‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 417 sur 743 · MOLLEMENT. — MOLLESSE · texte numérisé non relu

MOLLEMENT. — MOLLESSE

« L'usage, dit Voltaire, a permis qu'en quelques occasions on puisse appeler sa femme sa moitié. »

Mânes du grand Pompée, écoutez sa moitié.

« Ce mot-là fait un effet admirable. C'est la moitié du grand Pompée qui parle; mais il est ridicule de dire, d'une fille'à marier, cette moitié. »

Le commentateur fait paraître cette expression plus mauvaise qu'elle n'est par sa manière de la présenter. D'après Corneille, Pulchérie, à qui s'appliquent les mots cette moitié,est considérée comme si elle était déjà épousée.

MOLLEMENT, doucement :

Qu'au reste, les veneurs, allant sur leurs brisées,

Ne forcent pas le cerf s'il est aux reposées,

Qu'ils prennent connoissance et pressent mollement,

Sans le donner aux chiens qu'à mon commandement. (C/tf., n, 4.)

MOLLESSE, fig., en parlant de la prononciation des mots dans lesquels entre / mouillé :

Je dis qui ont deux // en latin, parce que les mots de fille et famille en viennent, et se prononcent avec cette mollette des autres qui ont Yi devant les deux //, et n'en viennent pas. (Préf. de : Le Théât. de P. Corn., édit. de 1G82.)— Toutes les fois qu'il n'y a point d'i avant les deux //, la prononciation ne prend point cette mollette. [ibid.) — Quelques modernes, pour ôter toute l'ambiguïté de cette prononciation, ont écrit les mots qui se prononcent sans la mollette de Yh avec «ne / simple, en cette manière, tranquile, imbécile, dittile. (Ibid.)

— mollesse, avec le pluriel :

Des plaisirs criminels les damnables mollette*, [fmit., i, 1, éd. 1651.)

On a dit de même après Corneille :

Ce faste , ces mollesses , ces soupçons , ces cruautés, ces colères , ces emportements furieux contre tes amis. (Fbn., Dial. des morts, i, 94.) On y voit naturellement Que deux imprudentes princesses Qui passoient tous les jours dans de vaines mollettes. Et tombèrent indignement Dans un affreux égarement, Reçurent, pour le prix de leurs lâches faiblesses,

Un prompt et juste châtiment. (Perrault, Contes, L'adr. princesse.)

On trouve de môme, ou d'une manière analogue, de nos jours:

Heureux pourtant, et favorisé jusqu'à la fin, puisqu'il lai fut donné (àBernis), par ses derniers sacrifices , de pouvoir racheter et expier en quelque sorte les mollesses de ses débuts. (Ste-Bruve, Causer., 11 avril 1853.) — Quels soulagements me procurent ces mollesses dont vous charmer vos lâches ennuis? (L. Teuill. ,

L'Esclave f index.) — Alfieri, en haine des mollesses et des afféteries italiennes , s'était proposé an idéal dramatique vraiment trop abstrait, qu'on peut admirer à un certain point de vue, mais qui, à la longue, produit pour résultat ce qu'on doit le plus éviter en l'art, l'ennui. (Th. Gautier, Moniteur, 14 avril 1857.)

MON, particule affirmative :

J'enverrai tout à bas, puis après on verra.

Ardez, vraiment c'est mon, on vous l'endurera!

Vous êtes un bel homme, et je dois fort vous craindre.

(Gai. du Pal., iv, U.)

On a donné de ce mot bien des explications dont plusieurs sont insoutenables. Ainsi, on lit dans Henri Estienne, Gramtn. gallic.y au chap. des adverbes, p. 77 : « Unum est (adverbium), quod in responsione affirmât , videlicet , c'est mon , pro c'est moult, tanquam quis diceret latine, est multum. Utimur eo pro his verbis, il est ainsi que tu dis. » Nicot écrit mont, et c'est mont, et il le dérive pareillement de multum. Ce lexicographe donne aussi mon, et l'explique ainsi : « Mon solemus dicere, quod a grsecopèv, pro quidem et certe positum est; cujus exemplum est hujusmodi.... Cest mon, c'est ainsi. » On lit dans le Dictionnaire de Furetière : « Dans c'est mon, il faut sous-entendre avis qu'on a retranché pour abréger; mais il se dit d'ordinaire ironiquement. » « Cest mon. Sit modo; comme si l'on écrivait soit mon, prononçant soit par sait, » dit La Monnoie dans son édition des Nouvelles de Despériers.

Toutes ces interprétations ne valent pas celles de Ménage et de plusieurs anciens hellénistes comme Périon, Trippault, Lancelot, qui dérivent mon du grec pwv dans le sens de certes. C'est l'opinion généralement adoptée aujourd'hui, et nous nous y rangeons.

Nous allons maintenant présenter les principales formes sous lesquelles on rencontre la particule mon.

c'est mon :

Il en avoit la guerre :

Eschecq à l'huys, c'est fait, c'est mon. (Coquillart, Ptaydoyer.)

C'est fait. — C'est mon. {Les Secretz et Loix de Mariage, composez par le Secrél. des Dames, Jean d'Ivry.) Or c'est mon, par mon serment. {Farce de la Résurr. de /. Landore.) Est-ce point Juda ou Symon?

Non est, cy est; c'est il, cest mon.

(Cl. Mar., 3* Episu du Coq à CAsne.) Perrette, il est beau garçon, c'est dommage de quoy il est ainsi fol.— M ananda, disoit la garse, c'est mon madame, il est net comme une perle. (Despériirs, Noup., lxvi, éd La M.)

JLbqoaou Monstres un petit. Vertu de majl c'est ne vieille Une! Nicolas. Oy, par sainct Jean! et les vieilles soml les ntet}leares. Hais fay umx beHeveeut, que ta ne la rompes.

Loocajx. 3Taye» peur. Ceu mon. vrayneut, elle est bosse. (Lajut., Les kXceL, t. 3.)

ouvnm, Bais le voici.

aauaouÉ. Ma foy. ceu uum! (Go»., Ut Dcsmuis.. m. 1.

Je croy pour tout certain qoe c'est quelque démon Qui vient pour noos tenter.

lb cacaâ. 0 mon aury, c'est mon.

(Tbotzbil, La Gerrâ., preL)

On médecin vantoit à llieocles son art estre de grande auctorité. Traycmtat

c'est su, dit Nicoeles, qui peut impunément tuer tant de gens. (Soutaiob. Est**

1 1, 37.) — Mais il se repentira par après de s'y être amusé. {Test mm; mais il s'y

sera toujours amusé. (ld.9 iMd., iu, 9.)

Hons montons, et montant, d'un c'est ssm, et d'un voire Doucement en riant j'appointais nos procès. (lionza, S*Lt n)

Ces lu y, les saluant : Tous arrifex bien tost! Ceu mon, ce disent-ils, c'est pour soigner an rosi.

(Disc, de deux marchants fripiers et de deux taUlemrs, 1614, it-fr. MM Cbisabd. Ah ! monsieur, vous ne deviez pas avoir cette opinion-là de votre fille : il n'y en eut jamais une si bien née. Pemette. Ceu wtssu Ma foi , vus vous y eonnoissez! (St-Evmm., Les Opéras, i. 3.) — Traiement, c'eu me* (dit CoJlantine), vous me renvoyez là à de belles gens. (Ppiotèie, Le Bsm. bour§.. ni — Tu es bien chanceux : ta as perdu ton procès? Ce Manceau lui dit pour loale réponse : Traiement. c'est mon, v'ià bien de quoi! N'en aurai-je pas un autre toit pareil quand je voudrai? (Id., Und.)

Ardez, voire, c'esl-mon. (RÊsjrrn, Soi., »/

Corneille, en écrivant le vers plus haut cité, a dû se souvenir de celui-ci.

Le vieux dictionnaire anglais -français de Cotgrave indique la forme c'est mont, dans le sens de c'est à savoir. . Mon s'employait de même avec différents temps et différente* personnes du verbe être.

Tu es venu de l'ost des Tartarins? Sire, fit-il, suis mon. (Joint., c. lu.) l'homme. Et vous voylà bien empeschye.

la femme. Et je suis mon, sainct Coquilbault. (Force oTun Cmauidrsnnicr.)

jbniji. Si suis-je Jenin par le nez

Et Landore par le menton.

le ccrb. C'est luy sans autre.

JBNijf . Se suis mon,

{Farce de la Résurr. de Jenin Unes* le PAEDOHNEua. Sang bien, il esloit de nos gens. la TAVKRNiÉRB. Ha, cestoit mon; j'en suis bien ayse. (Force d'un Porto****-

ça mon, abrégé de ce a mon, se trouve dans de vieux textes, de même que la forme négative ce n'a mon : Saint Jehan ! ça mon ! dit-il. [Cent Nouv. du roi Louis Xt, xxxm.)

Hé! je pense que voire ça mon vrament

Qui ne sauroit ce que vous sçavez dire. {Corn, de Chant., m, 2.)

Ça mon, vraiement! il a fort à gagner à fréquenter vos nobles, et vous avez bien opéré avec ce beau monsieur le comte, dont vous vous êtes embéguiné! (Mol., Le Bourg, gentilhomme, in, 3.)

On écrivait aussi samon :

jbaniik. On fait courir par la ville

D'assez mauvais bruit de toy.

siLTiE. Vraymen, samon, il y a bien de quoy. (Corn, de Chant,, n, 1.)

Mais samon est exactement la même chose que canton, et tient à une confusion d'orthographe très-fréquente dans l'ancienne langue, où Ton rencontre à chaque instant s employé pour c et réciproquement.

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