ÉTALER
Mérite qu'on létale aux boots de l'univers,
Ponr en donner l'exemple à cent climats divers. {Sert., m, 2.)
Ces beautés étoient de mise en ce temps-là et ne le seraient pins en celui-ci.
La première est dans l'original espagnol, et l'autre est tirée sur ce modèle. Toutes
les deux ont fait leur effet en ma faveur, mais je ferois scrupule d'en étaler de
pareilles à l'avenir sur notre théâtre. (Exam. du Cid.)
Etaler n'étant plus guère usité qu'avec l'idée d'ostentation, d'affectation, il ne sera pas inutile de remarquer que ce verbe s'employait et pourrait s'employer quelquefois dans le sens général de faire voir, avec idée de l'intensité de l'action :
Ce discours vous fera paraître un de ces exemples redoutables qui étalent aux yeux du monde sa vanité tout entière. (Boss., Or. fitn, de la reine dÂngl.) — La fortune, trompeuse en toute autre autre chose, est du moins sincère en ceci, qu'elle ne nous cache pas ses tromperies; au contraire, elle les étale dans le plus grand jour. (Id., 2e Serm. pour le 4* dim. de car., n.) — Le soleil nous étale pendant le jour une clarté pure, qui nous charme par sa distribution partout uniforme. (P. André, Ess. sur le Beau, e. 1.)
Des portes' du matin, l'amante de Céphale
Ses roses épandoit dans le milieu des airs,
Et jettoit sur les eieux nouvellement ouverts
Ces traits d'or et d'azur qu'en naissant elle étale. (Voit., Sonn.)
De même, dans des nuances diverses, au sens moral :
Pyrrhus, roi d'Albanie, avoit. entre les autres richesses de sa pierrerie, une belle agate, où Apollon et les neuf Muses estoient au vif représentez par le seul pinceau de nature, qui avoit si bien étalé son savoir en la gravure, sa fécondité rai figures, son industrie aux traits, sa prévoyance aux couleurs, son soin aux ombres , sa puissance aux linéaments, et sa merveille en tout l'ouvrage, qu'on pouvait aisément remarquer chaque Muse à son instrument. (Mont., Ess., xi.)
0 grand Dieu, donne-moy que y étale en mes vers
Les plus rares beautez de ce grand univers... (Du Bartas, La Sem.)
Un si bon entendeur, comme vous estes, verra assez mon intention, quoique mal étallée. (S. Fr. de Sales, Lett., à M. de Belley , 14 avr. 1613. Xouv. Lett. inéd.) Je vais, expliqua-t-il, vous étaler des secrets qui ne sont point connus en votre 'limât. ;Cyrano, Hist. com. des Etats et emp. du Soleil,) — Je ne me propose pas ■le vous étaler ici toute l'histoire de ce terrible avènement. Je veux me renfermer dans une de ses circonstances.... (Mass., Serm. pour le prem. dim. de l'Av.) — Ce n'est pas se démentir que de revenir de sa méprise; ce n'est pas montrer aux peuples l'inconstance du gouvernement; c'est leur en étaler l'équité et la droilare. (Id., Pet. Car., Dim. des Ram., n.) — Saint Ambroise étala la mesme morale dans un de ses sermons. (Thomass., Traité des j€tfn.,c.xxvui,2.) — Puisque votre modestie m'impose un silence que mon peu de capacité à étaler des mérités si éclatantes devroit déjà m'avoir imposé. (Pradon, La Troadet Epistre dédicat.) — Un des premiers qui étala dans la chaire une raison toujours éloquente fut le père Bourdaloue, vers l'an 16C8. (Volt., Siècle de Louis XIV, c xxxiii.} — Jamais écrivain n'avoit étalé des idées politiques, en prose, aussi fortement que Corneille les approfondit en vers. (Id., Comm. sur Corn., Rem. sur Cinna, u, 1.) — Le.méme Dieu, qui étale la preuve de son être d'une façon si éclatante dans la création, a décidé de se surpasser dans un autre ordre, celui de la foi. (Mgr Berteaud, Lett. past., Carême 1854.)