LE PRENDRE D*UN HAUT TON
Tu le prends oTun haut ton, et je crois qu'au besoin • Ce discours emphatique iroit encor bien loin. (Met., î, 1.)
On a dit d'une manière analogue :
Je ne veux pas te prendre Sur le ton fier et sérieux. (T. Cork., Circé, i, 2.)
— prendre, abs., recevoir de l'argent :
Mais vous avez reçu, quiconque prend se vend. (Suite du Ment., ti, 5.)
— prendre a (se), s'attaquer à :
Aussi n'est-ce qu'à moi de punir ces forfaits,
Et de montrer à tous par de puissants effets
Qu'attaquer Rosidor c'est se prendre à moi-même. (CA'f., m, 1.)
Et que sous l'étriviére il puisse tôt connoltre,
Quand on se inrend aux miens, qu'on s'attaque à leur maître.
(La Gai. du Pal., î, 9.) Qu'avons-nous plus à craindre? et quel destin jaloux. Tant que nous vous aurons, s'osera prendre à nous? (Méd„ iv, 2.)
Quel impie osera se prendre à leur vouloir,
Lorsqu'en un sacrifice ils nous l'auront fait voir? (ffor., m, 2.)
Le crime n'est pas grand, s'il fut seul contre trois, Mais jamais sans forfait on ne s'en prend aux rois. (GEd,, m, 2.)
Qu'il faut donner aux bons pour s'entre-soutenir Le temps de se remettre et de se réunir, Et laisser aux méchants celui de reconnottrc
Quelle est l'impiété de se prendre à son maître. (Oth.% v, 2.)
Jusqu'à ce qu'à vous-même il ait osé se prendre. (Pomp., ni, 2.)
* On ne peut trop remarquer,- dit Voltaire, avec quel soin pénible il faut éviter ce concours de syllabes dures dont les auteurs ne s'aperçoivent point dans la chaleur de la composition. « Jus-
m PRENDRE.
qu'à ce qu'à, » révolte l'oreille; « se prendre à quelqu'un » est du discours familier; et « s'en prendre » est quelquefois fort noble. « Répondez du succès, ou je m'en prends à vous. » De plus, « se prendre » ne signifie pas attaquer, comme Corneille le prétend ici; il signifie le contraire, chercher un appui, un secours. En tombant, il se prit à un arbre qui le garantit. Dans le malheur, on se prend à tout, c'est-à-dire on se f^t une ressource de tout ce qu'on trouve ; dans le malheur, « on s'en prend à tout, » signifie on accuse tout, on se plaint de tout. » .
Au temps de Corneille, on disait se prendre à quelqu'un, comme s'en prendre à quelqu'un; et le quinzième et le seizième siècle avaient employé cette locution dans le même sens :
Il s'ensuiveroit Que ung meschant homme se porroit
Prendre aux plus succrées et drues. (Coquillabt, Plau/loyer.)
Cet exemple suffira pour en juger le reste, et pour recommander aussi et la
prudence et l'affection d'un si bon père, auquel il ne se faut prendre s'il n'a
recueilly aucuns fruits respondans à une si exquise culture. (Mont., Ess., i, 25.)
Soit pour fléchir le peuple, ou soit pour faire entendre
Aux princes qu'il ne faut à ton maistre se prendre. (Rons., Amours div.)
Permettez mes sanglots mesme aux fiers dieux se prendre.
(Jodbllb, Ctéop., act. i.) due n'ay-je ici à qui me prendre Pour ma colore descharger? (Godard, Les Detguiseï, m, 4.)
Se preigneniAïs à moi? Il leur vaudroil mieux... (Fa. d'Amboisb., Les Neapolitaines, v, 10.)
Comment ! que je souffrisse avec impunité
Qu'elle ait osé se prendre à mon authorité. (Vkronn., LImpuis$.t i, 3 ) A qui donc me prendrai-fa en ce mal-heureux sort? (ld., ibid., iv, 1.) Mais aussi de se prendre à un qu'on sait plus fort.
(Alex. Hardy, Alcesu, ou la Fidélité.) Puis tout à coup se prenant au duc de Beauvilliers et au roi, et accusant son éducation; « Ils n'ont songé, s'écria-t-il (le duc de Berry), qu'à m'abétir. » (Saint- Simon, Mém.t 1712, t. x, c, 38.)
— De môme, se prendre a quelqu'un de, comme s'en pt^endre à quelqu'un de, dans le sens d'attribuer :
Cependant, malheureux, à qui me dois-je prendre D'une accusation que je ne puis comprendre? {Cltt , iv, 7
Tu veux que je te perde, et que je te regrette, Que j'approuve, en pleurant, la perte que j'ai faite. Que je l'estime et t'aime avec ta lâcheté,
Et me prenne de tout à la fatalité. {La Tois. d'or, in, 3.)
11 me semble que mes œuvres leur doihvent meshuy dessiller les yeux et desmentir ceulx qui se preiynentà mou de leurs maux. (/.en. miss, de Henri iVf t. iv,
PRENOTION. — PRES. H5
p. 711.) — Qui se prennent dux autres du mauvais succès qu'ils ont attiré par leur imprudence. (Nicole, Ess., De la Connaissance de soi-même! vu.)
On pourrait citer quelques exemples modernes de se prendre à, pour s'en prendre à :
Avant de se prendre à des croyances plus sérieuses, l'esprit de scepticisme se tourna contre les croyances littéraires, espèce de jeu avant le combat véritable. (Vikbt, Chrestom. franc., t. m, Disc, sur la litt. franc.) — En vérité, la presse catholique aurait une belle réputation, si elle se trouvait uniquement dans leurs mains, ou si la discrétion qu'ils mettent encore dans leur audace leur permettait de se wendre à d'autres adversaires que nous.(L. Vbuillot, MéL, 29 sér., 1. 1, p. 386.)— Dieu se prend donc aussi à ceux-là. (ld., ibid., 1" sér., t. vi, p. 654.)
Lorsque Ton met en, la locution ne change pas pour cela de signification. Cet en est le régime indirect de cause. Je m* en prends à vous, c'est-à-dire : je m'attaque à vous à cause de cela; en, avec un second régime indirect, forme donc pléonasme.
PRÉNOTION, connaissance de l'avenir, avec le pluriel :
C'est le salutaire suprême,
Que vos saintes prénotions
Vous ont fait préparer vous-même
Devant toutes les nations. [Trad. du Comique de S. Siméon.)
PRES, adv., comme proche :
Qu'est ceci, Fabian, quel nouveau coup de foudre
Tombe sur mon bonheur et le réduit en poudre?
Plus je l'estime près, plus il est éloigné. (Po/„ îv, 6.)
— menacer de près, être très-imminent :
Peut-être ce malheur d'assez près te menace. [Agis., u, 7.)
— presser de près, presser vivement :
Mais sans mentir ma sœur vous presse un peu de pris.
[Suite du Ment., m, 3.)
— près de, suivi d'un infinitif :
Si près de te quitter... [Ctit., m, 2.)
Pris d'être environné, ses meilleurs soldats morts.
U voit quelques fuyards sauter dans une barque... [Pomp.t v, $.)
Et près de rendre compte à son juge éternel,
U craint d'y porter même un désir criminel. {TMod., îv, 5.)
On le trouva percé d'une large blessure,
Si baigné dans son sang, et si près de mourir,
Qu'il fallut une année et plus pour l'en guérir. {Œd„ m, 4.)
Et qui se voit si près de perdre tout son bien
Se fait armes de tout, et ne ménage rien. (TUe et Bér., u, 3.)