II
PERDRE temps, perdre du temps, perdre son temps :
Il n'est pas fort atsé d'arracher ce secret.
Adieu, ne perds point temps. [Mil., i,5.)
Je vais sans perdre temps y disposer Aronte. (La Gai, dm Pal., n, 5.)
Le ciel m'inspirera ce qu'Ici je dois faire.
Adieu, nous perdons temps. (Cinna, iv, 3.)
Je n'ai point perdu temps, et voyant leur colère
Au point de ne rien craindre, en état de tout faire,
J'ajoute en peu de mots... [tbid., i, 3.)
L'un et l'autre voyant à qdoi je me préparé,
Se hâte d'achever avant qu'on les sépare,
Presse sans perdre temps, si bien qu'à mon abord
D'un coup que l'un allonge il blesse l'autre à mort.
Je me jette au blessé, je l'embrasse et j'essaie,
Pour arrêter son sang, de lui bander sa plaie.
L'autre, sans perdre temps en cet événement,
Saute sur mon cheval, le presse vivement,
Disparaît. {Suite du tient. , n, 1.)
Mais je m'amuse trop, l'orfèvre est loin d'iei,
Donnez-moi, je perds temps. (ibid., u, 6.)
Je n'ai point perdu temps, et les ai fait entendre.
Si bien que sans chercher d'autre éclaircissement,
Vos juges m'ont promis votre élargissement. {Ibid., ui, 4.)
Montrez-vous à ce peuple, et, flattant son courroux,
Amusez-le du moins à débattre avec vous;
Faites-lui perdre temps, tandis qu'en assurance
La galère s'éloigne avec son espérance. {Nicom., v, 5j
Mais qui perd temps ici perd tout son avantage. {Ibid.)
Qu'on ne perde point temps à s'entre-regarder.
Parlez, et d'un seul mot éclaircissez mes doutes. [Androm., u. L>
Ce n'est que perdre temps qu'en parler davantage.
Et vous savez à quoi le serment vous engage. {La Toi*, d'or, î, 3.)
Allons, sans perdre temps, l'empêcher de nous nuire. [Sophon., u, 5.)
Les exemples de cette locution sont nombreux au seizième et au dix-septième siècle :
Mais afin que ne perdions temps, Compte-moi cy par les menus Les moyens que tu as tenus
Pour parvenir à ton affaire. (Cl. Marot, Diai. de deux amwur.)
Ne perdons point temps; venez çà, approchez-vous. (Lariv., Les Esprits, m, 2.)
— Cependant, pour ne perdre temps, je me suis résolu d'assiéger la ville de
Dreux, que je fis hier investir. {Lett. miss, de Henri IV, 10 juin 1593, U m, p. SOI.)
Ce seroit perdre temps qu'assembler mon conseil.
Qu'il y consente ou non, la guerre est résolue.
(T. Cork., Pers. et Demêtr., it,8.) Allez, sans perdre temps, mettre fin à ses plaintes. (Id., Cire*, m, 3.) En disant que Dieu a béni visiblement le séle et le courage avec lequel ils oit \ établi, sans perdre temps, la divine religion de son prophète. (Bàttt, Comme*. '
lilos., i, 7.) — J'étois bien aise de les amuser toujours pour leur faire perdre hjm et donner lieu à M. le maréchal de Turenne de se fortifier de plus en plus lus ses retranchements. (*■• dk La Guette, M cm., éd. Jannet.) — Et pour ne tint perdre temps, j'avoue d'abord. (Abil, Fréq., comm., il, 2.) Pour ne point perdre tempe et hâter mon ouvrage, J'emprunterai, selon l'usage.
Par-ci par-là des vers tout faits Ou dans Racine, ou dans Corneille.
(Le Grand, Le Roi de Cocagne, prol., se. 5.)
— perdre temps, perdre son temps, perdre sa peine :
Vous perdez temps, monsieur, je sais trop mon devoir.
{Suite du Ment., 1, "2.) Jo perds donc temps, madame, et votre âme obstinée N'a plus amour, ni foi, ni pitié pour Phinée? {Androm., v, 2.)
• isab. Blanche, j'ai perdu temps.
Uanchb. Je l'ai perdu de môme. {Don Sanche, m, 6.)
Menace, puisqu'enfin c'est perdre temps qu'offrir. {Perth., h, 4.)
Tu perds temps, je n'écoute plus rien. (Ibid., îv, 2.)
Mais sans trône on perd temps, c'est la première idée
Qu'à l'amour en mon cœur il ait plu de tracer. [Agés., î, 1.)
Les exemples de perdre temps, pour signifier perdre son temps, perdre sa peine, sont nombreux aussi, avant comme après Corneille:
Laisse-moi, raison importune.
Cesse d'affliger mon repos, En me faisant mal à propos Désespérer de ma fortune ; Tu perds temps de me secourir, Puisque je ne veux point guérir.
(Malh., Stances pour la vicomi. d'Aucinj, 1608.)
Ta perds temps, Tarrêt en est donné. (T. Corn., Pyrrh., îv, 4.) Tu perds temps, il me faut ou son trône, ou sa tête. Id., Comm., m, 6.) Monsieur, j'ai perdu temps, votre homme se dédit. (Mol., L'Étourdi, m, 2.
Il est important de ne pas confondre, comme on l'a fait quelquefois, particulièrement en voulant expliquer Molière, les deux nuances de signification que nous venons de distinguer.
— Corneille se sert encore de perdre, pour signifier employer inutilement, dans des alliances de mots très-variées :
Il aime mieux se jeter aux pieds de cette marâtre impérieuse qu'rî bail et rail a bravée, que de perdre des prières et des soupirs auprès d'un père qui 'aime dans le fond de l'âme, et n'oseroit lui rien accorder. [Exam. de Ihéod.) Qui n'a rien à prétendre en peut bien aimer deux, ' Et perdre en plus d'un lieu des soupirs et des vœux. (D. Sanche, îv , 5.