PRÊT
On trouve, avec une nuance différente de signification :
Jamais, et non pins qne sa aœur.
Ne me pressa de mon honneur. (Belliàu, La Reconnue, i, 3.)
— presser, abs., faire de vives instances :
Un vieillard demande à vous parler, Il se dit de Corinthe, et presse. (CEd., v, 2.
PRÊT de, comme près de, pour signifier sur le point de :
Sur la légèreté d'une croyance si peu raisonnable, il renonce à une affection dont il éloit assuré, et qui étoit prête d'avoir son effet. (Exam. de Mil.) On a fait contre vous dix entreprises vaines ; Peut-être que l'onzième est prête d'éclater. {Ciima, n, 1.)
La locution prêt de, pour dire sur le point de, était d'un usage universel au dix-septième siècle et pendant une grande partie du dix-huitième, et Ton ne voit pas la raison qu'ont eue les grammairiens de la rejeter et de la condamner. La logique ne s'opposait aucunement à ce que prêt de, surtout avec un nom de personne, eût les deux sens si voisins de préparé à et de sur le point de : quand on est prêt à une chose , on est naturellement sur le point de la faire. Les exemples suivants, dans lesquels prêt de se rapporte toujours à un nom d'être animé, pourraient parfaitement, à notre avis, être encore imités :
Il tenoit un moineau, dit-on, Prêt d'étouffer la pauvre bote, Ou de la lâcher aussitôt
Pour mettre Apollon en défaut. (La Font., Fables, îv, 19.)
Que l'image de cette fin dernière , de ce moment affreux où vous jugerez nos justices, et où mon âme toute couverte de crimes, sans pénitence et sans confusion, s'est vue toute prête de recevoir le dernier coup de mort, ne s'efface jamais de ma mémoire. (MBt de La Vallibre, Réflex. sur la misérie. de Dieu, ch. i.) — Agitée, éperdue, tantôt hors de moi-môme, et tantôt prête de mourir de faiblesse. (V ovt., Candide, VUl.)
Quoi! prête d'essuyer le plus grand des malheurs, Vous voulez que je sois et muette et tranquille.
(Dkstouche8, Le Philos, marié, m, 9.)
— On disait de même avec un nom de personne ou de chose prêt a :
Un grand destin commence, un grand destin s'achève, L'empire est prêt à choir, et la France s'élève. (Au., i, 2.)
L'oiseau, prêt à mourir, se plaint en son ramage. (La Font., Fab., ni, 12.) Le temps de sa gloire n'est pas prêt à finir. (L. Rac, Réflex. sur lapoés., c. 10.)
— Maintenant que les bouffons sont congédiés, ou prêts à l'être. (J.-J. Rouss.,
Lett. sur la mus., A vert.)
Plus tu peins le péril prêt à nous accabler,
Plus je vois mon courage à ta voix redoubler. (Lanocb, Mah. see.} îv, 3.)
Prêt à se séparer d'une fille si chère,
Les adieux sont toujours prolongés par un père. (Le Mibrae, Tirée, it 1.) Casimir, l'interrompant. Christiern est vaincu.
ADÉLAÏu.Et peut-être vengé?
Casimir. Non, mais tout prit à l'être. (Piron, G. Wata, v.i.j
Acceptez, ô mon Dieu, le sang prêt à couler. (M.-J, Chbxier, Charte» fX)
Domergue a, bien à tort, ridiculisé ce vers, par la vaine raison que prêt à signifie disposé à, préparé à. [Solutions grammat., x.)
On disait donc également prêt à et prêt de, pour signifier sur le point de; mais prêt de était regardé comme plus élégant que prêt à. « Lorsque prêt signifie sur le point, prêt de est beaucoup meilleur, » observe Bouhours, dans ses Remarques nouvelles.
Cependant Bossuet, corrigeant la phrase de M™ de La Vallière citée plus haut, a employé prête à au lieu de prête de, probablement pour plus d'euphonie :
Que l'image de cette fin dernière, de ce moment affreux où vous jogerex nos justices, et où mon âme toute couverte de crimes, sans pénitence et dans la confusion, s'est vue toute prête à mourir de la mort éternelle, ne s'efface jamais de ma mémoire.
Nos lecteurs seront peut-être bien aises de connaître l'opinion de grammairiens estimés sur ces diverses expressions :
« Prêt à, dit Marmontel, est plus instant et marque une disposition plus prochaine , plus décidée. Prêt éauii objet moins actuel, moins déterminé. Les esprits étaient prêts à se révolter, ils y étaient résolus, ils s'allaient révolter sur l'heure» incessamment. Les esprits étaient prêts de se révolter, ils y étaient disposés, ils n'en étaient pas loin. » M. Collin d'Ambly ajoute que prêt à indique une préparation tendant à une fin; et que prit de exprime une disposition, une détermination, une résolution sans aucun préparatif réel. « Près de, continue Marmontel, exprime bien proximité de l'action, mais non pas résolution, ni même intention de la faire : près de périr, près d'expirer dit seulement au moment de périr, au moment d'expirer; et dans le sens passif ou neutre près de me paraît préférable à prêt de. »
PRÉTENDRE, v. a. prétendre la main, aspirer à la main : Je n'ai point prétendu la main d'un empereur. (Pulch., i, 5.)
, — prétendre, abs. prétendre trop HAUT, porter trop haut
ses prétentions :
En ce cas il verra que je sais comme il faut
Punir des insolents qui prétendent trop haut. {La Sun., i, 8.)
PRETER. m
— Et sans aucun modificatif, avoir des prétentions :
Hais connois Pulchérie et cesse de prétendre. {BéracL, i, -2.)
«c Ce verbe prétendre, dit Voltaire, exige absolument un régime ; ce n'est point un verbe neutre ; ainsi la phrase n'est point achevée. »
Cependant, on a dit comme Corneille, neutralement :
EUc m'acquit de nouveaux amants et rappela les anciens. Le marquis de Birafoe et le jeune comte de Signac entr'autres recommencèrent & prétendre plus fort que jamais. (M"e i>e Villbdieu, Vie de Henriette-Sylvie de Molière, m.)
PRÊTER, au sens moral, n'accorder que pour un moment :
0 ciel, qui malgré moi me renvoyez au jour,
0 sort, qui redonniez l'espoir à mon amour.
Reprenez la faveur que vous m* avez prêtée,
Et rendez-moi la mort que vous m'avez âlée ! (Pol., u, 1.)
— prêter l'esprit, expression originale et très-poétique :
Immobile à leurs coups, en lui-même il rappelle
Ce qu'eut de beau sa vie, et ce qu'on dira d'elle;
Et tient la trahison que le roi leur prescrit
Trop au-dessous de lui pour y prêter V esprit. [Pomp., u, 2.)
— prêter l'oeil et l'oreille a, pour signifier regarder et écouter :
Même notre grand roi, ce foudre de la guerre,
Dont le nom se fait craindre aux deux bouts de la terre.
Le front ceint de lauriers, daigne bien quelquefois
Prêter l'œil et Voreille au théâtre françois. (Ullltu. corn., v, 5.)
— prêter son bras, prêter le secours de ses armes, de sa vaillance :
J'ignore quels projets peut former son bonheur;
S'il les pousse trop loin, moi-même je l'en blâme,
Je lui prêle mon ùras sans engager mon âme. {Sert., m, 1.;
— prêter une défense a quelqu'un, employer tels moyens pour sa défense :
D'ailleurs l'histoire est trop connue, pour retrancher le péril qu'il court d'une mort infâme après l'avoir tuée, et la défense que lui prête son père pour obtenir sa grâce n'auroitplus de lieu s'il demeuroil innocent. [Exam. a"Hor.)
— prêter un exemple a, suivi d'un infinitif, le donner :
Vous voyez qu'à son rang elle me sacrifie,
Madame, et vous voulez que je la justifie?
Qu'après tous les mépris qu'elle montre pour moi.
Je lui prête un exemple à me voler sa foi? (Pulch., m, 4.)