‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 372 sur 743 · DIDIER ET C, LIBRAIRES-ÉDITEURS · texte numérisé non relu

DIDIER ET C, LIBRAIRES-ÉDITEURS

35, OUAI DES A06USTINS

Réserve de tous droits.

îk/

AINGUE DE CORÏNEILLE

LA, âdv\ de temps» alors :

Là* par un long récit de tontes les misères

Que durant notre enfance ont enduré nos pères»

Renouvelant leur haine avec leur «au venir

Je redouble en leurs cœurs l'ardc de le punir* [Cm-, t, 1)

LAIRRA1 pour laisserai :

Hais ta muse du moins s'en ialrta m?r. [.\tiLt lp 3, V* ëât}

Tons iaîrra par la mort don Sancbo pour époux. [Le Gid., v> I }

Corneille a fait disparaître cet archaïsme dans sa révision de

liW ; mais les contemporains de sa jeunesse et ses prédéces-

feure immédiats employaient encore la vieille forme lairrai pour

hisserai:

Nous qui sommes si braves Noos lairront des enfants qni seront des esclaves. (D'Ans., Les Trag-, u.)

Cependant Vaugelas la condamne absolument :

c Ltiinots, Laibuay. Cette abréviation de lairrois, lairray, en tontes les per- ~mses et en tons les nombres, pour laisserois et laisserai/, ne vaut rien, quoy •fline infinité de gens le disent et l'écrivent. Quelques poètes ont creu que les tari leur permettaient d'en user ; mais ceux qui aiment la pureté du langage le nt aussi peu dans la poésie que dans la prose. »

M. le comte Jaubert, dans son savant Glossaire du centre de la France 9 a présenté de nombreux exemples de l'emploi de cette famé au seizième siècle. Nous nous abstiendrons d'en citer ici, • bous conformer à notre principe d'éviter les redites •utiles. n. 1

a LAISSER.

LAISSER, suivi d'un infinitif, dans le sens de permettre, avec un nom de chose pour sujet :

Je crois vous avoir dit Que je ne l'ai point vu depuis qu'on le" perdit. Madame, un si long temps laisse mal reconnottre Un prince qui pour lors ne faisoit que de naître. (Œd.} rv, 3.)

— laisser a (un subst. ou un pron.), suivi d'un infinitif, permettre à., de, ou abandonner à., le soin de :

Faites voir, si je meurs, une entière tendresse : Mais vivez après moi pour toute notre Grèce, Et laissez à l'amour conserver par pitié

De ce tout désuni la plus digne moitié. (CEd., i, 1.)

Friligerne leur laissa assouvir leur première rage. (Fléch.,Hûi. de Tkiod., i, ui.) Laissons aux Scythes inhumains Mêler dans leurs banquets le meurtre et le carnage.

(J.-B. Rouss., Cent., a:

— De môme avec un second à devant l'infinitif :

Et, déjà dépouillant tout naturel humain,

Je laisse à ses transports à gouverner ma main. (CWi., 1, 4.)

Et d'ailleurs, si le ciel vous choisit pour victime

Vous me devez laisser à punir ce grand crime. (CEtf., ivt3.)

C'est ainsi qu'on a dit :

Je lairray au sieur de Ségurà vous discourir le surplus. (Leli. mité, de Henri IV, t. h, p. 55.) — Je brise là-dessus, et laisse à discourir de ce qui en est à ceux qui ont juste suject de s'en plaindre. (Caq. de l'ace., 5" journ.) — Laissons à ceux qui ne jugent jamais des événements que par les vues fausses et bornées de la sagesse humaine à s'enorgueillir et à ne chanter que des chants d'allégresse sw nos victoires. (Mass., Mandem., 28 juill. 1734.)

Va, dit-elle, vieux fou, songe à ta sépulture,

Et laisse aux jeunes gens à songer à l'amour. (Sénkoé, Corn. , Hlron et Lab.)

Laissons aux astronomes à mesurer la grandeur et le mouvement des astres pour en prédire les éclipses. Laissons aux anatomistes à décomposer les corps des animaux et des plantes pour en reconnaître les ressorts et la liaison des parties. Laissons y en un mot, aux physiciens d étudier le détail de la nature pour es admirer toutes les merveilles. Arrêtons-nous principalement aux vérités générales de votre métaphysique. (Malbbr., Entrel. sur la mélapk., x, 7.)

Dans ce sens on trouve quelquefois de au lieu de à devant l'infinitif :

Je laisse au sieur Roger Wilemes et aultres principaux de sa trouppe de dire comment combattirent les François qui s'y trouvèrent {Leu. miss, de Henri f K, t. iv, p. 623, 1« mai 1592.)

— laisser (se), avec un verbe suivi de à au lieu de par :

Lysarque et vos archers depuis ce lieu funeste

Se laissèrent conduire aux traces de mon sang

-Qui durant le chemin me dégouuoit du flanc. (Gtif., ui, 1.)

Page 1