‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 428 sur 743 · NOURRITURE · texte numérisé non relu

NOURRITURE

« Ce terme nourriture, observe justement Voltaire, mérite d'être en usage; il est très-supérieur à éducation, qui, étant trop long, et composé de syllabes sourdes, ne doit pas entrer dans un vers *

Corneille a dit encore :

Surtout il est instruit en l'art de bien régner :

C'est à vous de le croire et de le témoigner.

Si vous faites état de cette nourriture,

Donnez ordre qu'il régne... (Nieom., u, 3.)

Cette signification , de même que celle que nous présenterons plus loin, est rapportée par la dernière édition de l'Académie; mais elle est maintenant à peu près inusitée. Les exemples suivants montreront, avec ceux de Corneille, comme elle est d'un emploi heureux, et combien elle est ancienne :

Moult fu de bone norrelure

Et de bon sens fu par nature. (Herbbrs, Dotopathos, v. 1367.)

Nature sormonle et trespasso

Tout ce ke tiorreture amasse. (ld., Ibid., v. 1373.)

Âlcippe ayant esté nourry par son père avec la simplicité de berger, eut toujours un esprit si éloigné de sa nourriture, que toute autre chose luy plaisoit plus que ce qui sentoit le village. (D'Urfé, CJstrée, i, 2.) — Sa fille n'a démenti (dit ironiquement) ni la nourriture, ni les bons exemples que son père lui a donnés. (Patrd, Plaid., x. ) — Si ma disgrâce leur a fait perdre des avantages du côté de la fortune, elle leur en a donné du côté de la bonne nourriture et de l'esprit. (Bussy, Xefi., àM<"de Sévigné, 28 janv. 1672.)— Dans les nourritures ordinaires où Ton ne regarde qu'au physique, pourvu que l'enfant vive et qu'il ne dépérisse point, le reste n'importe guère; mais ici, où l'éducation commence avec la vie, eu naissant l'enfant est déjà disciple, non du gouverneur, mais de la nature. iJ.-J. Rouss., Emile, vu.)

— nourriture, celui qu'on a nourri, élève, enfant :

Et, quel que soit ce fils que Rome vous envoie,

Seigneur, je lui rendrois son présent avec joie.

S'il est si bien instruit en l'art de commander.

C'est un rare trésor qu'elle devroit garder,

Et conserver chez soi sa chère nourriture,

Ou pour le consulat, ou pour la dictature. (Nicom., u, 3.)

Cette signification, également tombée en désuétude, était aussi très-heureuse, comme le prouveront les exemples suivants :

Bien ay fait noble noriture,

Touz jour tenir je le vouldroie. {Le Gtu des trois roys.)

Je doibs bien eslre au cueur marrie

D'avoir nourry tel nourriture. (Moralité de charité.)

Dans son jardin Vénus se reposoit

Avec Amour, sa douce nourriture. (Maurice Scbve, Délie.)

Cléontine, qui jugea ce party avantageux pour sa nourriture, me remercia de la

volonté que j'avois pour Celidée. (D'Urfb, l'Aurée, u, 1.)— Araxez, se voyant li

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