‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 504 sur 743 · POSTE. — POUR · texte numérisé non relu

POSTE. — POUR

septième siècle, et ne passait plus pour être du beau style. Vaugelas conseillait de ne pas l'employer :

c Possible, pour feut-être.

c Les ans l'accusent d'eslre bas, les antres d'estre vieux. Tant y a que pour une raison ou pour l'autre ceux qui veulent escrire poliment ne feront pas mal de s'en abstenir. »

Molière s'en est cependant servi dans une pièce d'un style élevé :

Son heure doit venir, et c'est à vous, possible.

Qu'est réservé l'honneur de la rendre sensible. {La Princ. fÊtide, 1, 4.)

A propos de ces vers, M. Génin, dans son Lexique de Molière,

exprime avec raison te regret qu'on ait laissé tomber cet emploi,

•tandis qu'on a conservé la signification adverbiale à beaucoup

d'autres adjectifs , conformément au génie de la langue où

presque tous les adjectifs étaient en môme temps adverbes.

POSTE, prendre la poste a l'autre monde, prendre le moyen le plus court de partir pour l'autre monde :

Et comme en un naufrage on se prend où Ton peut.

En fille obéissante elle veut ce qu'on veut.

Voilà donc le bon homme enfin à sa seconde,

C'est-à-dire qu'il prend sa poste à Vautre monde;

Un peu moins de deux mois le met dans le cercueil. (Suite du Ment., i, I.

POSTURE, fig. être en bonne posture de, suivi d'un infinitif, être en position favorable pour :

Je suis auprès de vous en fort bonne posture

De passer pour un homme à donner tablature. [Le Ment., i, 1.)

POUR, devant un subst., à cause de :

L'empereur fait publier un édit très-rigoureux contre les chrétiens; cette publication donna un grand trouble à Néarque, non pour la crainte des supplices dont il étoit menacé, mais pour l'appréhension qu'il eut que leur amitié ne souffrit quelque séparation ou refroidissement par cet édit. (Po/., Abr. duMart. de S. Pol.)

Pour s'employait autrefois bien plus souvent qu'aujourd'hui dans le sens d'à cause de. Nous croyons superflu de le prouver par des exemples.

— pour, devant un substantif, équivalant à quelque, pont CHOSE que, quelque chose que :

Sans relâcher en rien son allure ordinaire

Pour chose que le monde en veuille condamner. (Jmif., ut, 38.)

N'attendez pas jusqu'à demain

Pour somme d'argent qu'il nous couste.

{Farce nouvelle des femmes qui font refondre leurs marys. ) Elle ne rompt son chemin et son train pour orage qu'il fasse. (Montaigne, Est , u, 3.) — Et suis tant jaloux de la liberté de mon jugement, que mal-aisément la puis-Je quitter pour passion que ce soit. (Id., ibid.t xvn.)

Pour, ainsi placé devant un substantif sans article, u<> marque souvent que la cause :

Une infinité se vantoit de l'avoir rencontré ; mais plutôt pour se faire de fête que pour vérité qu'ils sussent de celle affaire. (Malh., Leti., à Peiresc, 90 février 1614.) — Je vous jure qu'il parla de vous et de vos écrits avec une modération si grande, qu'il sembloit plutôt proposer des scrupules pour en avoir l'avis de la compagnie, que pour dessein qu'il eût de nuire à votre réputation. (Id. , ibid.y à Baisse.) — Vous devez croire que je n'ai point écrit ceci par un esprit de vengeance ni pour aucun mal que je vous veuille. (Dbscartrs, Lett., à M. Boecman, 17 octobre 1630.)

— pour, suivi d'un substantif marquant la qualité, pour lk sexe, appartenant au sexe, n'étant qu'une femme; pour tw c.ranu monarque, étant un grand monarque :

Commander à ses pleurs en cette extrémité

C'est montrer, pour le sexe, assez de fermeté. //or., i, 1.)

C'est pour un grand monarque avoir bien «lu scrupule. «Ed.* i, 3.)

On trouve de même :

Vous êtes un grand extravagant, pour un petit homme. (Scarr.. Le Rom. com., 4e p., c. u.) — Pou voit-on, pour un habile homme, pousser la dissimulation plu* loin et plus gratuitement? (St-Simon, Mém., c. xvi.)

Pour des amants la méthode est nouvelle. Dkst., U Cur. tmperi.,111, 4 )

— pour, suivi d'un subst. ou d'une proposition, dans le sens de pour ce qui est de :

Ami, pour des rivaux, chaque jour en fait naître.

Vous en pouvez avoir et ne les pas connoître. [Suite du Ment., îv. 4.)

Ah ! pour en être digne, il l'est, et plus que tous. (Oih., u, 4.)

— pour, devant un adj. pour c.rand que, si grand que, etc. :

J'ai toujours cru que, pour belle que fût une pensée, tomber en soupçon de la tenir d'un autre, c'est l'acheter plus qu'elle ne vaut. 'MéL, préf.) Mais il y faut venir, c'est en vain qu'on recule, C'est en vain qu'on refuit, tôt ou tard on s'y brûle. Pour libertin qu'on soit, on s'y trouve attiapé. {Mil., î, I.)

Pour criminel qu'il fût, ne seroit qu'un baiser. Ibid., iv, 1, 1** éd.)

Après elles et vous il n'est rien dans Paris, Et je n'en sache point, pour belles qu'on les nomme. Qui puissent attirer les yeux d'un honnête homme. 'La Gai. du Pal., \, \ II. Il

46i POUR.

Pour douce que nous soit l'ardeur qui nous consume,

Tant d'importunité n'est point sans amertume. (Ibid., h, H.)

Sa vertu laisse lieu de douter à l'envie

De ce qu'elle feroit, s'il le voyait en vie :

Pour grand qu'en soit le prix, son péril en rabat. (Pomp., v, 1.)

Cependant vous savez, pour grand que soit ce crime,

Ce qu'a juré Placide en faveur de Didyme. {Théod., v. 2.)

Un roi, quoique vaincu, garde son caractère.

Aux fidèles sujets sa vue est toujours chère ;

Au moment qu'il paroît, les plus grands conquérants,

Pour vertueux qu'ils soient, ne sont que des tyrans. (Pertk., v, 2.)

L'amour passe ou languit, et pour fort qu'il puisse être,

De la soif de régner il n'est pas toujours maître. {Oth., m, 5*)

Pour surprenant que soit l'essai de son courage,

Les vertus d'empereur ne sont point de son âge. (Puleh., m, 1.)

Tes maux, pour grands qu'ils soient, ne peuvent mériter

Le bien qui l'est promis en la gloire future. (#«if., u, 12.)

Il nous serait trop facile de multiplier les citations d'écrivains vivant du temps de Corneille, ou même ayant écrit assez longtemps après lui, qui ont employé cette forme reprochée à Corneille comme surannée, même dans la première partie du dix-septième siècle. Nous nous restreindrons à quelques exemples :%

Otez-en (des lettres de Balzac) monseigneur et votre très-humble serviteur, elles seront tout ce qu'il vous plaira qu'elles soient, et il n'y aura titre, pour superbe qu'il soit , dont elles ne puissent soutenir l'éclat et la dignité. (Le Prieur Ogibr, Apol. pour M, de Balzac, p. 153, 162?.) — Si nous ne savions point que tout ce qui est en nous de réel et de vrai vient d'un être parfait et infini, pour claires et distinctes que fussent nos idées, nous n'aurions aucune raison qui nous assurât qu'elles eussent la perfection d'être vraies. (Descartes, Disc, de la tniih; îv.) — Il ne faut pas mépriser les dons de la nature, pour petits qu'ils soient, quand on les a dans leur perfection. (La F are, Mém.)—Que sont les pensées d'un homme, pour grand qu'il soit, quand elles ne sont qu'humaines? (Ddgubt, Instit. «faut prince, 3* p., c. ix, art. 6. )

A propos de la locution que nous étudions, Voltaire fait cette remarque un peu emphatique :

« Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes.

« Cette phrase a vieilli : elle était fort bonne quand Corneille s'en servit. Il est honteux pour l'esprit humain que la même expression soit bonne en un temps et mauvaise en un autre. On dirait aujourd'hui : Quelque grands que soient les rois, tout grands que sont les rois. »

Cependant quelques écrivains de ce siècle n'ont pas fait diffi-

POUR. I6:i

culte, avec raison, selon nous, d'employer cette forme de langage :

11 est bien peu d'esprits, pour si bornés qu'ils soient, à qui une éducation appropriée à leurs facultés ou à leur faiblesse ne puisse donner des connaissances suffisantes. (Bonald, Bec h. philos., c. ix.) — Ses livres, tout décriés qu'ils aient été depuis, et pour méchants qu'ils fussent, se vendaient on ne peut mieux. (Th. Gautieb, Les Grotesq., Scudéry.)— L'auteur et le soutien de toute vie, pour essentiellement indépendant qu'il soit de chaque créature et de la création toutentéire, pour distincte que soit de' notre être contingent sa personnalité absolue, n'est point un être extérieur, c'est-à-dire étranger à nous, et ce n'est pas du dehors qu'il nous parle. (Henri Martin, Hist. de France, xxxv, 1425-1428*

Cet emploi de pour a été donné à tort comme un hispanisme; c'est un très-ancien gallicisme.

— être pour, suivi d'un iniin., être fait pour, être capable de, être de nature i\, avec un nom de personne ou de chose pour sujet :

Cesse de m'outrager, ou le respect des dames

N'ttt plus pour contenir celui que tu diffames. (La Veuve, v, 9.)

Yous avez fort la presse à ce livre nouveau ;

C'est pour vous faire riche. . . {La Gai. du fq/., i, 4.)

Au reste j'ai sondé l'esprit de mon rival. dahon. Bt connu?

théante. Qu'il n'est pas pour me faire grand mal. {La Suiv., u, 9.)

11 fait beau voir ce bras plus craint que le tonnerre Demeurer si paisible en un temps plein de guerre, Et c'est pour acquérir un nom bien relevé,

D'être dans une ville à battre le pavé ! L'Illus. corn., in, 3.)

Tout de bon, seriei-vous pour le suivre? {Ibid., îv, 2.)

Des bras de mon perfide arracher une femme,

Est-ce pour assouvir les fureurs de mon âme? (Méd., v, 2.)

N'épargnez pas mon sang si vous versez le sien, Autrement ce beau sang en fera verser d'autre,

Et ma fureur n'est pas pour se borner au vôtre. {Théod., j, 2.)

Renouveler le crime est-ce pour les fléchir? [Androm., m, 2.)

C'est bien pour en rougir de voir quelle tempête Souvent mes lâchetés attirent sur ma tête. (/mil., m, 20.)

Char bieu, se seroii pour nous pendre

S'une foys estions attrappez. I Moralité dtung empereur.)

S'il est au nioustjer,

Je ne dis pas pour Dieu prier.

Auprès d'elle, et celle bourgeoyse

Luy faict chaperon de Ponihoise

Ou gecte à ung aultre l'œillade,

C'est pour le rendre au lict malade. {Sermon des maulx de mariage,)

Mais, puisque ainsy vous plaist, madame, je ne suis pour vous contredire.

(Maro. d'Axgoul., VHeptam. xxr nouv.) — Si eussiez voulu avoir patience et

n'eslre si fascheus, \esiois pour vous faire plaisir. (Lariv., La Veuve, 11, 5.) — Cesle femme est en colère. Faictes votre conte qu'elle est pour mettre tout c'enilessus dessous. (Id., Les Êcol., iv, 1.)

Monter trop haut, c'est pour en deuil attendre ; Entre deux vents il faut son aisle étendre.

(Jban Bouchet, Rond., A femme qui cherche mari) Certes, mes chères amours, vous debvés plus tost craindre que je vous aine trop que trop peu. Ceste faute vous est agréable, et à moy aussy puisqu'elle le vous est. Voilà comme je me transforme en toutes vos volontei. N'etf-ce pas pour être aimé? [Lett. miss, de Henri /F, t. m, p. 819, à Gabr. d'Estr.,12 juill. 1593.) — Et si faibles que si on leur donnoit un assault, ils ne stroient pour le supporter. {Ibid., t. iv, p. 516.) — Si elle sait cette nouvelle, c'est pour la faire mourir. (Malh., Leti., à Peiresc, 28 oct. 1609.) — Ce prince est pour donner de la besogne à la jeunesse qui sera de son siècle. (Id., tbid., 11 janv. 1619.)

Vostre beauté n'est point pour estre mesprisée. artemc. Ny vostre affection pour estre refusée. (Racan, Les Berg.t n, 3.)

C'est i>our laisser de nous une triste mémoire

Que de n'être fameux que de leur seule gloire. (T. Corn., Dot., ii, 8.) C'étoit bien pour l'achever. (Hamilt., Contes, Fleur d'épine.)

Molière a souvent employé pour dans la même signification, et M. Génin, dans son Lexique, en a rapporté de nombreux exemples qu'il est inutile de répéter ici. Il a omis tous ceux du Sicilien. Nous nous contenterons de les citer en observant que c'est une négligence blâmable d'employer si souvent la même locution dans une pièce aussi courte :

Ne pouvoir savoir d'une belle si l'amour qu'inspire ses yeux est pour lui plaire ou lui déplaire, c'est la plus fâcheuse, à mon gré, de toutes les inquiétudes. (Se. m.) — Et ce n'est guère pour avoir le teint frais et les yeux brillants que de se lever dés la pointe du jour. (Se. vu.) — Et n'est-ce pas pour s'applaudir, que ce que nous aimons soit trouvé fort aimable? (Iàid.) — Quelque mine qu'on fasse, on est toujours bien aise d'être aimée. Ces hommages à nos appas ne sont jamais pour nous déplaire. {Iàid.)

Le sentiment d'autrui n'est jamais pour lui plaire. (Mou, Le Misant., u,5.)

Maïs nos adversaires ne sont pas pour s'étonner de si peu de chose. (Batte, Comment, philos. , i, 8.)

Cette locution rapide, qui était très-fréquente au meilleur temps de la langue, et n'est pas du tout particulière à Molière, comme Ta cru Sainte-Palaye, se retrouve au dix-huitième siècle :

il m'a paru que prendre l'affaire de cette manière-là, c'étoit pour ne finir jamais. (Fonten.. Digress. sur les anciens et les modernes.)

Trois semaines! milord. Ah! c'est pour en mourir.

(Boissy, L'Époux par supercherie, ut 12.)

Etre pour, dans le sens de être fait pour, être capable de9 est. indiqué par le comte Jaubert (Gloss. du centre de la France)

culte, avec raison, selon nous, d'employer cette forme de langage :

11 est bien peu d'esprits, pour si bornés qu'ils soient, à qui une éducation appropriée à leurs facultés ou à leur foiblesse ne puisse donner des connaissances auffisantes. (Bonald, Rech. philos., c. îx.) — Ses livres, tout décriés qu'ils aient été depuis, et pour méchants qu'ils fussent, se vendaient on ne peut mieux. (Th. Gautier, Les Grotesq., Scudéry.j— L'auteur et le soutien de toute vie, pour essentiellement indépendant qu'il soit de chaque créature et de la création tout entière, pour distincte que soit de notre être contingent sa personnalité absolue, n'est point un être extérieur, c'est-à-dire étranger à nous, et ce n'est pas du dehors qu'il nous parle. (Henri Martin, Hist. de France, xxxv, 1425-1438.)

Cet emploi de pour a été donné à tort comme un hispanisme ; c'est un très-ancien gallicisme.

— être pour, suivi d'un infin. , être. fait pour, être capable de, être dénature à, avec un nom de personne ou de chose pour sujet :

Cesse de m'outrager, ou le respect des dames

N't«< plus pour contenir celui que tu diffames. (La Veuve, v, 9.)

Yous avez fort la presse à ce livre nouveau ;

C'est pour vous faire riche... (La Gai. du Pal., i, 4.)

Au reste j'ai sondé l'esprit de mon rival. damon. Et connu?

théajcte. Qu'il n'est pas pour me faire grand mal. (La Suiu., n, 9.)

Il fait beau voir ce bras plus craint que le tonnerre Demeurer si paisible en un temps plein de guerre, Et c'est pour acquérir un nom bien relevé,

D'être dans une ville à battre le pavé! (Llllus. com., m, 3.)

Tout de bon, seriez-vous pour le suivre? (Ibid., iv, 2.)

Des bras de mon perûde arracher une femme,

£*f-ce pour assouvir les fureurs de mon âme? (Jlfcrf., v, 2)

N'épargnez pas mon sang si vous versez le sien, Autrement ce beau sang en fera verser d'autre, Et ma fureur n'est pas pour se borner au vôtre. (Thiod., î, 2.)

Renouveler le crime est-ce pour les fléchir? (Androm., m, 2.)

C'est bien pour en rougir de voir quelle tempête Souvent mes lâchetés attirent sur ma tête. (imit., m, 20.)

Char bieu, se seroii pour nous pendre

S'une foys estions attrapez. (Moralité dung empereur.)

S'il est au moustier,

Je ne dis pas pour Dieu prier,

Auprès d'elle, et celle bourgeoyse

Luy faicl chaperon de Ponthoise

Ou gecle à ung aullre l'œillade,

C'est pour le rendre au lict malade. (Sermon des maulx de mariage.)

Mais, puisque ainsy vous plaisl, madame, je ne suis pour vous contredire.

(M*ae. d'Ahôoul., L'Ueptam., xxi* nouv.) — Si eussiez voulu avoir patience et

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