‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 230 sur 743 · ENTRE-C0NNÀ1TRE (S). — ENTRE-IMMOLER (S · texte numérisé non relu

ENTRE-C0NNÀ1TRE (S). — ENTRE-IMMOLER (S

Signification autrefois très-usuelle, témoin ces exemples que nous avons cru inutile de multiplier davantage :

J'ai emendu par Boisse des nouvelles de votre blessure, qui m'est on extrême deail dans ces nécessités. [Uu. miss, de Henri IV, u n, p. 284, i Lnbersac. 1587.

— Vous entendre* de mes nouvelles par Meninville. (/Mal, t it9 p. 5, 5 août 1595.)

— Par mes dernières lettres vous anrés emendm la rédaction volontaire de cesié Tille en mon obéissance. [Ibid., L iv, p. 84, 5 janv. 1594.)

ENTRE-CONNÀITRE (s"), se connaître mutuellement :

Quand il faut dire tout, on t'entre-eonnoto bien.

Chacun sait son métier, et... {La Gai. dm Pal., iv, U.

Puisque ces quartiers doivent. être si éloignés l'un de l'autre, que les acteurs aient lieu de ne pas s'entre-eonnottre. (Exam. de Mil.)

Le dernier éditeur de Corneille, M. Taschereau, fait cette oi>servation :

< S'entre-connoitre. Corneille, qui cherchait à enrichir la langue, et auquel sont dus beaucoup de mots utiles, s'est servi d'un grand nombre de verbes ainsi composés. Dans le jeu de scène qui ouvre la scène ni de ce même acte , la lingére et le mercier s'entre-poussent une botte ; dans Cliumdre, on a lu dans l'Argument: s'entr'aimer, et, acte III, se. I : *' entre- de voir; dans la Veuve : i entre- payer . s'entredonntr, s'entr appeler ; on trouvera plus tard t'entre-dire dans l'Examen de fa Suivante, s'eutre-choquer, acte V, se. îx de la même pièce , et s'entre- produire* ao commencement de l'Épltre dédicatoire de Cinna. L'Académie n'a sanctionné que quelques-unes de ces créations, qui ont toutes cependant au même degré la même raison d'être. >

Nous ajouterons qu'il est peu de ces verbes composée qui n'aient été employés avant Corneille.

ENTRÉE, dès l'entrée, dans l'entrée, abs., comme d'entrée, dans le sens de d'abord, tout aussitôt :

Résiste dès Centrée aux inclinations. . {Imit., i, 11.)

Elle attaque dès l'entrée (la ten talion i. (Ibid., i, 13, éd. 1651.)

Quand dès Centrée on lui fait tête. (Ibid,)

Résiste dans Centrée aux inclinations

Que jettent dans ton cœur tes folles passions. (Ibid., i, 11, éd. 1670.)

— entrée d'un dessein (F), pour désigner le début, le commencement d'une entreprise :

Daigne en la mort comme en la vie L'excès de sa bonté répondre à tes souhaits ;

Et de tes desseins à jamais Favoriser l'entrée, el bénir la sortie. [Trad. du Ps. cxxi.)

ENTRE-IMMOLER (s'), s'immoler mutuellement :

Us s' entre- immolent tous au commun adversaire,

Tous pensent le percer, quand ils percent leur Itère, (ta Tois. d'or, v,2.)

ENTRE-MESURER (S). — ENTREPRENDRE. 257 ENTRE-MESURER (sT), mesurer réciproquement ses fixées :

Je vois de lotis cotés des partis et des ligues,

Chacun s' entre-mesure, et forme ses intrigues. [l'uleh*, i,L)

ENTRE-PÀYER (s*), iig, s'enthe-pàyeii d'une même monnaie:

Il a beau nYaccabler de protestations,

Je démêle aisément toutes ses fictions,

Il ne me prèle rien que je ne Irai renvoie,

\0wj iwu* entftfiQffûna d'un* même monnaie. [La ffau1*, I, 3,)

ENTREPRENDRE quelqu'un, chercher à entrer adroitement dans son esprit , pour l'amener à ce que Y cm veut; tâcher de le gagner, de le séduire :

A «aie à ee dessein entreprend sa maki esse. (/Vicam,, t, 5.)

c On entreprend défaire quelque chose, ou bien on entreprend quelque chose; mais on n'entreprend pas quelqu'un. Cela ne se pourrait dire à toute forcé que dans le bas comique, et encore c'est dans un autre sens; cela veut dire! «attaquer, demander « raison , embarrasser , faire querelle. » Ce rers n*est pas français. *

Ce jugement est encore démenti par toute la tradition de la langue :

Combien qu'il fu»l un très-grand flatteur pour se couler en la bonne grâce de quiconque il voulait, il ealoil néanmoins aiaê à prendre luv-mesuie , et à se laisser gagner par quiconque l'eust entreprit, par artifice de flatterie. ( Amtot, Fies. Crassus.) — 11 entreprit tout à la fois quatre curez et leurs quatre chambrières. (D'aubigné, le Baron de Fœneste, il, 14.) — J'avois le don de persuader les personnes que j'entreprenoit, et elles s'en trouvoient fort bien. ( MM j>b La Guette, Mém., éd. Jannet, p. 58.) — Toutes ces qualités si propres à donner de l'amour' lui auroient rendu faciles d'autres victoires que celles des esclaves qu'il emreprenoit. (St-Réal., Épie.) — Il fait entreprendre la portière du couvent/ la tœur qui écoutoit aux parloirs, et celle qui avoit le soin d'éveiller les autres. (MM os Yillkd., Ami. gai, n.) — Si j'avois été la seule que vous eussiez entreprise, j'aurois en de la peine à me résoudre à faire ce que je fais. (Id., ibid.)

Quand vieux seigneur entreprend jeune dame,

Il ne doit qu'aplanir les chemins de son âme

Pour un plus jeune qui le suit. (Id., Journ. amour y 25e journ.)

11 avoit mis à mal toutes les femmes qu'il avoit entreprises. (Bussy, Hist. amour. iet GauUs.) — Vous n'avez point la mine de vous rendre pour une élégie, et je crois que ce seroit étrangement commettre les Muses que d'entreprendre un cœur comme le vôtre sans aucun autre appui que celui qu'elles peuvent donner. (SÉHicÉ, Lea. à M- — .)

Sans perdre temps à m" entreprendre, Si vous avez des douceurs à conter, Ma compagne est toujours en humeur d'écouter, Et saura mieux que moi... (T. Corn., tircé, v, 3.).

358 ËNTREPR&NDRS.

On trouve encore eniPf prendre me personne* pour GtgltUitr commencer à s'occuper d'elle, dans le but de lui procurer telle ou telle connaissance :

Je vous prit d'entreprendre la fiHe de notre paysanne pq*t la t>*q ipatruire. (MB« de Maint., Lett. sur l'éduc., à M" de Brinoo, 1683.)

— Corneille dit d'une manière assez particulière : entreprendre LA PERTE DE QUELQU'UN .*

Et ce sera du moins à force ouverte Qu'un si vaillant guerrier entreprendra mu* perte. (GM>, m, 4.)

— entreprendre, absol., faire une entreprise :

On entreprend assez, mais aucun n'exécute. (Ci»., n, 1.)

On cognoisl assez que je leur sers de prétexte et que leurs principales 'fins tendent droictemeut contre voire personne et Estât, et que le zelle de la religion ne les a poulsez à entreprendre, ouisqu'ilz ont esté après i pralicquer les principaulx de la noblesse et des villes habitées par oeulx 4e la religion ivfbnnée, pour suivre leur party. [Uu. miss, de Henri IV, U u,p.46, au roy,*6 a\riU585.)

Ne différons donc plu.* puisqu'il (wi entre preudre. (T. Coin., *«*»„ i, 3. )

Et si nos mécontents, par un secret appui,

Ont besoin pour agir d'être assurés de lui,

Il faut, dans le dessein qui me fait entreprendre,

Cacher à d'autres yeux la part qu'il voudra prendre. (Id., ibid.)

pauste. Quoi? C'est lui qui conspire?* sévèiE. Et ce qui doit surprendre,

C'est par Martian seul qu'il a fait entreprendre.

Sans que les conjurés, dont il est le soutien,

Sachent dans ce projet ni son nom ni le mien. (Id., ibèd., m, 1.)

Quoi ! Stralon ne sait pas qui les fait entreprendre ? (Id., tbid., îv, 2.)

Cet obstacle, seigneur, a droit de vous surprendre,

Mais vous teniez trop sûr ce moyen d'entreprendre. (Id., ttttf-. iv, 4.)

Leur crime découvert le pressoit $ entreprendre. ( Id., ibid., iv, 4.)

— entreprendre contre, faire des entreprises, se soulever, conspirer contre :

Et lorsque contre voue il ma fait entreprendre,

La nature en secret auroit su m'en défendra. (tférac/., iv, 4.)

Voltaire dit :

« Ce verbe entreprendre est actif, et veut ici absolument un téghne. On ne dit point entreprendre pour conspirer.

« /Y. B. (/est parler très-bien que de dire, « je sais méditer, entreprendre et agir, » parce qu'alors entreprendre, méditer ont un sens indéfini. Il en est de même de plusieurs verbes actifs qu'on laisse alors sans régime. Il avait une tète capable d'imaginer, un cœur fait pour sentir, un bras pour exécuter; mais «j'exécute contre vous, j'entreprends contre vous, j'imagine contre vous, » n'est pas français. Pourquoi? parce que ce défini contre vous fait attendre la chose « qu'on imagine, qu'on exécute et qu'on entreprend. »

ENTREPRENDRE. — ENTRE-SOUTEWR (S1). 2Ô9

Entreprendre, absol., De peut-il pas parfaitement signifier former des entreprises en général, et la préposition contre être jointe à ce verbe pris neutralement pour indiquer la personne que ces entreprises attaquent? On trouve, du reste, d'excellents exemples d'entreprendre contre :

Ce honteux décampement, l'aversion que le roi témoigna dès lors de toutes choses généreuses et de la vraie gloire, qui ne s'acquiert que par les armes, et une inclination et disposition portée toute au repos, aux délices et plaisirs, le firent tomber en mépris qui engenéVa la haine, et la haine l'audace d'entreprendre contre lui, de laquelle procéda sa perdition avec infamie. (Solly, Les Êcon. roy.) — Et cependant, que vous patientes constamment en la deffense de la vraye religion et de vostre patrie, que Dieu semble desjà secourir en quelque façon, quand il met au cœur de vostre ennemy d'entreprendre contre cest Estât : ce qu'il ne peut sans une grande distraction. (Lett. miss, de Henri IV.) — Vous pourrés mettre en considération, si l'occasion s'en présentait, et mesmes si vous voyés quelque inclination à entreprenait contre la seigneurie de Venise, qu'il ne se scauroit rien faire plus au gré et advanlage du dict roy d'Espagne. (Ibid.,L\\, p. 47, 5 nov. 1593.) — Cette garnison d'Espagnols n'est pas suffisante d'entreprendre contre le gré du peuple, (Du Vair, Har. au Parfait.), 36 juin 1593.) — Ce qui donna sujet et occasion au roy d'entreprendre contre eux plus avant. (Dr Chbvernt, Mém., 1571. ) — Il y avoit quelques dispositions pour entreprendre contre cette ville. (Pelliss., Lett. hist., 14 août 1674.)— Son régne aurait été aussi heureux, selon les apparences, que celui de son frère, si, à la persuasion de sa femme, et voulant suivre l'exemple, et peut-être les conseils de notre roi, il n'avait entrepris contre la religion de son pays et contre les privilèges de son parlement. (La Fars, Mém., c. 9.)

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