‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 419 sur 743 · SÇAVOIR MON. SAVOIR MON · texte numérisé non relu

SÇAVOIR MON. SAVOIR MON

En treis manières est dotis, Destreiz, angoissas e pensis :

Sateir s'en Dace tort u nun Sur le rei traiter felun Qui si l'aveit déshérité E de la terre fors jeté , U sateir mmn s'il aot en France Seoz plus targer, senz demorance, L taveir mmn si celé Anglée Que de mon a ensanglantée, Gastera plus ne destruira,

U si a son oés la retendra. ;Bun., Ckrom.de* ducs <U .\ormtu,l&l>) Assez pensa... a celle chose, tçavoir mani s'elle 1a diroît a son frère. (Lavcelot dc Lac, t. m, fol. 125, v*. col. 1 et 2.)

On rencontre plusieurs fois chez Marot sçavoir mon, de même que assavoir mon. On trouve la même forme chez divers écrivains du seizième siècle :

J'ay entrepris ce discours, sur ce que j'ay veu souvent faire ceste dispute par*J de grands capitaines, seigneurs, braves cavalliers et vaUlans soldats, tas tir — * si l'on doit praticquer grandes courtoisies et en user panny les duels, camps clos, estoquades et appels. (Brant., D'aucun* duel* , etc.)

Cy gist un prélat honoré.

Qui porte la barbe prolixe.

De couleur de vermeil doré, Brillant comme une estoile fixe.

Preschant sur un enterrement, Il sermonna si longuement.

Qu'il en trespassa de destresse, Non sans laisser un sçavoir-mon Laquelle de ces deux choses est-ce Qui fut plus longue en son espèce.

De sa barbe ou de son sermon. (Tallem. des Ré aux, Les Historiettes, Épitaphe de M. de Rouen. Monm. et P. Paris, t. iv, p. 78.)

A la page 84 du tome iv de la belle édition de Tallemant qui vient d'être citée, on lit cette note :

• L'expression sçavoir-mont employée dans l'épitaphe, répond ici bien clairement à savoir; et je la crois venue de la façon de parler latine, fort usitée dans les écoles, scire meum, à mon savoir, suivant ma façon de penser. Des bancs de l'école, elle sera passée dans le monde. Et l'on a dit aussi ; Cest mon, sahnon, samon et ça mon, ce sont autant de formes corrompues du primitif savoir-mon ou à savoir-mon. Dulorens, dans une satire imprimée en 1654, Nouveau Recueil des plus belles poésies..., p 112 :

Il te prise si fort, il s'en fait tant accroire, Qu'à tout ce qu'il noua dit il faut reapondre cotre, Cesmon, ou pour le moins ae taire.

Là, cesmon répond encore à cest mon opinion, mon avis. M. Boissonade, qui a bien voulu nous communiquer ses recherches sur cette façon de parler, l'a trouvée pour la dernière fois dans Regnard et Dancourt, >

Tous les faits qui vont encore suivre, comme ceux qui précèdent, ne permettent pas , croyons-nous, d'adopter cette étymologie, applicable au plus à quelques cas particuliers.

Mon se trouve aussi avec savoir à d'autres temps que le présent de l'infinitif :

Beau fils, dit l'amiral, say mon. (Le Roman de Mabriant, xxviu.) — Galien lui va dire : M amie, moult avez eu de poureté depuis que ne vous vis. Hélas ! dit la dame, say mon. {Le Roman de Galien restauré, 75.) le curé. Tout fait, tout dit et tout comprins, ,

Quelque chose y avez-vous aprins?

jbnin. Say mon dea. (Farce de la Résurr. de Jenin Landore.)

Ha, fin apostre, Je cuide bien que sçavez mon.

(Colin qui loue et despile Dieu en ung moment à cause de sa femme.) Un boulanger, prenant la parole pour le meusnier, qui estoit, comme je croy, son compère, dit que cela estoit estrange que l'on blasmoit les personnes les plus nécessaires et desquelles on ne se pouvoit passer. — Sçay mon! ma foy, dit un relieur ; voilà des gens bien nécessaires, mais c'est pour tirer l'argent et ruiner entièrement le pauvre peuple. (Les Contens et Mesconiens sur le sujet du temps, 1649, in-4<\)

M. £. Fournier pense que sçay mon est ici pour ce mmf fa mon. [Var. hist. et litt., t. v, p. 335.) Les exemples précédents prouvent que l'estimable philologue est dans Terreur, et que mon se joignait au verbe sçavoir, savoir, à différentes personnes et à différents temps.

Mon se rencontre aussi employé avec savoir comme pur explétif, et sans que ce verbe forme avec la particule une sorte de locution composée. Ainsi on trouve pour savoir mon :

Ci sunt, funt-il les genz le rei Qui de quor l'aiment e de fei.

Conte e baron de malt grant pris, Qui ça nos ont à vos tram i s Pur saver mua quels genz vos estes, Quels leis vos tenez ne quels gestes.

(Benoît, Chron. des ducs de Normandie, n, 3379.)

L'affirmative mon se plaçait encore après des verbes autres que être et savoir, tels que faire, avoir, regarder, sentir, etc. :

Yvon, et Yvone, et Salemon Doi jou plorer? Voir ce fait mon,

Quar il furent buen cevalier. (Phil. Uouskb, su., p. 911.)

Ce fa* mon. {Pois, m*.; avant 1300, t. iv, p. 1503.)

Ce face mon. {Hist. des trois Maries, en vers, ms., p. 941.)

Laisse m'achever mon sermon.

lk cutsinibb. Par ma foy, si neferay mon.

Car tu ne dis chose qui vaille. [Sermon joyeux de bien boyrt.)

la chambbikre. De toutes vos chambrières

Je suis le chois.

le badin. Ce corbieu, ce faictes mon,

Vous venez au testament;

Ne faictes pas? {Farce du Badin.)

A ce compte , dit Socrate . tu estimes bien ce qui sert, et non pas ce qui nuit. Ce fay-mon, dit Cri lobule. (La Bobtib, Le Mesnagier de Xenophon.) ut cobb. Il mourut de soif.

la femme. Se Jîst mon. {Farce de laRésurr. de Un. Landore.)

Hz le feront, par sainct Denys!

De corne soufflez; (ce) feront mon.

{Sermon joyeux de la patience des femmes.) Par sainct Jehan, ce ne feray mon.

{Farce nouv., très-bonne et fort joyeuse, de t obstination des femmes.) le maoistbb. Au moins on a bien veu comment Femmes ont le bruyt pour parler.

baulbt. Ce ont mon; je prens sur mon serment. {Farce de maistre Mhnîn.) m. db dbla. Une chose qui est bien prise

Doibt-on louer?

m. db dbça. Et ce /u ici mon!

(R. de Collbbye, Dial. de M. de Delà et de M. de Deçà.) Voyez-vous, madame, je vous servirai bien, mais... Quel mais?disoit la dame. Âgardez mon, disoit la garse. (Dbspébibbs, Contes, xlviii, éd. L. M.)

On a dit sentez mon, dans le sens de voyez :

Sente* mon comme il estpesans. {Fabl. ms. du Roy, n#72l8, fol. 141,

r, col. 1. Citât, de Ste-Palaye.)

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