ÉPAULE. — ÉPITAPHE
On a dit exactement de même dans un des plus vieux et des plus parfaits ouvrages de notre ancienne littérature :
Vit la porriére (poussière) qui fetpartt contremont Que font saillir li destrier arragon. (Raimbert de Paris, Ogier de Dant-
marehe, v. 6461.)
On a dit dans un sens analogue, à l'actif :
Et que je vois ces roses belles, Dans un bouquet de fleurs que l'art En votre amoureux sein etpart,
Comme un printemps de fleurs nouvelles. (J. Vauq. drlaFrbsn.,/^/.) Lors que l'aube, en suivant la nuict qu'elle a chassée,
Etpart ses tresses d'or.
Le premier mouvement qui vient à ma pensée,
C'est l'amour d'AUdor. (Thbofh., Pour Jf,te de If...)
EPAULE, prêter épaule a ( un nom de chose), favoriser, aider :
Perfides, vous preux épaule à leur retraite, * Et c'est ce qui vous fait me la tenir secrète. {La Veuve, iv, 2.)
ÉPÉE, énergique emploi :
Mon père est mort, Elvire, et la première épie
Dont s'est armé Rodrigue a sa trame coupée. (Le Cid, m, 3.)
Ma valeur n'a point lieu de te désavouer;
Tu l'as bien imitée, et ton illustre audace
Fait bien revivre en toi les héros de ma race.
C'est d'eux que tu descends, c'est de moi que tu viens,
Ton premier coup dépée égale tous les miens. {lbid.f m, 5.)
Voltaire répondait ainsi à une critique adressée contre l'imitation qu'il avait faite de ces magnifiques vers :
< Je n'ai jamais conçu pourquoi la dernière épée du bon homme Syphax vous déplaisait tant, après que la première épée de Rodrigue ne vous a jamais déplu. Pour moi, je tiens qu'il n'y aurait plus moyen de faire des vers, si des métaphores aussi simples, aussi claires, n'étaient pas permises.» (Leff.,àM.d'Argefi* tal, 17 avril 1771.)
— faire deux coups d'épee , se battre à l'épée :
Plutôt, si votre amour a tant de véhémence.
Faisons deux coups dépée au nom de la beauté. (Vlllut. corn., ui, 9.)
ÉPINE, fig., dans le sens d'impatience douloureuse :
Ah ! que je me trouvait tur d'étranges épines! {Iàid., iv, 6.)
ÉPITAPHE, avec le masculin :
Je n'ai plus qu'à mourir, mon épiiaphe est fait. {Suiu du Ment., î, 6.) J'ai cru ne te déplaire pas de te donner ici trois passages qui ae viennent pas
EPLUCHER. — EPRENDRE. 265
mal à mon sujet. Le premier est un épitaphn de Pompée, prononcé par Caton dans Lucain. (Pomp., an lect.)
Le seizième siècle faisait aussi ce mot masculin :
Si je voulois faire un amas de tous les épitaphes que je trouve beaux, il me faudroit... (Tabou rot.)
ÉPLUCHER, examiner, scruter avec soin et dans le détail :
Cependant je m'y trouve, et bien que ma pensée
Épluche à la rigueur ma conduite passée. (C/i/., ni, 3, 1" édit.)
Dès l'édition de 4644, Corneille substitua recherche, certainement comme plus noble.
— éplucher, examiner avec un esprit de critique minutieuse et malveillante :
Vous avex épluché les vers de ma pièce, jusqu'à en accuser un manque de césure. (Leu. apolog.) — A éplucher par le menu tous les aultres grands capitaines, il se trouve en chascun quelque spéciale qualité qui le rend illustre. (Montaigkb, Est., u, 86.) — Mon avis éloit qu'il falloit éplucher un homme en sa vie et non paa en son origine. (Malh., Lett., à M. Cplomb.)— Sans que j'épluche période par période le passage ci-dessous cilé, le lecteur intelligent connoit déjà quel en est le ridicule. (Batlb, Comment, philos., Disc, prél.)
Femmes aussi trompent assez souvent ;
Jà ne les faut éplucher trop avant. (La Font., Com.% iv, 3, Les Troq.)
On dit encore très-bien , quoique l'Académie et les autres dictionnaires se taisent de cette signification, éplucher une question, l'étudier avec un soin minutieux :
Combien avez-vous passé de nuits à éplucher les questions épineuses de la dialectique? (Fontbn., Dial. des Morts anc.y iv.)— Pourquoi des savants qui consacrent volontiers tant de veilles à éplucher des bribes d'Ennius ou de Pacuvius, en refuseraient-ils quelques-unes aux origines de leur langue maternelle? (Gbnui, For. du long, franc. , Intrbd.)
ÉPRENDRE, activ., rendre épris de :
Et l'amour qui pour lui m" éprit si follement
M'avoit fait bonne part de son aveuglement. ;M, m, 5.)
Eprendre se trouve, à partir de la plus haute antiquité, jusqu'au dix-huitième siècle, de cette manière ou d'une manière analogue :
Andoi lor cuer esprenem d'une commune amor.
(J. Bodsl, La Chans. des Sa*., cxxiv, éd. F. M.) Si m'est au cors une autre amor emprise
Qui me requiert et allume et esprent. (Qubsne de Bbthunb,
Mu. 184, suppl. — 1989, S.-Germ.)
Amours cbascune Personne esprent à son gré. (Jbb. Lbscuh., Chans., bail, et rond., u.)
Car de vous ■*• esprit si. (Tasaour)
Dame, qu'à vous tout m'otro«.(Ju. Lkscwl, Cl— ■., #«11. «relis?., &.)
Dater partout, en val. es moat,
06 celle est par qui mi euil a'ea«
£jpris d'amoureuse pointure. (M., «M., Htm.)
Sire, saés ne vous aauit aie.
Ces tablettes-ci retenés, Aucune chose y troaTerés.
Elle H donne, et cili le preut.
Que amours alise et espremL.
[U à*m». ém Chast.de feue!, t. fhftk\ «d. Ouf)
M'a tellement de ses beautez éprit
Que. . . (Ross., Awomrs, i, 68.)
Aime, ma fille : car d'onneur
Est qui par nature t'espremt. {Songe doré ée ta ïmcttk.)
Mais si le doux archer, le beau ftls de Cipris,
Bt quelqu'une t mrok ardantemunt esprit
Qui fust A ma Clorette aucunement semblable,
Je eeay que m u'aurois Heu de plus agréable. (Tuoftn., Us CerH»., rv , I.)
Aimée, j'aara* donc ton cœur d'amour esprit.
Et pour autre j'auray la dépouille conquise !
De battre les buissons, j'auray la peine prise.
Et par autre que moy le lièvre sera pris! (Ptttis ne Blues, Quatram.)
Quand je vous ai ma promesse jurée,
Qu'autre que tous ne bruslett mes esprits.
Et que le feu dont vos yeux m'ont esprit,
Seroit en moi d'éternelle durée ,
Vous n'avez cru ma parole asséurée. (Bobtoli uu Sîb-Mau^ï,5W*uju\)
Mais son doux chalumeau
H' agoni d'amour etprite,
Ce n'est rien de nouveau
Si je fy la sottise. (Comédie ds Chant., m, 1.)
Vous qui, sans passion, jugez les passions,
Dont l'esprit tout de feu etprend nos motions,
Lians le doigt de Dieu aux principes éthiques.
Les tesmoignages saincts ne sont pas politiques
Assez à vostre gré : vous ne cognoisseï point
Combien peut l'Esprit sainct, quand les esprits il poinct.
(D'Amené* Les Trmmiqms.)
Beauté, le cher seuoy de tant de beaux eupritsv
Qui d'une douce flame avez mon cœur esprit. (Racan , fory., u, 5.)
Un feu si véhément
A voit esprit son Ame •
Que... (ld., Stances à des FontmmmJ
Avant que la beauté dont la flamme réprit Par un philtre funeste eût troublé son esprit.
(Sbnbcb, Soi., à M. le maréchal de Nouilles.)
Sa vertu, sa douceur, sa politesse, tout m'avait épris de lui. (Saint-Simon., Mém., i, 15.)