‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 344 sur 743 · ILLUSTRE. — IMBÉCILE · texte numérisé non relu

ILLUSTRE. — IMBÉCILE

Chacun fait ici-bas la figure qu'il peut,

Ma tante ; et bel esprit, 1/ ne Test pas qui veut.

(Mol. , Les Femrn. smv. , m, 4.) // ne se porte héritier qui ne veut. [Cousi. de la prev. et vie. de Parût 1668, .irt. 316.)

ILLUSTRE, appliqué à soupir :

Corneille, après avoir raconté comment Pompée venait d'être assassiné, sans avoir fait paraître ni faiblesse ni frayeur, termine ainsi son récit :

Et son dernier soupir est un soupir illustre,

Qui, de cette grande âme achevant les destins,

Étale tout Pompée aux yeux des assassins. {Pomp.t 11, *•)

Voltaire dit dans son Commentaire :

« Le mot illustre ne peut convenir à un soupir. De plus, un soupir n'est-il pas une espèce de gémissement? Achorée vient de dire que Pompée n'a poussé aucun gémissement. Et comment un soupir peut-il étaler tout Pompée? Corneille a voulu traduire le seque probat moriens de Lucain. H prouve en mourant quil ctt Pompée. Ce peu de mots est vrai, simple et noble, mais un soupir illustre n'ed pas tolcrable. »

Le célèbre écrivain commet ici plusieurs méprises qui 011! droit d'étonner. Il paraît ignorer ce que signifie en poésie l'expression de dernier soupir, et il la confond avec le gémissement. Son dernier soupir est un soupir illustre, veut dire : Son dernier moment, sa mort, fut illustre comme sa vie; et l'expression est juste autant qu'elle est forte.

IMBÉCILE, faible, suivant l'étymologie latine :

Le sang a peu de droits dans le sexe imbécile,

Mais c'est un grand prétexte à troubler une ville. (CEA, 1, *•)

Le célèbre commentateur de Corneille trouve fort impertinent le premier de ces vers, et s'écrie :

« Que veut dire, le sang a peu de droits dans le sexe imbécile? C'est une injure très-déplacée et très-grossiére fort mal exprimée. L'auteur entend-il que l<* femmes ont peu de droits au trône? entend-il que le sang a peu de pouvoir snr leurs cœurs? >

Que cette phrase laisse à désirer sous le rapport de la clarté, on peut facilement l'admettre; mais assurément Voltaire n» voulu que plaisanter en prétendant voir une injure très-déplacée et très-grossière dans l'expression le sexe imbécile. Les auteurs les plus graves, et qui avaient le moins coutume d'user de

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