EMPORTEMENT. 2M
ut avec les gens de Pepiu, qui vouloient lui empêcher le passage. (Id., ibid.t un. 1753.) — Les Allemands, fâchés qu'on leur en eût empêché le pillage, escalalèrent les murailles. (Id., ibid., ann. 1554.) — Les Thraces s 'estaient emparez n grand nombre du sommet de cette montagne pour empescher le passage à Llexandre. (Du Rybr, Les Supplém. de J. Freinshemiust 1, 11.) — Elle voulut Mirler deux ou trois fois, mais ses sanglots et ses larmes lui empêchèrent la patrie. (MM de La Fayette, Zayde, n.)
Nous croyons que cet emploi pourrait être renouvelé dans cerains cas, comme il Test dans la phrase suivante :
Philippe aperçut l'échaffourée, et, toujours poursuivi de l'idée de trahison, îl .'écrie : « Tuez% tuez celte ribaudaille qui nous empêche le chemin! » (Chat. , Hist. le France.)
— empêcher, sans rég. indir. de personne, et avec un rég. lir. de chose, apporter obstacle à :
Quoi ! madame, faut-il que mon peu de puissance
Empescheles devoiis de ma reconnoissance ? (M éd., îv, 5.)
— empêché, part, être empêché a, être embarrassé à :
Les mystères de cour souvent sont si cachés
Que les plus clairvoyants y tout bien empêchés. {Nicom., m, 5.)
Suivant Voltaire « le mot clairvoyants est aujourd'hui banni du tyle noble. » On ne dit pas non plus « être empêché à quelque hose; » cela est à peine souffert dans le comique. »
Faut-il voir du style comique dans cette phrase du grave Bos-
.uet :
Je sais bien qu'il est difficile d'exprimer la douleur d'une mère : on ne trouve »as aisément des traits qui nous représentent au vif des émotions si violentes ; t si la peinture y a de la peine, l'éloquence ne s'y trouve pas moins empêchée» Boss., Prem. serm. pour le vend, de la Pas*., i.)
Et dans celle-ci du profond Malebranche :
t!elui-ci ne saura pas si l'âme est immortelle; il strait peut-être bien empêché à ous prouver qu'il y a un Dieu, et il vous réduira les égalités de l'algèbre les >lus composées avec une facilité surprenante. (Malebr., Entret. métaph., v.)
Corneille emploie encore empêché ày avec un infinitif, dans ses Discours, écrits d'un style constamment très-soutenu :
Si vous me demandiez ce que fait Cléopâtre dans Rodogune, depuis qu'elle a juitté ses deux ûls au second acte, jusqu'à ce qu'elle rejoigne Antiochus au quariéme, je servis bien empêché à vous le diie, et je ne crois pas être obligé à en endre compte. [Trois. Disc.)
EMPORTEMENT, transport de passion, excès quelconque
îausé par une passion emportée :
Quittez avec le bal vos malheurs pour me suivre, Ou soudain à vos yeux je vais cesser de vivre.
S40 EMPORTER
■eures-vous en ma mort votre contentement? AMéua.Noo ; mais que dira-t-on don tel emporiememt ? (La PL Boe ., m, §4
Ces hauts emportements, qu'un beau feu lear inspire,
Doivent les élever, et non pas les détruire (les grandes actions). (OU., i, 1.)
Je voudrais que tons deux Fussent loin de ma yuo au comble de leurs vœux, Que les emportement* d'une ardeur mutuelle M'eussent débarrassé de son amant et d'elle. ('«*., rr, «■)
EMPORTER, pour remporter :
Et ne voir point Florame emporter à mes yeux Le prix où prétendoit mon cœur ambitieux. {La Sua.. v, l-i
Vous seule d'un coup d'œil emportâtes la gloire D'en faire évanouir la plus douce mémoire. (Ofà-, n, s.)
11 combattent Antoine avec tant de courage.
Qu'il emportât déjà sur lui quelque avantage. (romp.9 v. 3.)
Que sert de disputer le passage de Loire? Le sang sur la discorde emporte la victoire, (Enscrip. «nies mous de* estampe*, u, La déroute du pont de Ce.)
J'apprends plus contre vous par mes désavantages
Que les plus beaux succès qu'ailleurs j'aie emportés
Ne m'ont encore appris par mes prospérités. (Sert., m, *•)
€ On emporte une place, dit le célèbre commentateur, on remporte un a\antage, on a un succès, on n'emporte point un succès. C'est un barbarisme. »
Il faudrait alors voir des barbarismes dans toutes ces phrases du seizième et du dix-septième siècle :
Chascun y va pour voir qui maintenant
Du jeu de fluste emportera le prix. (Cl. Mar.. Chani]patt. , au card. de Lorr.) U y aura bonne assemblée
Selle n' emporte la victoire. (Force de* chambrières.)
Je dois seule le pris sur toutes emporter,
Soit pour l'entendement ou la ruse ou finesse. (L'enfer de la mère Carême.) Quintos Titius s'en vint de\ers lui, après qu'il eut gagné la bataille de Chéronée, lui annoncer que Trophonius lui faisoit savoir qu'il aurait dedans peu à» temps une bataille au mesme lieu, dont il emporteroit la victoire. (Amyot, fin* Sylla.) — Les poètes, désirant d'emporter le prix destiné à celuy qui aurait le mieux rencontré, s'oblîgeoient d'escrire à l'appétit et au goust du peuple et dft juges. (Fr. Ogier, Préf. de Tyr et Sidon de J. de Schelandre.) Quand le monstre infâme d'envie Jette les yeux dessus ta vie.
Et te voit emporter le prix
Des grands cœurs et des beaux esprits. (M alh., Odes, à M. de Belleg.) A rimant pou voit seul se vaincre et se dompter; .
Son seul courage a pu cet honneur emporter. (Richbl., Mirame, nr, î.l
Elle mourra... Mais, dieux!
Comment me dérober au peuple furieux?
EMPORTER. ,
Car, si de ce combat y emporte la victoire,
Son sang pour la venger peut jaillir sur ma gloire.
(Cyrano, Mort dAgripp., u, 1.)
Ils livrent des batailles et emportent de glorieuses victoires, quelque autre en ramasse les fruits. {Le Polit, lutin, port. de$ ordon., etc., 1652.) — Si ma défaite avoit esté grande, la victoire que j'emporlay sur mes envieux fut beaucoup plus grande que ma défaite. (Dassoocy, Avantures d Italie, c. m.) — Il s'imaginoit qu'il emporteroit facilement la gloire des armes contre un novice non encore bien étably. (Mbxbrat, Bi$t. de Fr., yi. Franc. I", 1515.) — 11 faut que la force, la magnanimité, la prudence, et cent autres vertus soient le principe de ces victoires qu'on veut emporter sur les hommes. (Mascaron, Or. fun. if Anne dAutr., u.) — Il n'est pas possible à la fin que de telles extravagances, où l'impiété et l'absurdité combattent ensemble à qui emportera, le dessus, n'ouvrent les yeux à nos frères. (Boss., Hi$t. des variai., xm,21.) — Ne soyez donc pas surprise si, bien que votre ame soit la plus sensible, la mienne sait le mieux aimer ; et si, vous eédant en tant de choses, j'emporte au moins le prix de l'amour. (J.-J. Rouss., La Nouv. Belote, i, 21.)
— emporter le choix de quelquun, le décider par une sorte de contrainte morale :
Et l'offre pour Othon de lui donner ma voix
Soudain en ma faveur emportera sou choix. [Oth.. nf 4.)
Que votre seul mérite emporte ce grand choix.
Sans que votre présence ail mendié de voix- {l'utch , i, 5.)
— Corneille dit encore dans le même sens, emporter le premier rang, emporter l'approbation, l'obtenir, avec une énergie rie signification qu'obtenir n'a pas :
Ces grands rois qu'en tous lieux a suivi la victoire,
Lui voyant emporter sur eux le premier rang,
En deviendraient jaloux, s'il n'étoit pas leur sang. {Androm., prol.)
En vérité, monsieur, quelque approbation qu'ait emportée notre nouvelle Jocaste, ïlle n'a point fait faire tant de ah! ah! dans l'hôtel de Bourgogne que votre lettre ians mon cabinet. (Lett. à l* abbé de Pure, 12 mars 1659.)
— Dans ce sens de décider, entraîner, Corneille a encore dit , t?n parlant un très-bon français, malgré l'avis contraire de Voltaire :
Les faveurs du tyran emportent tes promesses. - (( iiuia, m, 1.)
On trouve encore quelques emplois particuliers de emporter dans le sens de remporter, obtenir :
Philippe, pour la grandeur de ses mérites, emporta, par la voix des docies, le Mirnom d'Auguste. (Pasq., Rech., m, *9 )
— emporter, faire céder, au sens matériel :
J'en ai su de lui-même ouvrir la fausse porte; Étautjtale, et de nuit, le moindre effort Vemmme. {La Veuve, m, 1.)
242 EMPORTER
— emporter, entraîner, au sens moral, se laisser emporter au ravissement :
Permettez que je me laisse emporter au ravissement que me donne celte pensée, et que je m'écrie dans ce transport. {Vol., à la reine régente.)
— emporter a, suivi d'un infinitif,- comme entraîner à :
Le souvenir des siens, l'orgueil de sa naissance, L'emporte à tous moments à braver ma puissance. (Hèracl., i, 1.)
Ni le travail du corps, ni le soin nécessaire D'une pressante affaire, Ne Ycmporie à se disperser. (/mil., 11, 1.)
— s'emporter a, suivi d'un nom de chose.
C'est une de ces locutions énergiques de la langue du meilleur temps, que les dictionnaires ont eu le tort grave d'omettre, et qui était d'autant plus enregistrable que de bons écrivains de nos jours ont su la reprendre et la placer très-heureusement.
S'emporter, dans Corneille comme chez les auteurs les plus autorisés, se joint à diverses prépositions, et a le sens de se laisser aller, se laisser entraîner à, se laisser emporter jusqu'à l'excès de :
Mais tous deux Remportant à plus d'irrévérence. {Pot., m, 2.)
U n'y a certes qu'une extrême préoccupation qui puisse s'emporter à un tel reproche. (Boss., Frag. sur div, mat. de controv., 3* frag.). — Je m'emportai à des imprécations qu'on n'auroit pas dû attendre de la modération ordinaire de mon esprit. (Mm* de Villed., Car muni., u, 2.) — Je m'aperçois que je me laisse emporter insensiblement à vos louanges, qui me viennent en foule sans les chercher (àmblot, Hist. de Venise* 1677, épttre. — Voltaire s'emporta contre l'évèque de Glocestcr à une fureur vraiment bouffonne. (Villbmain, Tableau de la Huer, au dix-huitième ùèc le, xvm* leçon.)
Avec ellipse de se :
Laissant emporter son esprit, qui manque naturellement un peu d'assiette, aux impressions précipitées de la surprise. (Vauvbm., Caract., xvm.)
— s'emporter dans :
J'ai suivi tes conseils; mais plus jo l'ai flattée, Et plus dans l'insolence elle s'est emportée; Si bien qu'enfin, outré de tant d'indignités,
Je m' allais emporter dans les extrémités. (Pomp., n, 4.)
11 s'emportoit tous les jours dans des excès qui alloient jusqu'au scandale. (Retx, .Vmm., in, 1049.)
Avec cette heureuse aisance de modifier les locutions, ou disait encore s'emporter au delà de :
Je m'emporte, monsieur, insensiblement beaucoup au delà de ce que von.» m'avez demandé. (Arnauld, GEuvr., t. i, p. 148.)
EMPORTER
itt
Bien ne peut m' ébranle r Juget-eo, pu isqn ainsi je vous oic parler; El tnVmpon*' au rfrAi *te relie modestie* Dont, jusqu'à ce moment, je n'étais point sortie* ;îUaafc, tffcArtt., tv, 4,)
S'emporter jusqu'à % suivi d'un infinitif:
Les gens de guerre connaissent qu'ils sont maîtres de donner l'empire. Us i*rmportent jwtqu 'à le vendre publiquement su plus offrant. ;Bûas., Hht. utiw . 3* p., r, 7. — Il est impossible qu'en prenant ai peu de soin de se retenir dans les chose* qui sont permises, ils ne t'emportent bientôt jutquà ne craindre pins de poursuivre celles qui sont ouvertement défendues, \ ïd., S* Scrm. pmr le jeudi de fa deux. iem. tU car, , i)
Corneille emploie activement emporté** it emporte)- jmquVt t suivi d'un in finit if, avec un nom de chose pour sujet :
Les çetitirients de douleur qn'iï en peut légitimement concevoir détroit ni du moins ïrmporier ù fairr quelques reproches à celle dont il se croit trahi et lui doener par là l'oecii'rion de le désabuser. (Eiam* de .Jf*i.j Mon frere va iretp vile et sa chaleur l'importe Jtfijui* connaître mal des gens de cette sorte. [Swift du Meut., M, 9*1
\uus relèverons seulement pour mémoire remploi actif de emporter* à, suivi d'un substantif dans le sens de entraînera ;
Elle avait deux fila de Ilémètrius, dont elle (ua SêJeucun, l'etné. d'un coup do Reche, iiiôt qu'il eut pris k diadème après la mort de son père, *oii qu'elle craignit qu'il ne la voulût venger sur elle, soil qua la mflmo fureur ïtaflpWJtltl ù renoua eao parricide. <£j«m. de Rottog,)
On trouve dans les dictionnaires des exemples analogues. — s'emporter de colère, se laisser emporter par la colère :
S'il est bien amoureux, il peut faire une supercherie à son rival, il peut «'emporter de colère, et tuer dans un premier mouvement. (Deux. Disc.)
On a dit d'une manière analogue, s'emporter de chaleur, se laisser entraîner par son ardeur :
V. de La Rochefoucauld, qui avoit plus de cœur que d'expérience, t'emporta k chaleur ; il n'en demeura pas à son ordre, il sortit de son poste et chargea les ennemis. (Retz, JrVm., n, 1649.)
— emporter (s*), se laisser entraîner par une passion, quelle qu'elle soit, au delà de la raison ou de la mesure :
Trop chaud ami qu'il est, il t'emporte h. tous coups
Pour un fourbe insolent qui se moque de nous. 'La Veuve, v, 6.)
Mon père, retenez dès femmes qui t'emportent,
Et de grâce empêchez surtout qu'elles ne sortent.
Leur amour importun viendroil avec éclat,
Par des cris et des pleurs troubler notre combat. \JUor., n, 8.)