‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 449 sur 743 · OUTRE · texte numérisé non relu

OUTRE

On trouve, au seizième siècle, outragevx avec un nom de pers. :

11 y avoit là auprès un bouvier nommé Sapés* mauvais homme, oultrageux et présomptueux. (Amyot, Daphnie et Chloi, îv.) — Les peuples francs sont plus violents et plus oultrageux envers leurs bons citoyens.. (ld., Vies, Phocion.)

De môme au dix-septième siècle :

En matière de procès tout homme peut aisément être obligé de commencer. Le plus injuste, le plus outrageux se donnera presque cet avantage. (Pateu, Plaid., i. —Un ennemi insolent et outrageux. (Boss., 3e serm. pour le prem. dbm. de f Jv.,m.)

Il se rencontre plus fréquemment au dix-septième siècle avec un nom de chose, comme Ta employé Corneille :

Que pouvoit-il arriver de plus outrageux à la maison de Bohan, à la mémoire des héros qu'elle a portés, qu'une cause si scandaleuse? (Patru, Plaid., n.) — Vous voyez un triste exemple, qui peut tout seul vous remettre devant les yeux ces violences outrageuses qui excitèrent autrefois tant de plaintes toutes publiques. (Id., ibid., v.)— Effacez par votre arrêt toute la honte, tout le scandale d'un emprisonnement si outrageux, d'une condamnation si infamante. (Id., ibid.) — Souffrir un mépris si outrageux. (Id., ibid., xiv.) — Je ne doute point que vous n'ayez tous regardé la seule proposition d'une entreprise si outrageuse à la dignité épiscopale comme une insulte signalée qu'on faisoit à l'Église de Paris. (Rm, Mém , v, 1635.) — II lui dit mille choses outrageuses. (Flbch., Hitt. de Ximen., u.) — C'était une charitable correction, et non une insulte outrageuse que vonsaviex à lui faire. (Boss., Serm. pour le mardi de la trois, sent, de car., u.) — Pour abattre ceux qui lui résistent, le monde est armé de traits piquants, je veux dire de railleries, tantôt fines, tantôt grossières; les unes plus accablantes par leur insolence outrageuse, les autres plus insinuantes par leur apparente douceur. (Id., Trois, serm. pour la Petit., i.) — La fortune, pour-être également outrageuse, ne se rend pas moins féconde en événements fâcheux. (Id., Serm. pour le jour de* Morts, n.)— La plume outrageuse de Luther. (Id., Hist. des variai., u.) — On étoit scandalisé, même parmi ses disciples, du mépris outrageux avec lequel il (Luther) traitoit tout ce que l'univers avoit de plus grand. (Id., ibid.) — Chacun sait combien de fois Calvin a passé par-dessus leurs décisions,., et la manière outrageuse dont il a cru pouvoir éluder leur témoignage unanime. (Id., ibid., ix.) — Tout ce qu'il y a d'injuste et d' outrageux dans leurs écrits. iFÉN., CetU, à l'abbé Brisac, 28 avril 1698}— Donner au public une scène si outrageuse à sa majesté, c'est une hardiesse et une ingratitude sans exemple. (Id., Examen de récrit intitulé : Réponse au cardinal de Nouilles, etc.)

Voltaire, qui constatait la désuétude où était tombé de son temps le mot outrageux, Ta lui-même très-heureusement employé : #

U faut savoir douter, secouer la poussière du collège, et ne jamais s'exprimer avec une insolence outrageuse. (Dict. philos., art. Babel, S i.)

Ce mot indispensable a depuis été repris universellement.

OUTRE, outre que, ajouté que :

Il n'est que curieux, Et ne montreroH pas si grande impatience,

OUTRECUIDE. 104 a

S'il me c on si dé roi t avec indifférence.

Outre qu'un tel secret peut souffrir un ami. [Suite du Mou., îv. 3.)

un peu plus outre, quelque temps encore, ulterins, par imitation si fréquente du temps à la distance :

Tigre altéré de sang, Décie impitoyable.

Ce dieu t'a trop longtemps abandonné les siens ;

De ton heureu* destin vois la suite effroyable :

Le Scythe va venger la Perse et les chrétiens.

Encor un peu plus outre, et ton heure est venue. (Po/., îv, $.)

outre, employé adv. plus outre, fig., comme plus loin :

Tu dois aller plus outre, et m'imputer encor

L'attentat sur mon fils comme sur Rosidor. (Clii., v, 4.)

ai plus outre, et dirai que tous presque ont souhaité que ces entreliens se t. (Exam. du Cid.)

;tte locution , très-usitée au seizième et au dix-septième e, se rencontre jusqu'au dix-huitième :

la foi doit bien passer plus oultre. (Calvin, Instit. chrét., i, 16.) —Je ne point passer plus oultre d'un pas, sans estre accompaigné d'aucuns de mes

confidens amis et serviteurs. (Lett. miss, de Henri 1V,3 juin 1581, 1. 1, p. 374.)* vous prie, mon cousin, que cela cesse et ne passe plus oultre: (Ibid., 4 août t. i, p. 568.) — Je passe bien plus outre, et dy... (Fauchbt, De C Origine langue et poésie françaises, 1,8.) — Avant que de passer plus oultre, je une saillie, non peu l- estre mal à propos. (E. Pasq., Rech., xiv, 36.) —

our que le prevost luy portoit lui avoit tant esblouy les yeux, qu'il ne voyoit plus outre. (Lariv., Facét. Nuicts de Strap., 1, 2.1— Mais luy qui estoit fort

é, voyant qu'il se présentoit occasion de passer encor plus outre... (D'Uaré,

ée, 1, 7.) — Encore un peu plus outre, et le radotage sera consommé. (D'Ar-

>n, Mém.y bibl. elzév., t. 11, p. 136.)

- plus outre, avec une négat, pas davantage, plus :

Soit une vérité, soit une illusion

Que ton esprit adroit emploie à ta défense,

Le mien de tes discours plus outre ne s'offense. [La Veuve, 11, 3.)

UTRECUIDÉ, téméraire , présomptueux, qui entreprend au . de ce qu'il est et de ce qu'il peut; de la préposition outre, et rieux verbe cuider, croire :

L'aveugle outrecuidè

Se croiroit mal guidé •

Par l'aveugle fortune. (La Veuve, 111, 8.)

e synonyme vieilli d'outrecuidant pourrait fort bien, croyonss, s'employer encore, à l'imitation des exemples suivants :

nt icy venus, ne sçavons quels oultrecuidez, fiers comme Escossois. (Rabhl., 4 c. 19.) — Ta langue te portera dommage, glorieux outrecuidè que ta es.

Page 1