‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 397 sur 743 · MAL · texte numérisé non relu

MAL

tresse, même en prose, s'appliquait encore sans inconvenance à une demoiselle honnête qu'on recherchait en mariage :

Je me garderai bien de lui dire que vous croyez faire votre cour à votre nuitresse en la quittant, et lui faire voir par là que vous êtes capable d'aimer. iD'Aguesseao, Un. inid., à M. L. Racine, 9 mars 1722.)

— faire maîtresse, prendre une maîtresse :

... Et déjà vous avez fait maîtresse?

dorante. Si je n'en avois fait, j'aurois bien peu d'adresse,

Moi qui depuis un mois suis ici de retour. {Le Ment., i, 5.)

Si l'on me dédaigne, je laisse La cruelle avec son dédain, Sans que j'attende au lendemain De faire nouvelle maîtresse. (D'Urfb, Astrée, i, 1.)

— maîtresse, adj., avec un nom de chose, capitale, fondamentale :

Cet heureux poëme n'a si extraordinairement réussi que parce qu'on y voit les deux maîtresses conditions (permettez-moi cette épithète) que demande ce grand maître aux excellentes tragédies. (Le Cid} avertissent.)

On trouve dans le même sens :

Telles gens veulent estre jugez en gros , par la maîtresse fin de nos actions. (Montaigne, Ess., u, 36.) — La maîtresse pensée (d'un rondean de Chapelle sur les Métamorphoses de Benserade) parott empruntée du Roman bourgeon de Furetière. {Ménagiana, u, 375.) — Ces deux maîtresses parties (le cœur et le cerveau) influent dans tout le corps. (Boss. , Connais*, de Dieu, c. n.) — Sott que l'âme ait le cerveau entier immédiatement sous* sa puissance, soit qu'elle y ait quelque maîtresse pièce par où elle continue les autres parties, comme on pilote conduit tout le vaisseau par le gouvernail, il est certain que le cerveau est son siège principal, et que c'est de là qu'elle préside à tous les mouvements dn corps. (Id., ibid., c. m.) — La capacité principale et la qualité maîtresse do président était pour les négociations. (Ste-Beuve, Causer., 15 mai 1854.)

MAL, adv. espoir mal conçu :

Quel espoir mal conçu te rapproche de moi ?

Aurois-je de l'amour pour qui n'a point de foi? [La PL Roy., v,7.)

— Corneille se sert très-souvent de mal devant un adjectif :

Cette réflexion, mal propre pour un père,

Consoleroit peut-être une douleur légère. (L'IUms. corn., v, 5)

Mais nous devons aux dieux demain un sacrifice,

Et nous aurions le ciel à nos vœux mal propice,

Si nos prêtres, avant que de sacrifier,

Ne trouvoient les moyens de le purifier. (Bot., v, 30

Et nous parlons peut-être avec trop d'imprudence

Dans un lieu si mal propre à notre confidence. (Ci»., u, *•)

D'un bonheur si mal sûr je ne suis point jaloux. (ïïie et Bér., i, 3.)

Et la vertu timide est mal propre k régner. {Pertk., iv, 3.)

Page 1