‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 259 sur 743 · FALLOIR · texte numérisé non relu

FALLOIR

La vie est peu de chose, et tôt ou tard, qu'importe

Qu'un traître me l'arrache, où que l'âge l'emporte? {Tiie et Bér., v, I.)

martian. Et si vous me comptes encor pour quelque chose,

Mes conseils agiront comme sous Théodose. aspar. Nous en pourrons tous deux avoir le démenti. martian. Cest à faire à périr pour le meilleur parti.

Il ne m'en peut coûter qu'une mourante vie,

Que l'âge et ses chagrins m'auront bientôt ravie. {Puleh., u, 2.)

Corneille est toujours dans le courant de la langue générale :

J'ai ordre de coucher chez ma tante ; mais n'importe, c'est à faire à être un peu grondée. (Baron, La Coq., iv, 10.) — L'asile qu'on m'offroit étoit une ressource présente. Je l'acceptai donc à la fin, et c'était à faire à le quitter si la fortune me devenoit plus favorable. (Maa de Villbd., Vie de M. -S. de Mot., v.) — Qu'est-ce que de ne se pas produire par son beau côté? Cest à faire à ne recevoir pas les louanges que l'on auroit remportées peut-être. (Baylb, Projet dm Dieu crit., i.)

Dans ce sens, comme dans le précédent, on trouve c'est affaire, pour c'est à faire :

Pour moi, j'aurois parlé. Dans un mauvais quart d'heure

Cest affaire à finir sa vie et son amour;

Je suis comme César : s'il faut perdre le jour,

La plus prompte des morts me parottla meilleure. (Senbcb, Conf., Ixion.)

— faire, impers., suivi d'un adjectif, comme être :

Qu'il fera dangereux rencontrer sa colère ! (Suite du Ment., m, 2.)

Il fait bien piteux et hazardeux, despendre d'un autre. (Montaigne, Est., i, 9.) — // fait dangereux assaillir un homme à qui vous avez osté tout autre moyen d'eschapper que par les armes. (Id., ibid., 47.) — // faisoit dangereux de le choquer dans ces temps-là. (Mbzer., Abr. de VBist. deFr., ann. 1588.) — Il faisoii dangereux de se trouver à l'ouverture de la porte. ( Maa os La Guette, Mém., Biblioth. elzév.,p.22.)

// doit faire mal sûr recevoir vos serments. (T. Corn.,J> Gai. doublé, v, 2.)

— fait, part. p. être fait en, avoir l'air de :

Suis-je fait en voleur, ou bien en assassin ?

Traître, en ai-je l'habit, ou la mine, ou la taille? (Suite du Ment., î, 1.)

FALLOIR (s'en) , suivi imméd. d'un complém. il s'en faut telle chose, comme il s'en faut de telle chose :

Tout fléchit sur la terre, et tout tremble sur Fonde; Et Rome est aujourd'hui la maîtresse du monde. laodice. La maîtresse du monde ! Ah ! vous me feriez peur,

S'il ne s'en fallait pas l'Arménie et mon cœur. [Nicom., m, 2.)

Quoique cette construction semble d'abord plus particulière, elle ne diffère pas, au fond, de la forme : il s'en faut beaucoup, il s'en faut quelque chose :

La Yalteline est toute à nous ; et, s'il s'en faut quelque chose, ce n'est qu'un fort

qui n'est f 18 janT. 1C

«èSSIWCATlON -* FARtffeR, ■ $3

pu meilleur que le* autre» qui se sont rendu». (Haut., Uu.t a Racan, ÏSjanv, 1625)

FALSIFICATION, terme de théâtre, altération à la vérité Met*

riqtie et locale ;

Je l'ai placé dans SévilJe, bien que D. Fernand n'en ail jamais été le maître, et j'ai vie obligé à cette faÎMificaiian, pour former quelque vraisemblance à la descente des Maures, dont l'année ne pouvait venir si vile par terre que par eau, £jam. du €id.\

FALSIFIER son telnt, prendre une mine feinte :

D'ailleurs ce grand courroux pourroîl-il être feint?

Aurait- il pu si\ftt fahificr son teint,

Et si bien ajuster ses jeux et son langage

A ce que la fureur marquait sur son visage? [Lu Sun., iv, &]

FARD , Ëg. LE FARD DU LANGAGE :

Seigneur, moi qui connais le fond de son courage

Et qui n'ai jamais vu de J a ni en son tangage ',

Je tieildrois a Uinlmur \yu> Yutie Majesté

M'acceptât pour garant de sa fidélité. {CJrf*, v . 4.)

Et son frère pipé du fard de mon langage. (La Veuve, i, s2.)

Ûtez ce nom d'amour i le fard de son tangage

Se m'empêcha jamais de voir dans son courage,

Et nous étions tous deux semblable» en ce point

Qae noua feignions d'aimer ce qua nous n'aimions point* ,lbidt. v, 4U

Gléandre, elle est à toi ; j'ai fléchi son courage.

Que ne peut l'artifice et k fard du tangage? (La PL Jîoif., UJ, 6,)

Et n'y doit point chercher ni te fard du langage,

Ki La subtilité- (tmitWJ 1, 5 )

Cette expression si heureuse n'est pas particulière à Corneille :

Courtisans, ne me lisez pas, Si tous recherchez les apas Elfe fard de vostre langage.

{Recueil des vers de M. de Marbeuf Rouen, 1628, in-8.)

— LE FARD DES PLEURS l

De ses pleurs tant vantés je découvre le fard. (Rodog., n, 4.)

FARDER, fig., avec un nom de chose pour sujet, et un régime indirect de personnes, comme on emploie déguiser :

Affreuse image du trépas, Qu'un triste honneur m'avoit fardée, Surprenantes horreurs, épouvantable idée, Qui tantôt ne m' ébranliez pas. (Androm., ni, 1.)

— farder son coeur, avec un nom de chose pour sujet, se déguiser :

Et moi sans compliment qui vous farde mon cœur

Je vous offre et demande une amitié de sœur. {La Veuve, v, 8.)

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