POSER. — POSÉ
On rencontre encore, à plusieurs fois, cette môme acception , après Corneille, dans une tragédie qui, malgré son incroyable faiblesse de versification, offre quelques emplois curieux :
Va, dans ce traître cœur je ne veux plus de place,
Si l'amour m'y logea, la trahison m'en chasse;
Et ce dieu tout-puissant qu'irrite ton forfait
A déjà dans le mien effacé ton portrait. (MoirrrL.,£a Mort dCAtdr., h, 3.)
Et si ma passion a mérité ta haine,
Si l'amour dans mon cœur imprima ton portrait,
Venge-toi de l'amour, détruis ce qu'il a fait ;
Suis ces grands mouvements que l'inspire ta rage,
Et de ta propre main efface ton image. (Id., tHA, iv, 4.)
Et au dix-huitième siècle :
Dites que ma beauté vous charme et vous enflamme ;
Dites que mon portrait est gravé dans votre âme ;
Et que, si notre hymen ne se fait dans ce jour,
Vous allez expirer de tristesse et d'amour. (Distoucbis, L'Irrét., m, 3.)
On trouve, dans ce même sens, une curieuse alliance de mots,
le portrait de son image :
Croyez que ce peu de ressemblance qu'elle a d'elle faict que mes yeux ne se peuvent lasser de la regarder ; aussi n'ay-je maintenant autre chose en l'esprit que le pourtraict de son image. (Labivbt, La Veuve, i, 1.)
Pour bien comprendre ces emplois, il faut savoir que portrait a signifié d'abord image, et dessin en général :
Le drap est d'un riche samit,
Il est a merveilles bien fet ;
Molt honorera le portret
Et les ouvrages qui i sont. (Du Mantel mautaillé, v. 252.)
Dessous ces parements, les héritiers insignes Du manteau, du roseau et couronne d'espines, Portent les diables peints ; les anges en effect Leur vont tenant la main autrement qu'en portraict.
(D'àcbignb, Lu Tragiq., m.)
On trouve encore chez les vieux auteurs portrait 9 pourtraict,
dans le sens d'image, ressemblance, en général :
Les Gays ont en leurs pennaiges quelques pourtraictt des armes de France. (Babil., 1. îv, anc. proi.)
POSER pour, présenter comme :
Avant une fois posé Sabine pour femme d'Horace, il est nécessaire que tous les incidents de ce poème lui donnent les sentiments qu'elle en témoigne avoir. [Exam. a9 Horace.)
POSÉ que, supposé que :
Je ne sais môme si les personnages qui paroissent deux fois dans un même acte (posé que cela soit permis, ce que j'examinerai ailleurs), je ne sais, dis-je, s'ils ont le loisir d'aller d'un quartier de la ville à l'autre. (Exmm. de Mil.)