.)

C'est-à-dire : Il n'assemblerait plus jamais de telles forces.

Dist Oliver : « Paien unt grant esjorz,

De nos Franceis m'i semble aveir mult poi 1 »

(Thé»., La Ckwu. de *©/., H, 589 ) Et puis m'aconta vint-trois, Qu'emperéors, que rices rois, Vos crestiens, qui ça venront

Atot Y es for s que il auront. (Partonop. de Mois, v. 7167. éd. Crsp.; La nuvele vint a Tou, le rei de Ematb, ke David out descunfit tôt le esjorz Adadeter. {Le Livre des Rois, p. 147.)

D y a en latin : « Omne robur Adadezer. »

EFFRONTÉ, fig. in zèle effronté :

Et, d'un zèle effronté couvrant son attentat.

S'oppose, pour me perdre, au bonheur de l'Eut? (Cm., iv, 2.)

EGAL, a l'égal, locution adv., également :

Je suis craint à régal sur la terre et sur ronde. [LUims., iu. 4.)

— a l'égal de, autant que, aussi bien que .

Et l'hymen de soi-même est on si lourd fardeau,

Qu'il faut l'appréhender à réaml du tombeau. (Mil., i, 1-.

Allons donner votre ordre à des pompes funèbres,

A Céa^t d* son nom illustres et célèbres. {Sert., v. S.)

Je pense le eonnotoe à réami et moi-même. (*tofcà., î, 3)

Ke me pariez jamais en favev d'un infime;

Qu'il me fuye é f#y«i des frères de sa femme. (ffer., iv. 1.)

La seule vérité donne aux affliction*

Des consolations Durables « ftyol Jr sa sainte parole. (farif., m, 16.)

Et ce que fuit le monde à r«y*i ** supplices, G etoit ce qu'a* et joie Us covretent embrasser. (ift*., c. 32.)

— A l'égal de» au prix de :

La sente mort d'Horace est à craindre ponr toos. •>«frèrwae««nenàrée«/rnne|N«. |uter., m, 4.)

EGARER. — ELARGISSEMENT. m

Pour nue cette phrase présente un sens raisonnable , il faut attacher à rien le sens qu'il avait quelquefois de nullement. (Voir notre article RIEN.)

— a l'égal de, suivi d'un infinitif :

Et le trépas en soi n'a rien de rigoureux

A tégai ée vous rendre un rival plus heureux. (Penh., n, 1.)

— traiter quelqu'un d'égal, comme on dit, traiter d'égal à égal avec quelqu'un, le traiter sur un pied d'égalité :

Je ne dois qu'à moi seul toute ma renommée,

Et pense toutefois n'avoir point de rival

A qui je fasse tort en le traitant d'égal. [Exe, à Ariste.)

Vous vous plaignez d'une lettre à Ariste, où je ne vous ai point fait de tort de rout traiter a* égal ^ puisqu'en vous montrant moins envieux, vous vous confessiez moindre. Jelt. apolog.)

Il n'en prend pas le titre (de maître), et les traite d'égal.

Mais, Thamire, apiès tout, il est leur général. [Sert., u, 1.)

Et je suis las de voir que du bandeau royal

Us prennent droit tous deux de me traiter d'égal. (Attila, i, 1.)

ÉGARER, fig. égarer la grâce, l'écarter de soi :

Il est toujours tout juste et tout bon, mais ta grâce

Ne descend pas toujours avec môme efficace ;

Après certains moments que perdent nos longueurs,

Elle quitte ces traits qui pénétrent les cœurs;

Le nôtre s'endurcit, la repousse, l'égaré ;

Le bras qui la versoit eu devient pins avare,

Et cette sainte ardeur qui doit porter au bien

Tombe plus rarement, ou n'opère plus rien. (J*o/., i, 1.)

ÉLANCEMENT, en parlant du sang qui s'élance, qui jaillit avec impétuosité :

Son élancement perce ou rompt toutes les veines. (Attila, v, 6.)

ÉLARGIR , fig. élargir les règles, les rendre moins étroites» moins rigoureuses :

Il est facile aux spéculatifs d'être sévères ; mais , s'ils vouloient donner dix ou douze poèmes ée cette nature au publie, ils élargiraient peut-être Us règles encore plus que je ne fiais, sitôt qu'ils auraient reconnu par l'expérience quelle contrainte apporte leur exactitude. {Trois. Dise.)

ÉLARGISSEMENT, au figuré y dans le sens d'extension plus large :

Je souhaiterois, pour ne point gêner du tout le speelaieur, que ce que Ton fait représenter devant lui en deux heures se pût passer en effet en deux heures, et que ce qu'on lui lait voir sur un théâtre qui ne change point pftt s'arrêter dans une chambre ou dans une salle, suivant le choix qu'on en auroitfait; mais souvent cela est si malaisé, pour ne pas dire impossible, qu'il faut de nécessité trouver quelque élargissement pour le lieu comme pour le temps. (Trois. Dise.)

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