‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 507 sur 743 · POURSUITE. - POUSSER · texte numérisé non relu

POURSUITE. - POUSSER

avtc les troupes que le roi lai envoya de la Franche-Comté, et ce qu'il ponvoit tirer des places, être en état de tomber diligemment sur les ennemis, de quelque câté qu'ils voulussent poster leur armée. La Fare, Mém.t c. vu.)

POURSUITE, faire la poursuite de quelqu'un, pour signifier la poursuivre :

L'autre ayant pris la fuite, Philiste a négligé A' en faire la poursuite. (La Veuve, iv, 7.)

, POUSSER, v. a., dans le sens de porter en avant, pousser jusqu'à, suivi d'un infinitif:

Qu'enfin il a poussé nos armes fortunées

Jusque* à vous réduire au pied des Pyrénées. [Sert., v, 1.)

— pousser, dans le sens de faire jaillir :

Flatteuse illusion, erreur douce et grossière, Vain effort de mon âme, impuissante lumière, De qui le faux brillant prend droit de m" éblouir, Que tu sais peu durer et lot t'évanouir ! Pareille à ces éclairs qui, dans le fort des ombres, Poussent un jour qui fuit et rend les nuits plus sombres, Tu n'as frappé mes yeux d'un moment de clarté Que pour les abîmer dans plus d'obscurité. [Hor.t ni, 1.)

Parti des murailles du ciel, un rayon pousse au loin dans le sein des ombres une douteuse et tremblante aurore. (Chatbaubr , Génie du christ., iv, 12.)

— pousser des harmonies, en parlant d'instruments de musique :

J'avois pris cinq bateaux pour mieux tout ajuster.

Les quatre contenoient quatre chœurs de musique

Capables de charmer le plus mélancolique.

Au premier violons, en l'autre luths et voix,

Des flûtes au troisième, au dernier des lnutbois,

Qui tour à tour dans l'air poussoient des harmonie».

Dont on pouvoit nommer les douceurs infinies. Le Ment , i, 5.)

— pousser au dehors, fig., produire, manifester :

Un auteur est bien embarrassé quand il en a trois 'personnages) et qu'ils util fous trois une assez forte passion dans l'amo pour lfur donner une juste impatience de la pousser au dehors. (Exum, de M éd.)

— pousser, inspirer, faire éclater :

Va, ne t'expose point aux premiers mouvements

Que poussera l'ardeur de ses ressentiments. Le Ctd, m. 1.)

tJn moment pousse et rompt un transport violent,

Mais l'indignation qu'on prend avec étude

Augmente avec le temps, et poite un coup plus ruiîe. [Pomp.. iv, 1.)

Cette expression paraît assez singulière; cependant la réflexion y fait voir une image vive et énergique.

iGS POUSSER.

Corneille emploie encore pousser d'une manière particulière, pour signifier mettre complètement à effet :

Pour être à tous moments maîtresse de ta vie,

Pour avoir l'accès libre à pousser ma fureur.

Et mieux choisir la place à te percer le cœur. (Pertk., m, 3.;.

— pousser, proférer, exhaler :

Et le cœur poussoit mille vœux... {Imit., i, 18, éd. 1651.)

Vous vous échapperez sans doute en sa présence.

Un amant qui perd tout n'a plus de complaisance,

Dans un tel entretien il suit sa passion,

Et ne pousse qu'injure et qu'imprécation. (PoL, u, 1.)

Voltaire dit sur ce vers : « Cela n'est ni noble ni français. »

L'expression nous parait et noble et française. Les exemples nombreux qui vont suivre montreront combien le dix-septième siècle affectionnait l'emploi de pousser, dans le sens de proférer, exhaler, faire entendre :

Puis, souspirant trois fois, Elle pousse avec peine et à genoux ces voix. (D'Aubignk, Les Trag.,\.ui.) Lors, les déesses des poètes, Auparavant pour moy muetes.

Pousserait leurs charmantes voix, Et, passans dans ma fan tas ie, Firent un peu de poésie D'un peu de fureur que j'avois. (Thboph., De l' Immort, de târne.)

Son âme de tristesse et de douleur atteinte

La forçoit en secret de pousser cette plainte. (Richel., Mirame, ▼, 5.)

En vain je pousse aux cieux mes plaintes effroyables.

(Racan, Berger., iv, S.) D'uue voix cent fois interrompue de soupirs, il pousse à demi ces paroles, que son cœur, pressé de son repentir et de sa douleur, étouffe presque dans sa bouche. iFléch., Panég de S. Thomas, il.) — La pythie poussoit une voix, plus qu'humaine. (Fonten., ttist. des oracles, l™ dissert,, c. xu.)

Que dit-on des soupirs que je pousse pour elle?

Ouel succès attend-on d'un amour si fidèle? (Racine, Béren., n, 2.)

Il attiroit les yeux de l'assemblée entière

Par l'ardeur dont au ciel il poussoit sa prière. (Mol., Le Tari., î, 6.) La prière intérieure peut être fort courte, et néanmoins très-pure et trèsardente. Plusieurs solitaires en Egypte prioient ainsi. Ils aimoient mieux rendre leurs prières plus vives et plus pénétrantes, en les poussant comme des traits enflammés, que de s'exposer à tomber dans la langueur en les continuant pins longtemps. (Duguet, Traité de ta prière, 3* part., 12' moyen, îx.) — Mais il faut pousser ce désir avec toute la pureté de la nouveauté chrétienne. (Boss., iv* ferai. pour le jour de Pûq., 1.)

Lorsque la voix d'Iris poussoit quelque chanson Avec une douceur extrême,

L écho tout aussitôt la répétoit de même. Pbrr., Portr. de la voix d'Iris.

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