‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 302 sur 743 · HONORER. — HONTE · texte numérisé non relu

HONORER. — HONTE

HONORER de (un subst.) , avec une ellipse hardie :

Vous m'honorez beaucoup <f un si glorieux choix. (Le Ment., u, 1.)

HONTE, avec le pluriel :

Les soins que cette amour nous donne en cette vie Ne peuvent aussi bien nous élever si haut, Que la perfection la plus digne d'envie

N'y soit toujours suivie

Des hontes d'un défaut. (/mil., i, 3.,

Arrachez Théodore aux hontes d'un arrêt,

Qui môle avec le sien mon plus cher intérêt. (Théod.y m, 5.)

Mais tu sais quel orgueil ont lors montré les comtes, Combien d'affronts pour lui, combien pour moi de hontes. (D. Samc, n,l.) Non, mais vous avez dû garder le souvenir Des hontes que pour vous j'avois su prévenir. (Jtod., ivt 3.)

€ La honte n'a point de pluriel , du moins dans le style noble, » dit le célèbre commentateur.

Son esprit alarmé les croit un artifice

Pour réserver sa tête aux hontes du supplice. (Pomp,, v, 3.)

€ On ne dit point les hontes, » affirme encore Voltaire. H avait déjà fait la même critique à propos de ces vers de la- scène première de l'acte deux de la même tragédie :

Et que les plus beaux feux dont son cœur soit épris N'oseroient l'exposer aux honte* d'un mépris.

« Soit épris, dit-il, est un solécisme; mais, de beaux feux qui exposent à des hontes, sont pis qu'un solécisme. » Nous avons montré, au mot éprendre, que ce que Voltaire trouve pis qu'un solécisme était d'excellent français. Éprendre, épris, s'employait au dix-septième siècle d'une manière générale pour signifier saisir, saisi. Quant à honte, son emploi n'était pas davantage particulier à Corneille, et pourrait, ce nous semble, être parfaitement osé encore aujourd'hui, au moins en poésie. On le trouve dès les temps les plus anciens de la langue, en prose comme en vers et avec ses diverses nuances de signification :

Tant m'avés fait et hontes et anuis, Les mix vaillans de mes homes ocis.

(Raimb. dk Paris, Ogier de Dan.% v. 6916.)

Peust veintre ne abaissier, Ses torz ne ses humes venger.

(Benoît, Chron. des ducs de Norm.t u, 4347.) Les autres se prenoient au nez et baissoient les visages, et recevoient de grans homes et de grans vergoingnes. (Le Livre du Cheval, de La Tour, c. 118.)

Sont contraintz dire en public auditoire

Que dames sont sans hontes ne diffames

Plus que jamais. (Cl. Maiot, La Vray-Disant.)

Pour ceux-là n'y a point de finance en nos comptes,

Nais bien les bochenés, les opprobres, les hontes, (D'Aub., Les Trag., n.)

Honteuses veritez, trop véritables hontes. (Id., ibid.)

Chacun des esprits saincts ayant fourni sa tasche,

Et retourné au ciel comme à prendre relasche,

Représentait au vif, d'un compas mesuré,

Dans le large parvis du haut ciel azuré,

Aux yeux de l'Eternel, d'une science exquise,

Les hontes de Satan, les combats de l'Eglise. (Id., ibid., v.)

vous conjure que ce soit en particulier que je lui demande pardon, parce tans doute il me ferait cent hontes, cent opprobres devant tout le monde. ,, Le Médecin votant, se. xv.) —Moi qui n'ai rien de louable, môme selon >nde, que le bonheur de lui avoir caché mes hontes et mes faiblesses. »., Serin, pour le vendredi après les Cendres, n.)

q a dit de même de nos jours :

aurait fallu prévoir les écueils d'un tel succès et empocher les méfaits et les $ dont le monarque délivré allait charger sa couronne, et, jusqu'à certain , Ja responsabilité de ses libérateurs. (Villemain, La Tribune franc., M. de Mubriand, c. xiv.) — .... leur demander compte de leurs hontes. (Guuot, Héeamier , Rev. des Deux Mondes , 1" décembre 1859.) — Sa voiture le cont dans la rue Pierre-Lescot, une de ces voies étroites et lépreuses qui ont oùtoutes grandes les portes de leurs masures pour recevoir le* Honte* du Palais- 1. (P. Féval, Le Fil* du diable, m, 17.)

'erreur que commet Voltaire à propos du mot hontes, qu'il a t commise à propos du mot éternités, et que nous lui ver- 5 répéter encore à propos de passion, au pluriel, dans le sens nour, nous offre l'occasion dont nous croyons bon de profiter, udier un des points les plus curieux et les plus pratiques de ingue française, l'emploi pluriel des termes abstraits.

Emploi pluriel des termes abstraite.

ien n'est plus fréquent que l'usage de pluraliser un certain ibre de termes abstraits. La théorie que l'on donne habilement de cette pratique se réduit à ceci : Que les substantifs

marquent une habitude ou disposition à quelque chose nnent généralement, en passant au pluriel, un autre sens lu singulier, comme ma faiblesse et mes faiblesses, votre bonté os bontés, votre cruauté et vos cruautés; que le singulier exprime it ou le penchant de l'âme, qui est simple en lui-môme, et

le pluriel désigne les faits produits parce penchant, les-

352 HONTES. — pluralisation des termes abstraits.

quels sont multiples. Cette règle, rigoureuse aujourd'hui, nous paraît, d'après de très-nombreux exemples, n'avoir pas existé pour la vieille langue non plus que pour le dix-septième siècle, ou du moins avoir été sujette à de très-fréquentes exceptions. Nous allons le prouver par des autorités convaincantes. On verra, par une multiplicité de faits puisés chez toutes sortes d'écrivains , combien fréquemment ces termes abstraits pluralisés s'employaient pour marquer l'état, la disposition, seulement avec augmentation de force dans la signification, et avec l'idée nécessairement d'un état, d'une disposition qui se reproduisent plusieurs fois. On verra aussi que quantité de ces mots abstraits, qui ne sont plus usités qu'au singulier, s'employaient au dix-septième siècle trèssouvent au pluriel, pour marquer la répétition des faits et des actes. « Il est à remarquer, a dit Ménage, que comme la poésie est hyperbolique, elle aime les pluriers, et que les pluriers ne contribuent pas peu à la sublimité de l'oraison. » (Obs. sur la langue franc., 1, 4 46.) Il n'y a en effet qu'à ouvrir les poètes des seizième et dix-septième siècles pour voir combien ils aimaient à pluraliser des mots qui de leur nature sont essentiellement singuliers. Les prosateurs, on va s'en convaincre, ne le faisaient guère moins souvent ni moins heureusement.

abaissement. V. cet article.

abattement. V. cet article.

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