‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 237 sur 743 · ESPOIR. — ESPRIT · texte numérisé non relu

ESPOIR. — ESPRIT

Cependant, on trouve d'une manière analogue :

Puis en perdit e sa vie e ses membres,

Bl plaît ad Ais en fut juget a pendre,

De ses parenz ensembl' od lui tels tronte,

Ki de mûrir nen ourenl espérance. (Thkr., La Chant, de Roi., u, 747.)

C'est-à-dire : qui ne s'attendaient pas à mourir.

0 ciel ! est-il donc vraisemblable qu'an homme s'exposât à brûler éternellement sous l'espérance de demeurer pauvre, haï, affamé, et en crainte continuelle de se voir griller en place -publique ? (Cyrano, Leu. div., Contre les Sorc.)

On emploie quelquefois espérer dans ce même sens ironique, qui se trouve dans les plus anciens monuments, comme dans Flaire et Blancefloi\

« On peut citer, comme une chose du meilleur goût, dit un spirituel écrivain, ce que répondit le comte d'Argenson à des personnes qui le fèlicitoient d'avoir une nièce aussi aimable que Mlle de Berville, jeune demoiselle de quatorze ans, qui joignoit, à la plus jolie figure, un esprit plein de vivacité. Oui, répondit ce ministre, nous espérons bien qu'elle nous donnera du chagrin. Rien n'est plus fin, plus spirituel, que l'emploi de ces mots : espérons et chagrin, et rien de plus judicieux ; car les avantages de la figure et ceux de l'esprit dans une personne jeune et vive dévoient probablement servir à l'égarer et à donner du chagrin à ses parents. » (Mbilhan, Portr. et caract., p. 141.)

La locution employée par Corneille est encore un latinisme. Virgile a dit :

Hune ego si tantum potui sperare dolorem. (JEn.t iy, 419.}

ESPOIR, faire un espoir d'une chose, en donner l'espoir, la faire espérer :

Galba ne l'a produit qu'avec sévérité,

Sans faire aucun espoir de libéralité. (Oth., îv, 2.)

Négligence que Racine ne se serait pas permise. ESPRIT, cœur; animus :

Madame, puissiez-vous lire dans mon esprit,

Vous verriez jusqu'où va ma pure obéissance. {La Veuve, i, 3.)

Ne vous entr'appeler que mon âme et ma vie,

C'est montrer que tous deux vous n'avez qu'une envie,

Et que d'un même trait vos esprits sont blessés. (Ibid,)

Mais ici mon amour me servira d'excuse,

11 serre nos esprits d'un trop étroit lien,

Pour permettre à mon sens de s'éloigner du sien. {Ibid., v, 2.)

Ce que j'ai dans l'esprit je ne le puis celer. (La Gai. du Pal., u, 9.)

Mon amour pour Florame en est le seul coupable :

Mon esprit l'adoroit ; et vous étonnez-vous

S'il devient inventif, puisqu'il étoit jaloux? [La Sut*., v, 8.)

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