RENCONTRER. — RENDRE
RENCONTRER (se), suivi d'un attribut, se trou ver, être :
Chacun le mit d'an pas on pins on moins pressé,
Selon qu'il u rencontre, on pins on moins bUsse\ (Bar., rv. 3.)
RENDRE, rejeter :
Philippe, d'antre part, montrant sur le rivage
Dans une âme senrile un généreux courage.
Examine d'un œil et d'an soin curieux
Où les vagues rendront ce dépôt précieux* {Pomp., n, î.)
— rendre quelqu'un en quelque lieu, avec on nom de chose pour sujet, l'y faire arriver :
Mais il faut que le ciel lui-même la renvoie,
Cette belle rivale, et tout notre discours
Ne la saurait ici rendre dans quatre jours. (TOte et Bér., i. 3.)
— RENDRE UN DEPLAISIR, RENDRE DEPLAISIR, Causer UI1 déplaisir, causer déplaisir :
J'ai des parents et des amis parmi eux, à qui j'ai été bien aise de ne rendn pas ce déplaisir. (Lett. au P. Bomlard, 10 juin 1656.) J'offre ces mêmes vœux et ces mêmes hosties. Pour ceux dont la malice ou les antipathies M'oni rendu déplaisir, m'ont nui. m'ont offensé. [imit., ivf 9.)
— rendre des mépris, témoigner des mépris :
Telle rend des mépris qui veut qu'on l'importune;
Mais de quelques effets que les siens soient suivis,
Il sera demain jour, et la nuit porte avis. {Le Ment., ni, 6.)
— rendre cette reconnaissance, comme témoigner cette reconnaissance :
rai rendu jusqu'ici cette reconnaissance
A ces soins tant vantés d'élever mon enfance... {Héract., i, 2.)
« Cela n'est pas français, dit Voltaire, on ne rend point une reconnaissance à des soins, on a de la reconnaissance, on la témoigne, on la conserve ; « j'ai rendu cette reconnaissance ! »
Cette observation est trop sévère.
On a dit dans des sens analogues, et très-correctement :
J'ai voulu entièrement supprimer le traité que j'en avois fait et perdre presque tout mon travail de quatre ans pour rendre une entière obéissance à l'Sglite. (Dkscartks, Léo., t. n, lxx, au P. Mersenne.) — Mettes la foi et l'obéi*» sance à la place de la raison ; passez outre sur ma parole, et rendes-Moi eem obéissance. (Boss., Lett.t à M-« du Mans, 27 mai 1701.)— U rendit preuve au siège d'Amiens de son affection et de sa capacité. (Richbueo, Mèm*. 1. u. 1611.) - Qu'ayant rendu toutes les preuves de générosité qu'on scauroil attendre d'un prince... (Arnauld d'Andillt, Lett., LXXt.)
Enfin on a dit à peu près de même rendre des témoignages de valeur, faire voir dçs preuves de valeur :
Les témoignages de valeur qu'il y rendu vont au-delà de toute imagination. (La Poht., Leit. au prince de Conii, 1684.)
— rendrç combat, résister :
Je t'en vois cependant faire si peu de compte,
Que, sans rendre combat, tu veux qu'on te surmonte. Le Cia\ v, 1.)
Corneille varie ainsi cette locution :
Bésormais donc en vain je les cherche ici-bas,
En Tain pour les trouver je rends tant de combats. {Mil.% v, 2.)
C'en est fait, Angélique, et je ne saurois plus
Rendre contre tes yeux des combats superflus. (La PI. Roy., v, 3.)
Lorsque vous n'étiez point ici pour me défendre,
Je n'avois contre Attale aucun combat à rendre. [Nicom., m, 4.)
La locution rendre combat se présente chez des écrivains de toute date et de tout mérite avec des modifications aussi heureuses que variées. Nous citerons les principales, parce qu'elles sont omises par tous les dictionnaires :
Il y avoit force gens dedans qui ne rendirent point de combat. (Lett, miss, de Henri /?, t. u, p, 81, à M. de St-Geniez, 30 juin 1585.)— On leur fit emporter le capitaine Sourcil qui, pour avoir rendu plus de combat que les autres, fut enterré par les assiégea hors de la ville, avec les enseignes et beaucoup d'honneur. (D'Aubi6!ib, Uist. univ., îv, 16, 1" éd.) — Je ne puis vous dire, seignetr, combien de combats nous rendîmes contre nous-mêmes, et combien de choses tendres et douloureuses notre amitié nous fit dire et penser. ( M** de Villkdiiu, Galant. Grenadines, i.)
Madame, il est aisé par mon désordre extrême
De juger des combats que je rends en moi-même. (T. Coût., Comm., n, 5.)
Il se jetta à ses genoux pour lui rendre grâces de ce qu'elle avoit souffert pour loi et lui protesta, loin que sa conduite altérât l'amour qu'il avoit pour elle, qu'au contraire les combats qu'elle avoit 'rendus en sa faveur ne feroient qu'augmenter sa passion. (Boursault, Le Marq. de Chavigny.)—\\ n'a point eu là-dessus de combat à rendre, parce qu'il n'a point eu de tentation. (J.-J. Rouss., Rouss. juge de Jean-Jacques , n.) — Il l'attendit au passage, le surprit, chargea ses troupes, qui se débandèrent sans rendre presque de combat. (Vertot, But. de Malte, i.) — Sans rendre de combat, chaque capitaine ne cherchoit qu'à échapper à la fureur de l'artillerie des ennemis. (Id., ibid., 1. xn.) —Les Turcs, déjà vaincus par leur propre crainte, ne rendirent plus de combat et ne cherchèrent qu'à se rembarquer. (Id.. ibid., xui.) — Ils y rendirent d'abord de grands combats et eurent quelques bons succès contre CeriaJia- (Msaan., Hiu. de France avant Clovis, u, 6.) — La charge fut si vigoureuse que l'ennemi en fut renversé et mené battant jusqu'à sa seconde ligne, qui, voyant le désordre et la défaite si prompte de la première, bien loin d'en réparer le malheur, prend l'épouvante, lâche le pied, et s'enfuit rendre aucun combat. (Folard, Nouv. découv. sur la guerre, c. vi.)— Hors les ■ en pays difficiles, dans toute autre situation, les deux généraux
• ▼oient bientôt la fin de leur journée. (Id., ibid.) — Jusque-là, les alliés rén-j rieux n'avaient trouvé aucun obstacle, et les troupes françaises décourtfées rendirent presque plus de combats. (Chateaubr., Ess. sur les révol., 1, 65.) —11 ~ présumer que ces quatre vaillans champions, entrans dans le camp, eusse un combat très-furieux. (Brànt., D'aucuns duels, S* Disc.) — Un second é sèment la déroba à l'horreur des réflexions, pendant que l'étonnesaeai, jalousie et la fureur rendoient de beaux combats dans l'âme de Clodioa. ton, Zénéyde.) — Communément un des deux escadrons allant à la chtrje, n'arrive pas sur l'ennemi, ou ne l'attend pas. Celui dans lequel se troue moindre quantité de vitesse et d'ordre, et surtout la moindre quantité de curage, flotte, se dérange, tourbillonne par les ailes, fuit, on ne rend p/ua'a combat très-court et sans vigueur. (Guibert, Tactique, U i, p. 277.) — Ce des athlètes timides, couverts de plaies, et toujours armés , qui s'épuisât à s'observer et à se craindre ; s'attaquent de temps en temps, pour s'en ' mutuellement sur leurs forces, rendent des combats foibles comme eux, les M» pendent quand leur sang coule, et conviennent d'une trêve pour essuyer blessures. (Id., ibid., Disc, prél., l"p.)
— rendre résistance, comme on dit rendre combat :
Des plus cruels tyrans j'emprunte le courroux,
Pour tirer cet aveu de la reine ou de vous :
Mais partout je perds temps, partout même constance
Rend à tous mes efforts pareille résistance. (Pertk.\ v,&)
On a dit d'une manière analogue :
Les Suisses, demeurant découverts, rendirent peu de deffense et se retirèwst (Mbzer., Abr. de VHist. de France, ann. 1525.)
— rendre, suivi d'un participe passé ou d'un adjectif, dans le sens de faire devenir :
Sa réponse rendra nos débats terminés. (La Yeuse, v, 7.)
Un favorable aveu pour ce digne hyménée
Rendroit ici sa course heureusement bornée. {La Tois. fer, i, i)
Puisqu'un d'Amboise et vous d'un succès admirable Rendez également nos peuples réjouis. [Sonnet à Mgr ie card. as Kent- Cet emploi était autrefois des plus fréquents :
Rien ne m'est impossible, et si vous l'ordonnes, Je vous rends dans ce jour ses gardes subornés.
(Boisrobbet, La Folie gage***, iu,l)
Aimez, profitez du temps, Jeunesse charmante,
Rendez vos désirs contenu. (Quih., tsis, a, 7.'
J'ai failli, je l'avoue, et ce cœur outragé
Par ce qu'il souffre, hélas ! vous rend assez vengé. (T. Coaif., £tar.,u,5b) Au moins, ce qui me rend ce malheur adouci, J'espère à mon retour trouver ma sœur ici. (Id., La Coma* <TOrg.t in, 1 Ils auront une barque, où la belle enlevée hendra de mon amour la victoire achevés* (Id., U Festin de Pierre, i, i'
RENOUEMENT. — RENOUVELER. 273
Il pleut, le soleil luit , et l'écharpe d'Iris
Rend ceux qui sortent avertis Qu'en ces mois le manteau leur est fort nécessaire. (La Font., Fabl., vi, 3. Tandis que le héros admire Cythérée,
Elle rend par ces mots son ame r au urée. (Id., Adonis.)
Ce généreux dessein, en vous tirant des fers, De l'empire vous rend tous les chemins ouverts.
(Ma* Deshoulibres, Genseric, m, 3.) Pour rendre leur vengeance et leur haine assouvie. Peut-être songe-t-il à vous ôter la vie. (Id., i6td.,iv,6.)
Ce n'est pas que je croie qu'une si bizarre aventure ait jamais pu nuire à sa réputation; aussi n'est-ce, à bien dire, qu'un soin que je prends de rendre la vérité connue, sans prétendre que M" de Longueville en ait besoin. (M11* de Montfém.t ann. 1643.) — La conquête d'Alexandre rendit les Juifs bien plus aux Grecs dont ils devinrent sujets. (Flbury, Mœurs des Israélites, xxx.)
— SE RENDRE A LA VERTU, SE RENDRE A TOUTE SA VERTU, la
reprendre :
Et cette âme innocente, Qui brave impunément la fortune impuissante, Regarde avec dédain ce qu'elle a combattu, Et je rend tout entière à toute sa vertu. (OEd.t v, 6.)
Ormène. je l'ai tu, Tant que j'ai pu me rendre à toute ma vertu. (Sur., i, 1.)
— Corneille dit dans le môme sens, se rendre la vertu :
Rends-toi cette vertu pleine, haute, sincère,
Qui t'affermit si bien au trône de mon frère. (Perth., v, 2.)
RENOUEMENT d'alliance, action de renouer une alliance :
L'espoir d'un renouement de (a vieille alliante
Flatte en vain votre amour, et vos nouveaux desseins. [Àgés.y îv, 5.)
RENOUER son attention, la rattacher à ce qui l'occupait
précédemment :
Nos violons n'ont aucune de ces deux incommodités. L'esprit de l'auditeur se relâche durant qu'ils jouent, et réfléchit même sur ce qu'il a vu, pour le louer ou le blâmer, suivant qu'il lui a plu ou déplu, et le peu qu'on les laisse jouer lui en laisse les idées si récentes, que quand les acteurs reviennent, il n'a pas besoin de se faire d'effort pour rappeler et renouer son attention. (Trois. Disc.)
RENOUVELER un sujet tragique, le traiter de nouveau :
Feu monsieur Tristan a renouvelé Mariane et Panthée sur les pas du défunt sieur Hardy. (Exam. de Sophon.)
— renouveler, neutre , comme se renouveler, prendre une nouvelle force :
J'en rougis dans mon ame; et ma confusion, Qui renouvelle et croit à chaque occasion,
Sans cesse offre à mes yeux cette vue importune. {Nicom., u, 1.)
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