‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 240 sur 743 · ESTIME · texte numérisé non relu

ESTIME

Le commentateur répète encore la même critique à propos de

ces autres vers :

Ainsi vous me rendrez l'innocence et Y estime t

Lorsque vous punirez la cause de mon crime. (Jtorfo?., u, 3.)

t Vous me rendez l'estime, affirme-t-il, ne peut se dire comme vous me rendez l'innocence; car l'innocence appartient à la personne, et l'estime est le sentiment d' autrui. Vous me rendez mon innocence, ma raison, mon repos, ma gloire; mais uon pas mon estime. »

Vrai pour le dix-huitième siècle; mais pour le dix-septième

siècle, qu'on en juge :

Jamais homme n'est entré dans la cour avec une plus grande et plus générale estime de vertu. (Arn. d'Andilly, Ltu., ilv.) — La grande estime que vos bonnes qualités vous ont donnée a déjà fait le coup le plus important de cette affaire. (Retz, Conjur. de Fiesque.) — V estime de modération qu'il avoit même parmi les nôtres. (Boss., Rijui. du Cat. de Ferry.)

Son estime ne fait que trop bien éclater ;

Sa gloire va si bien qu'elle est à redouter. (Qoiif., Belléropk., i, 3.)

Corneille parlait donc bon français dans les vers que Voltaire critique , et de môme dans ceux-ci :

Protecteur des grands rois, guerrier trop magnanime, - Puisse tout l'univers bruire de votre estime. {L'tllms. corn., ut, 9)

Dès lors, à cela prés vous étiez en estime

D'avoir une àme noble, et grande et magnanime. {Suite du Meut., u. 4.) He bien, deviens tyran, renonce à ton estime.

Renonce au nom de juste, au nom de magnanime. [Ptrth , u. 51

Je m'élois ûguré que de tels déplaisirs Pourroient ne me coûter que deux ou trois soupirs, Et pour me consoler j'envisageois Y estime

El d'ami généreux, et de chef magnanime. {Sert., îv, i.)

Pour moi, comme pour vous, soyez plus magnanime, Voyez mieux qu'il y va même de votre estime, Que le choix d'un amant si peu digne de vous

Souilleroit cet honneur qui vous semble si doux. {(JEd.f i, L)

Et j'en dois prendre soin, pour éviter le crime D'employer à te peindre un pinceau sans estime. (Rem. au roi, en 1663.)

Quelquefois un adjectif ajouté à estime, comme nous faisons à

réputation, déterminait en mauvaise part le sens de ce mol :

Calisle, sourde au bruit d'une mauvaise estime.

(Théoph., ÊUgie, à M. de Pesé.)

— faire estime de quelqu'un, l'estimer :

Et vous offenseriez X estime qu'elle en fait.

Si vous le laissiez vivre et mourir qa sujet. iRodo§.)

Quoi que l'on dissimule, on en f ail peu d'estime. (Malh., Suinc., u, 11.) >

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