DE LA
A, prép. signifiant pour, devant un substantif :
Réserve ton courroux tout entier au besoin. {Clit., i, 4.)
Toi qu'avec Rosidor le bonheur a sauvée, Tu le peux assurer que Dorise trouvée, Comme ils avoient choisi même heure à votre mort, En même heure tous deux auront un même sort. {Ibid., m, 1 ;
Quel charme à mon trépas de penser qu'elle m'aime. (Veuve, îv, 1.) Puisque tu la hais tant, pourquoi la gardes-tu? jason. Au bien de nos enfants, dont l'âge foiblc et tendre
Contre tant de malheurs ne sauroit se défendre. {M éd., m, 3.)
Et je garde, au milieu de tant d'Apres rigueurs,
Mes larmes aux vaincus, et ma haine aux vainqueurs. (Hor.y i, 1.)
Armez- vous à ma perte, éclatez, vengez-vous. {Théod., u, 4.)
On prépare à demain exprès d'autres victimes. (OEd., m, 2 )
An salut des élus prépare toutes choses. [Imit.y i, 3.)
Nombre d'exemples semblables pourraient se citer chez Corneille ; ils sont également très-fréquents dans tous les écrivains des seizième et dix-septième siècles, et se rencontrent quelquefois chez des auteurs distingués du dix-huitième siècle et de notre temps.
A cause de l'affection qu'il avoità M. l'amiral, à Lanoue et à Téligny. (Marg. db Val., Mém.t i.) — Il y a quelque temps que je commença)' à luy dire qu'il se résolust de demander au sire Anastase, mon maistre, Susanne, sa fille à femme. Lariv., Ecol., il, 5.) — Je n'ay plus de paroles puissantes, ni assez violentes à l'expression de mes misères. (D'Agb., Pet. OEuvr. mil.) — U est tout généreux et tout né à la gloire. (Malh., Leu., à Racan, 10 sept. 1625.)
Tant de signes dans les planeltes,
Tant d'éclypses, tant de cornettes
El tant d'effecU prodigieux,
"S* sccï-re pis de* p*":ç-l** ->
Ih i& ; ->V fiT»~r :** î:-*ïi % Vacant. Jtrrg.. n. 5.
Fccrq^»: s* ta:r» -?* tir: * i;t-ï ir*>:c* t*3-»tt«iï-ï*5 q»e s»:.n Fmmtnce fiil t£W5 !**;:«-> es j:;-i: *: x. " "i.ir^-r :-? r*:i* s-ic-irra:** 5aci*. Jf«*<-*r.. in-4\ p. *?". — Ci-? lerr***» er'irii:* *: yr:cr j*? **î r*x Âste* rabitieuses If plus de'**: i-» ï:«* ^e* e~î> £:->«.. Pt-jn.. I. !.. irt S. — Lslber s'emportait a d« e\c»r* iD-:c:s : : -et*:: ci. «r^-: î* -I.c>cr ^ s^c di«.::p;e Boderê. W.„ Far. 5. — Les rivier** voiî etfn «* pr«:ç ::*r iir > ,* ««-. p. cr <a fiiie le eeatre do com- ■cerrt à U«:*s k* h!::ls. Ftv. £riu. « thn.. I. 2 — Le* esprits des Français ne s:n: ja* s-.* * 1* «ni"-:'». Fn:**-. H-.«*. « .Jr*i.. m. Jli * 7- -.;:■• **: Lys»*- *:^> «r : > l «.icLL'^r. L* res...ir* « if =,*:-. : **■: .■* y-re*: ? >r. T». Covc.. T&M., m. 3.
Iï s*n i:-:« ç:":! îx*v ie* ":« V^* *** r<-*pa*it:f* « aae prompte dtfeD*». <TAr».. iV*. *f# jk«". ?• r — P.--: r.cr.f î* ;:<* * &;*r* princesse. Monter.. Prmt. dt —>*■-: B^TTri.-: r>? := :rr-* ta* y*i:* dlcdiirfaee «u «ices de sm **«:-. C«*?.. Ll-i. /■*:.-. i"r. — LJ :«jf^ii:4U rvp«bl»q«e. V. Hcw. lin. et tkzjc*.. J :.^rr d -2 -ti : — L ?-: * i faf&nt phts qVu frère : il lui df- *i»l ose mer*. M.. V.-I>- « f -- 1*. :*. i
— A. ;*^r. de* an: un ictmiî::
■><*» îr-ct e«:- :m^- ï=i:n*« n*r e*ss -3e ;•:**- ..Vrt., n. 5.)
< Embraser avec excès de j^ie une voie à rendre service! - On ne f^eut rcriiv avec plus d*impn>pri^l**. Cest un amas d»» barbarismes ! >\-erie Voltaire. N«.-u> ne voyous, nous, aucun barbarisme dans le vers de Corneille : nous ne croyons pas même qu'il offre la moindre impropriété. Voltaire dit encore, à propos d'un vers anal«»^ue aux pricëA-nts :
Ma ri: ire *: œ.c iboju pe«:t*sï îiea peu j«r ■*£«.
S'il f»-:: ^c^* p:«c»:e * soc ;*;::: bl* f;L tAic— .. i, 1.
< Une pres»-iice à sou:*: ntr la loi • nVsl pas français. On dit : < il ta ut soutenir ^ et n«>n |*a> < à soutenir. »
Le grand eerivain i^araî; ici n'avoir rien compris à la pensée pourtant bien claire de Corneille, et avoir complètement méconnu la langue de tout le di\-septU me siècle. .A. signifiant j4mr. s'employait aussi i>Tir»raltm»*:il de^aî-t un indnitît que devant un substantif • '.»Qstatons d'alH.«rtt qut cette K»rme est tamilîero à Corneille.
Or* isciinjtka qnî ]^s«;- :■:: t. --.s xeae.
.4 ne U derus^r *«:rî> ^;-vn- t>:p :•? fviw. C*t. i,i|
Ce f)-if. toa blutais :*.**. !iis« « ïc prxatir. f*., n. 6.
On te vole Doris, et ta feinte colère
Manqueroit de prétexte à quereller son frère! (Veuve, 11, 6.)
Mes vaisseaux à la rade assez proches du port
N'ont que trop de soldats à faire un coup d'effort. {M éd., u, 5.)
Immolons avec joie Ceux qu'à me dire adieu Creuse me renvoie ; (/£., y, 2.)
Je vais chercher du monde à souper avec vous. (Suite du Ment., m, 4.) Il a pris un prétexte à sortir promptement,
Sans se donner loisir d'un mot de compliment. (/£., îv, 2.)
Et mon cœur, accablé de mille déplaisirs,
Cherche la solitude à cacher ses soupirs. (Hor., i, 2.)
Cléopâtre a lieu d'attendre ce jour-là à faire confidence à Laonice de ses desseins, et des véritables raisons de tout ce qu'elle a fait. (Exam. de Rodog.) Cependant cet exil, ces retraites paisibles. Cet unique souhait d'y terminer leurs jours,
Sont des mots bien choisis à remplir leurs discours. {Agée., m, 1.)
Qu'ai-je affaire de race à me déshonorer,
Moi qui n'ai que trop vu ce sang dégénérer. [Pu le h., y, 3.)
Quelque effort qu'ici-bas l'homme fasse à bien vivre, U est souvent trahi par sa fragilité. (Imit., i, 19.)
Aussi le corps se plaint; le corps gémit sans cesse,
Accablé sous les moindres croix, Parce que de l'esprit la honteuse mollesse
N'agit qu'avec faiblesse Et refuse son aide à soutenir leur poids. [là., i, ¥1.)
La double // dont je viens de parler à l'occasion de l'i, a aussi deux prononciations en notre langue : l'une sèche et simple, qui suit l'orthographe; l'autre molle, qui semble y joindre une h. Nous n'avons point de différents caractères à les distinguer. (Préf. du Th. de P. Corn., édit. de 1682.)
Il est inutile de multiplier les exemples analogues. L'Académie, dans son jugement sur le Cid, a fait une observation sur ce vers :
Venoient m 'offrir leur vie à venger ma querelle, c II eût été bon, dit-elle, de dire : « Venoient s'offrir à venger ma querelle ; » mais disant « venoient m offrir leur vie , » il falloit dire : « pour venger ma querelle. » \Seni. de CAcad. sur le Cid, m, G.)
La distinction établie ici n'est-elle pas un peu subtile?
Du reste, comme il a été dit, l'emploi critiqué par Voltaire était général au dix-septième siècle, comme il l'avait été au seizième, et il a été repris depuis avec raison selon nous.
Hélas! ami, tu ne savois quo faire,
A me traiter, obéir et complaire.
Comme celui duquel j'avois le cœur. (Cl. Mar., Ep. î. 1517.)
— Comment doneques A\ ez-vous fait à vous sauver? (Lariv. , Facéi. Nuict* de Strap. , i\* Nuict, f. 4.) Le coq, qui se lève la nuict à chanter. (1d-, ibid.)
— En religion! respondit cette procureuse. Vrayment! îl faut autant d'argent pour le jourd'huy pour y mettre une tille comme à la mettre en son mesnage. [Caquets de C accouchée, 5* journ.)
- Tout ce qu'à façonner un corps Nature assemble de trésors
Est en elles sans artifices. Malh., Stances, la Ren. à Henri le Or., La nature ny la fortune ne m'ont pas donné beaucoup de parties a plaire. (Thkoph., Fragm. dune hisl., c. il.)
A venger votre affront servez-vous de mon bras.
(Th. Corx., f//. Ennemis, îv, 2.) Que pourrois-je autre chose à guérir ses ennuis !
(Id., Engag. du hasard, iv, 4.)
Au lieu de se servir de sa puissance à se venger d'eux , il s'en servit à les secourir. (Le Maist. , Plaid., xxvn.; — Tant de restes ne pouvaient pas s'accorder facilement: il fallut prés d'un an à les ajuster ensemble. (MÉz., Abr. de rkisL de #>., ann. 1495.) — Le duc de Guise se servit de l'armée qu'il avoit sur la frontière de Champagne à se saisir des villes de Raucour et de Donzy, sur le duc de Bouillon. (Id.. i/>.. ann. 1585.) — Que tous les hommes s'unissent à louer quelqu'un, ils u'ajouteront rien à son mérite. Qu'ils s'unissent à le blâmer, ils ne lai en ôteront pas la moindre partie. (Nicolb, Coni. des Ess. sur l'ÊpIt. du 4* dim. de l'Av. j — Ce même feu demeure paisiblement caché dans les veines des cailloux, et il y attend à éclater jusqu'à ce que le choc d'un autre corps l'excite. (Féit.. ExUu de Dieu, i. ) — 11 lui fallut bien vingt ans à s'étendre et À faire un corps de secte qui méritât d'être regardé. (Ross., Var., xi.) — On appellera cela comme or. voudra; pour moi , j'appelle cela suivre mon inclination et aller mon chemin : je suis née à n'en pas prendre d'autres. (M"e de Montp., Menu ) — Mais j'attendrai cette grande journée à vous informer de mon choix. (Perr., Co>t. en vers, Griselidb.)
On trouve de même, au dix-huitième siècle :
A faire d'un tel gentilhomme un Achille au pied léger, l'adresse de Chirun même eût eu de la peine à suffire. (J.-J. Rouss., Em,t u.)
Et de nos jours :
Que cette place est bonne à le bien poignarder! (V. Hugo, Cromw., v, 3.) Il en faudrait un monde à faire un grain de sable. (Lab., JoccL, 4e ép.J
— A, pour en, devant un infinitif:
Voltaire a encore critiqué cet emploi :
A raconter ses maux souvent on les soulage. (PoL, i, 3.)
« Ce vers, dit-il, est un peu familier, et il faut en racontant, et non à raconter. »
Corneille a pu parfaitement préférer à raconter à en racontant. Il a dit encore :
Ah! Mélite, pardon, je t'offense ri nommer
Celui qui m'empêcha si longtemps de l'aimer. ( 1/^/., m, l.)
Joignons à la douceur de venger nos parents
La gloire qu'on remporte d punir les tyrans. ;C.*wa, î, * i
Je deviendrais suspect à tarder davantage. (China, i, 4.)
Ft pour dernière adresse une telle beauté Ne se voit que de nuit et dans l'obscurité, De peur qu'en un moment l'amour ne s'estropie,
A voir l'original si loin de la copie. (Suite du Ment., n, 7.)
Ce mépris de la mort qui, partout à nos yeux, Brave si hautement et nos lois et nos dieux. Cette indigne fierté ne seroit pas punie,
A ne vous ôter rien de plus cher que la vie ! (Théod., m. i.)
Confidents tout ensemble, et rivaux l'un de l'antre. Nous ne concevions point de mal pareil au nôtre. Cependant à nous voir l'un de l'autre rivaux .
Nous ne concevions pas la moitié de nos maux. (Hodog,, n, 4.)
Jugez par là l'excès de ma confusion ,
A me voir attachée au char de Scipion. [Ibid.)
Le choix que vous m'offrez appartient à la reine, J'entreprendrois sur elle à l'accepter de vous. (Ibid., m, 4.)
Et je hasarde tout à quitter les Thébains . Sans mettre ce dépôt en de fidèles mains. [GEd., i, 3.)
Tu perds de ton grand art la force, ou l'imposture, A l'armer contre moi de toute la nature. (La Toison (for, m, 5.)
Et Tordre ambitieux d'un hymen politique. N'a rien que ne pardonne un courage héroïque. Lui-même il s'en console, et trompe sa douleur
A croire que la main n'a point donné le cœur. (Soph.% i, 2.)
Après tant de bontés et de marques d'estime,
A vous moins déférer je croirais faire un crime. (Ayi*-, y, 3.)
Si l'amitié vous platt, si vous aimez l'estime, A vous les refuser je croirais faire un crime. (Surina.)
Et qui veut jHre éclairé pleinement Doit apprendre de lui que ce n'est qu'à le suivre Que le cœur s'affranchit de tout aveuglement. (Imit , i. 1.)
Si la mort te semble un passage
Si dur, si rempli de terreur,
Le péril qui t'en fait horreur
Peut croître à vivre davantage. (Ibid., u, 3.)
Ah ! qu'heureuse est une âme alors qu'elle l'écoute ! Qu'elle amasse de force à l'entendre parler! (Ibid., m, 1.)
Sache qu'à me suivre Je t'apprendrai bientôt d'autres façons de vivre. (Le Ment., i. 6.)
« A me suivre » est un barbarisme, dit Voltaire. Il n'y a pas là de barbarisme, mais seulement une hardiesse qui rentre dans les exemples précédents.
L'emploi de «, avec le sens de en, devant un infinitif, n'est pas particulier au grand Corneille. Le frère de notre poëte affectionnait singulièrement cet emploi, qu'il a prodigué jusqu'à l'abus; qu'on en juge par ces exemples, que nous aurions pu multiplier beaucoup plus encore.
J'assure sa grandeur à vous en faire maître. (Th. Corn., Bérén., m, 4.)
Le noble emportement que m'inspire ton zélé!
Je fais voir un cœur bas si, je ne les querelle (les dieux),
Et je trahis ma gloire à n'oser mériter
La chute où leur rigueur me veut précipiter?
S'il voit qu'à s'expliquer ses vœux puissent déplaire,
Sans les porter ailleurs, il les force à se taire.
Chacun pour son pays croyoit montrer son zélé,
A prendre avidement le titre de rebelle.
{Ibid., iv, 6.) ( Ibid., v, 2.) (fM., v, 6.) [fbid.t v, 8.)
Darius, u, 5.
(Ibid., îv, 7.)
(Ibid.,\, 1.)
(ld.,Com., ni,l.)
(f*uf.,in.*.?.
(/Aid., iv, 1 J
Ses vœux dans leur fierté n'ayant pu vous déplaire, J'aurois cru faire un crime à leur être contraire.
Mais, aimant Statira, j'irrite sa colère
A me joindre au parti qui s'attaque à son père. (Id.
AMB8TRIS. Et que vouliez-vous faire?
Darius. Mettre au jour un secret qui me perd à le taire,
Découvrir Darius.
J'en ai fui le supplice à garder le silence.
Jamais à prendre un sceptre on ne ternit sa gloire.
Mais songez que l'amour est sensible à l'outrage,
Et qu'à se trop permettre on peut tout hasarder,
Quand l'esclave qui prie a droit de commander.
Le coup qu'à d'autres mains ils auront cm remettre,
Helvie aura sans doute osé se le permettre,
Et selon son transport croyant l'exécuter,
Fait avorter la trame à la précipiter.
Mais à voir que sur vous sa rage ose s'étendre,
Mon amour aussitôt a dû tout entreprendre. {Ibid., v, 3.)
A faire ce qu'on doit on ne mérite rien. (Ibid., v. 7.)
A moins oser pour vous, je ferois mal connottre
L'heureux fruit des leçons de mon illustre maître. (Won cTAnn., u, 4.)
Quoi, Vous fuyez à les voir? {Circé, iv, 5.)
On trouve de même dans des écrivains de toutes dates, comme de tout genre et de tout ordre :
La vaillance (de qui c'est l'effect de s'exercer seulement contre la résistance), Nec nt.fi bellaniis gaudct ccrvice juvcnci, s'arreste à voir l'ennemy à sa mercy. (Mont.. Es*ai*, n, 27.) Les peuples infidelles Se mocquent a vous voir sanglants de vos querelles...
(Gilles Durand, Regrets fun. sur la mort de f Atne ligueur.)
A remonter encore plus haut, on voit... ( Boss., Polit., u, 2. ) — Le Pensionnaire connaissait assez la sagesse de ce parti . et qu'à être maître absolu du dedans, un peu de patience et de temps auroit dissipé ce grand orage. ( Pell. . llixt de Louis XIV, 3. ) — Le public n'attend pas après son jugement pour reconnottre le mérite des gens excellents, et n'apprend rien de nouveau à les voir louer. (St-Rkal, De lu OU., c. 8.)
Ma foi, vous nous perdez à rester davantage. (Legr., Fam. eatrav.. c. xvi.)
Le sort m'avoit flattée; il me menace, il change;
Ce n'est que sa coutume, il ne fait rien d'étrange :
Il avoit trop longtemps soutenu mon parti;
A ne s'en pas dédire, il se fût démenti. (Quin., Astrale, m, 1.)
M. Génin, dans son Lexique de Molière, cite plusieurs passages du grand comique où cette locution a été employée, et observe justement qu'elle correspond au gérondif en du, ou au supin en ?/ des Latins, qui n'est lui-même qu'un datif ou un ablatif, l'un et l'autre marqués en français par à : Vires acquirit eundo ; diffïmditur auditu.
Les nombreux passages que nous avons rapportés prouvent que cette forme n'est particulière ni à Corneille ni à Molière, dont nous avons cru inutile de répéter les exemples.
Quelquefois, dans des phrases analogues à celles qui viennent d'être citées, à se traduit par lorsque, si, plutôt que par en.
Un bienfait perd sa grâce à le trop publier. [Tkéod., i, 2.)
dorante. Quoi, celle qui m'écrit?
lis*. Oui, celle qui vous aime ,
A l'aimer tant soit peu, vous l'auriez deviné. {Suite du Ment., u, 6.)
Souffrez la douleur d'une mère, Et les premiers soupçons d'une aveugle colère. Comme ce coup fatal n'a point d'autres témoins. J'en ferois autant qu'elle, à vous connoitrejnoins. [Rodog., v, 4.)
Il serait moins coupable à m'avoir moins aimée. (Sert., y, 4)
Le sens de sa parole est souvent si sublime
Et si mystérieux.
Qu'à trop l'approfondir il égare, il abîme
L'esprit du curieux. {Imit., i, 5.)
Thomas Corneille offre des exemples tout à fait analogues :
Et de mes tristes maux l'excès monte à tel point,
Que je commets un crime à n'en commettre point. (Maximiaii, m, 1.)
A lie m'obéir pas il iroit de sa vie. (La Mort de Cemp. Commode, u, 5.)
L'estime de ma reine à mes vœux doit suffire.
Si l'amour la portoit à des projets trop bas.
Je trahi rois sa gloire à ne l'empécber pas. {Le Comte d'Essex, u, 5.)
Molière, dans un vers curieux que M. Génin aurait dû citer dans son Lexique, a dit de même :
Et que puis-je résoudre à voir cet bomme mort? (Ec. des Fem., v, 1.) On a dit d'une manière analogue :
Et au rapporter les bous ensamble. se la couroie croist, faictes le remener contre val la vallée. (Jkh. d'Arras. Méluxine, éd. Jannet, p. 48.) — Ces desborUemens font un grand changement et un grand tumulte en noslre disposition; mais ils ne sont pas si dangereux à la santé qu'on les croit; à les continuer on y succombe; mais à s'y laisser quelquefois surprendre, on s'en trouve mieux. iTuéopu., Fruym. d'une u'ut.% c. iv. ) — A remonter jusqu'à la source des troubles.
on trouve qu'ils auroient été «vîtes si le roi Henri III avoit voulu, à son avènement à la couronne, donner la paix générale au royaume. (MM dk Villedibu, He*ord. de Cam.% i.) — Il y a encore dans ce château un puits si profond qu'on n'en peut tirer de l'eau en moins d'une demi-heure, et à considérer la hauleur du lieu , on ne peut assex s'étonner de la hardiesse de l'entrepreneur. (Taybrn. , Vou. de Perse, dess. de l'aut. ) — Si l'ennemi n'attaquoit que par un froni fort étroit, on pourra hasarder de le soutenir de vive force, autrement non; à s'y prendre d'autre façon, on y perdroitbien du monde. ( Vaub., Fragm. d'une Lett. é J#. Upelletier, 16 mars 1705. ) — Tout le monde vante l'amitié, peu de gens la connoissent, presque personne n'en remplit les devoirs. D'où peut venir cette contradiction de sentiments et de conduite? Ne seroit-ce point qu'à la vanter, on >e fait honneur; qu'a la connoistre, on trouve de quoy se condamner; qu'à remplir les devoirs qu'elle exige, on s'impose un joug souvent incommode? (Sacy, De V Amitié, i.)
On trouve assez souvent à% employé pour en ou pour si dans de bons écrivains du dix-neuvième siècle :
J'avilirais le sceptre à venger mon injure. (Delav., Vêpr. Sic, m. 2.) Je sais bien qu'à écrire tout ce qu'on pense , on se fait beaucoup d'ennemis parmi ceux qui se trouvent bien des vices du temps (Georges S and, Lett. dan ïoyag.% xii. ) — Tout en reconnaissant les heureux traits épars dans cette So/itude de Saint-Amant et en m'expliquant très-bien le succès qu'elle eut à sa date, je me dis qu'a la relire aujourd'hui je n'y trouve ni la solitude du chrétien et do saint, celle dont il est écrit « qu'elle bondira dans l'allégresse et qu'elle fleurira comme le lis ; » ni la solitude du poète et du sage; ni celle de l'amant mélancolique et tendre; ni celle du peintre exact et rigoureux. (Ste-Beuve, Causerie* du lundi, 8 déc. 1855.) — J'ai beaucoup lu et feuilleté Beaumarchais, qui est l'homme le moins discret quand il parle de lui-même, et il me semble qu'à le bien écouter dans ses aveux et ses confidences familières, on en sait déjà presque assez. (Id., ibid.t 14 juin 1852.)
— A, pour de; a qi:rl droit, comme de quel droit :
Peut-on avoir pour toi quelque amour, quelque estime,
0 vie, ci d'amertume affreux et vaste abîme,
Cuisant et long supplice et de l'âme et du corps?
Et, parmi les malheurs dont je le vois suivie,
A quel droit gardes-tu l'aimable nom de vie ,
Toi dont le cours funeste engendre tant de morts? {imit., m, 20.
Fonteneile a dit comme son oncle :
A quel droit prétens-tu nous jugei ? {Pau., à M-« la Dauph )
— De même prendre l'ordre a mourir, pour signifier recevoir Tordre de mourir.
Prendre l'ordre à mourir d'une main ennemie,
C'est mourir, pour un roy, beaucoup plus dune fois. (MA/., iv, 5.)
— s'effaroucher a, comme s'effaroucher de :
Il suffit que nous n'inventions pas ce-qui de soi n'est point vraisemblable, et qu'étant inventé de longue main, il soit devenu si bien de la conooissance de l'auditeur, qu'il ne ïeffnrouche point à le voir sur la scène. (2« Disc.)
Voir nos articles 01 milieu a, pour wihlier do, .manquer a, pour manquer de.
L'emploi de à pour de était autrefois très-fréquent. Ainsi on disait :
Avec un verbe :
ne pas laisser a, pour ne pas laisser de.
Ja parmi ceste ville à a 1er nen lairoie, (Le DU de Ménage.)
Quoique tu sois dépourvu de la faveur des hommes, ne laisse pourtant à entreprendre une œuvre digne de toi. ( Du Bellay, llluslr. de la langue jronç. , 1. u, c. 5.) — Combien qu'ils fussent merveilleusement étonnés, et qu'ils ne sussent par qui ni comment pouvoit avoir été faite cette déconfiture, si ne laissèrent point à regarder au butin. (Amyot, //mi. Êihiop.) — Tour cela, je n'entends pas que Ion laisse de part et d'aultre à faire la guerre en la campagne. ( Leit. mus. de Henri IV, 14 mars 1598, t. iv, p. 928 }
désirer a, pour désirer de :
Les dames désirent moult à veoir vostre maislre. {Le Boman de Jehan de Paris.)
conseiller a, pour conseiller de :
Doy-je pas révérer sa bonté sans pareille,
Lorsqu'elle me conseille A faire choix d'un bien si fécond et si beau. ^Racan, Psaume, xv.)
omettre a, comme omettre de :
Ne voulant obmettre à vous dire, madame, que tout ainsy que je ne vous peux procurer un plus propre interprète de mes affections que le dict sieur de Segur, ainsy ne pouvez- vous choisir personne, mesme entre vos subjccls, plus affectionné h prescher vos vertus. [Un, missives de Henri /F, à la royned'Anglel., t. u, p. 19.)
Avec un adjectif :
dissemblable a, pour dissemblable de :
Les seigneurs austrasiens aimoient bien mieux se soumettre àClotaire, qui éloil fort dissemblable à sa méchante mère. ( Mkz., Abr. de Vhist. de Fr., an 612. ) — Leur impudence ne peut pas aller jusques à faire ce portrait d'eux-mêmes; ils savent bien qu'il seroit trop dissemblable à 1 original. (Arn. , Apol. pour 1rs caihol., i, 2.)
Au contraire, l'on employait souvent de dans des cas où Ton mettrait aujourd'hui à; ainsi Ton disait :
Je sçay que les François n'ouï pas encore apris
De pousser dans ce champ leurs délicats esprits. (Thkoph., filtg.)
Les exemples des deux cas seraient très-nombreux si nous ne
devions éviter une longueur excessive :
— A, avec :
Que si l'ambition de commander aux autres
Fait marcher aujourd'hui vos troupes cl les nôtres.
Pourvu qu'à moins de sang nous voulioos l'apaiser.
Elle nous unira loin de nous diviser. ('for., i, $.)
Il avoit vu chez elle entrer %otre maîtresse,
Mais il n'a voit pas su qu'Hippolyte et Dapbné
Ce jour-là par hasard chez elle avoient dîné.
Il les en voit sortir, mais à coiffe abattue. (Ment., m. 2.)
Peuple, à vœux redoublés, souhaitez-lui la pais. {Trad. dm pt. cxx.)
Vous marcherez vers Rome à communes enseignes. (Sertor., i, 3.)
Un certain nombre d'exemples montreront combien cette signification de à pour avec était commune dans l'ancienne langue :
Atant se lieve à cuer mari.
(Floire et Blanceftor, éd. du Mér., v. 2354, V vers.) Environ huit heures de jour, aloit à sa messe, laquelle estoît célébrée glorieusement chascun jour à chant mélodieux et solennel. (Christine de Pisak, Hut. de Ckarl. le Sage.) — Adonc le conte se mist en chemin, et avecq luy sa mère, sa seur et sa baronnie à noble compaignie. (J. d'Arras, Mélus., éd. Jann.; p. 58.) — Se tu veulz croire fermement toutes les parolles que ton seigneur te dist, elles te seront moult pourfitables a l'aide de Dieu. (Id , i7ud.,p. 39.)— Et partirent des tentes à bien il chevaliers si noblement montez et parez, que c'estoil grant merveilles. (Id., ibid.y p. 84.)
Quiconques meurt, meurt à douleur. (Villon, Grant Testam., il.)
Or çà, pour entrer en mesnaige,
H fault achepter du mesnaige,
Louer mayson et chamberiere,
Et que désormais on acquière
A grant labeur, sueur et peine ,
La vie au long de la sepmaine. (Sermon des maux de mariage.)
Si ay laissé ma mère seule, à grand désir de me veoir. (Le Bom. de J. de Par.) — Puis fut commencée la messe o beaux chantres qu'il menoitavec luy. (Ib.) — instrument* de toutes sortes commencèrent a sonner à grand mélodie. (#6.)
Si tu rencontres par la rue
Une femme qui est barbue ,
Passe outre et lui crache en la veue ,
Ou à beaux cailloux la salue. (Lariv., les Tromp., m, 2.)
De nuyt et de jour tant peschérent A leurs rais et <i leurs filletz
Que.... (La Fie de saint liarenc, glorieux martir. et comment il Jud penché en la mer et porté à Dieppe.) Bogez. gouverneur en Eione de la part du roy Xerxes, assiégé par l'année des Athéniens, sous la conduite de Cimon, refusa la composition de s'en retourner scurement en Asie à toute sa chevance, impatient de survivre à la perte de ce que son maistre lui avoit donné en gurde. (Mont., Essais, h, 3.) De la fille du ciel telle paroist l'escorte, .4 .plus d'heur que d'esclat, moins pompeuse, plus forte.
(D'Acbignb, Tragiques, m.) A moins de mal on sort que l'on n'entre en la vie. (16ÙL, iv.)
El moy je vis de mon petit domaine A peu de train, sans pension du roy,
Faisant des vers et ne me donnant peine De ce qu'on dict de nioy.
[OEuvr. lot. et franc, de Nie. Rapin, 1610, in-4°, p. 121).} Les flambeaux éternels qui font le tour du monde Percent à longs rayons le noir cristal de l'onde. (Racan, Berg.% i, 1.)
Corneille présente des emplois particuliers qui rentrent dans la signification de à pour avec :
C ha rie-roi qui t'attend, mais à portes ouvertes,
A forts démantelez, à travaux démolis,
Sur le nom de son roi laisse arborer tes lys. (Les Vict. du Roi en 1667.)
Choisissez donc ensemble à communs sentiments,
Des charges dans ma cour, ou des gouvernements. {Oihon, m, 4.)
— A, d'après:
A la lettre il parott qu'il a beaucoup d'esprit. {Suite du Ment., n, 1.
— A, en la personne de, devant un substantif :
Abandonner mon camp en est un (crime) capital,
Inexcusable en tous, et plus au général. (iVtc., n, 2.)
c Au général » est un solécisme ; il faut « dans un général, » dit Voltaire :
Il n'y a pas plus de solécisme dans le vers de Corneille critiqué par l'illustre commentateur que dans ces autres sur lesquels il n'a rien dit :
Ah! vous me feriez peur, S'il ne s'en falloit pas l'Arménie et mon cœur, Si le grand Annibal n'avoit qui lui succède, S'il ne revivoit pas au prince Nicomède. (Nicom., m, 2.)
El cette manière de parler était d'un usage aussi correct et aussi fréquent en prose qu'en vers :
Ils avoient peu de confiance au comte de Jonzac. (La Rochef., Mém., Guerre 4e Guienne.) — Leur espérance est aux troupes de Brandebourg, qui s'avancent, Quoique lentement. (Pellis. , Leu. imt.. 21 sept. 1674. ) — La reine entre dans ces plaisanteries ; mais cependant je n'ai point encore attrappé la confiance qu'elle ateit aux femmes de chambre piémontaises. (La princesse des Ursins, Un, a ta maréchale de Nouille*, 1*2 nov. 1701.)
— A, par :
Par votre ordre on la quitte, et cet ami fidèle
Me pourroit au même ordre abandonner comme elle. (Soplton., v, 6.)
— c'est a (un substantif), a, (un infinitif). C'est a... qu'il appartient :
C'est aux commencemens des fotbles passions
A s'amuser encore aux protestations. {LU lus. Corn., n, C.)
C est aux courages bas, c'est au.r amans vulgaires,
A faire agir pour eux l'autorité des pères,
Souffrez à mon amour des chemins différens. (Androm., îv, 1
— A, employé d'une manière explétive avec un pronom personnel se rapportant à un substantif déjà déterminé par un pronom possessif :
Tous mes sens à moi-même en sont encore chai mes. (Le Cid, i, l.j
— A moi, pour me datif:
Qu'il entre. A quel dessein vient-il parler à moi,
Lui que je ne vois j>oint, qu'à peine je connoi? [Héracl., u,4.)
« Parler à moi, » observe Voltaire, ne se dit point; il faut « me parler. » On peut dire en reproche : — Parlez à moi; oublitzvous que vous parlez à moi? »
La remarque était bonne pour le temps de Voltaire, elle le serait de même pour le notre ; mais Corneille parlait la langue de son temps dans le vers plus haut cité, de même que dans les suivants :
Va, bienheureux amant, cajoler ta maîtresse,
A cet objet si cher tu dois tous tes discours;
Parler encore à moi, c'est trahir tes amours. {M éd., v, 6.)
De même lui, que nous employons au datif pour le masculin et le féminin, était souvent, au dix-septième siècle, remplacé par à lui, « elle, qui permettent de distinguer les genres. Cette forme se rencontre plusieurs fois chez Corneille, et se retrouve jusque postérieurement au dix-septième siècle :
Un acteur occupant une fois le thcâtie, aucun n'y doit entrer qu'il n'ait sojtt de parler à lui. ( Trois. Disc. ) — Cette prière et cette sortie , Simon et Chreaél qui demeurent sur le théâtre, ne disent que chacun un vers, qui ne saurait dooMT tout au plus à Pamphile que le loisir de demander où est Criton, et non pasfc parler à fui, et lui dire les raisons qui.... ( îbid. ) — Bodogune, dans le premier acte, vient trouver Laonice, qu'elle devrait mander pour parler à elie. (/M.)— ■ alcippe sortant de chez Clarisse, et parlant à elle. [Le Ment., v, 7.)
Devant son huys je me pourmaine !
Soubz l'espoir de parler à elle. (Roc. de Coll., le MonoL du JUwb.||
Venez avec moi, je vous ferai parler à elle. (Mol., G. Dandin, h, 6.) — Il *| détermina à ne se point faire connoilre à Zay de, et à suivre sa barque jusqNl au port. 11 espéra y trouver quelque moyen de parler à elle en particaliftV (Mne de La Fayette, Zayde, i.)— Bussy remarqua avec soin tout ce que faisoit ledit. à qui la reine avoil fait signe de venir parler à elle, (M-- de Villed., Aw*** dti> (jrumh hommes, Bussy d'Amhoise, i.) — Il vit Madame la princesse, nui*** fut de loin et sans parler à elle. (Malh., Lcit., à Peiresc, 17 juill. 1G10. — I* demandât qu'on me fit parler à lui. (Prêv,, Mém. d'un homme <fc</u<i/., u.}
ABAISSEMENT. — ABANDONNER. Mi
On avait aussi la liberté de dire à eux pour leur, régime indirect :
Dans l'ordre commua, il est quelquefois de la bienséance que ceux qui occupent le théâtre aillent trouver ceux qui sont dans le cabinet pour parler à eux. [Trou. Disc.)
ABAISSEMENT, action de se laisser aller à quelque chose de rabaissé :
Le trop d'abaissement vers les objets sensibles. (Imu., m, 31 )
De même avec à :
Ce lâche abaissement aux douceurs temporelles
Que le siècle fait trop goûter,
Sert d'un grand obstacle à monier Dans ce palais de gloire où sont les éternelles. {loid., m, 1G.)
— l'abaissement des cœurs, l'humiliation des cœurs :
Et jamais leur courroux ne montre de rigueurs
Que n'abatte aussitôt Y abaissement des cœurs. {Androm., iv. G )
— abaissement, avec le plurh 1 :
Et la mort, ou l'exil, ou les abaissements,
Seront pour vous et moi ses vrais remerctments. {Othon, u, 4 )
ABAISSER sa colèke , expression créée pour signifier la modérer :
Je trouve en son chagrin moins d'animosité ;
De moment en moment son âme plus humaine
Abaisse sa colère et rabat de sa haine. [M éd., m, 1 .)
— abaisser (s') a, suivi d'un infinitif:
Mous ne demandons point qu'un courage si fort
S'abaisse à notre exemple à se plaindre du sort. (Hor., m, 5 )
ABANDON, mettre sa tète a l'abandon, la livrer :
Non, non, vous ne voyez en moi qu'un criminel,
A qui l'âpre rigueur d'un remords éternel
Rend le jour odieux, et fait naître l'envie
De sortir de sa gêne en sortant de la vie.
Il vient meure à vos pieds sa tête à C abandon. {M élue, v, (>.)
ABANDONNER, donner légèrement, témérairement :
Et n'abandonner pas aux rapports qu'on vient faire
Une indiscrète foi. {Imit., m, 45.)
— abandonner a, laisser à la liberté, au jugement de :
Ces règles n'ont aucune exception, et j'ai abandonné en ces rencontres le choix
fi ABANDONNER. — ABIMEft.
des caractères à l'imprimeur, pour se senir du grand ou du petit, selon qu'ils « sont le mieu\ accommodez avec les lettres qui les joignent. (Préf. de : J> Tkiàot de V. Corn., édit. de 168*.y
— abandonner s' a, suivi d'un infinitif, se laisser aller à:
La nature en fureur n'abandonne à tout faire. {Tue ei Bérénice, iv, 5.)
— abandonné de, privé de :
Qu'au milieu de toutes mes peines
Ce me soit un soulagement
D'être abandonne pleinement
De* consolations humaines. (Imii., m, lȔ.;
On trouve de même activement, abandonner de, priver de, cesser d'accorder :
Comme un navire en pleine mer, que les vents abandonnent de leur secours. (Mokt., £iwii, 11. 12. ) — Sera-l-ii dit qu'ils seront venus à notre unité y cher cher leurs véritables frères dans les véritables enfants de l'Église, pour être atmx- j donnés de leur secours? (Boss., Trm*. serm. sur CExali. de ta croix, II.)
ABATTEMENT, avec le pluriel :
Où la santé manque de cœur,
La maladie est impuissante.
Ses abattement*, ses douceurs,
Rendent fort peu d'hommes meilleurs. {Imit., i, 23.)
On trouve de même chez des prosateurs de nos jours :
Lord Byron chevauchait le long de ce rivage solitaire : quels étaient ses peitsers et ses chants, ses abattements et ses espérances? ( Chat., Lui. angl., 5* p.) Les affections légitimes..., comme toute chose en ce monde, ont leurs fatigues et leurs abattement*. (L. Vbuillot, Petite Philos.)
ABATTRE (S'), être abattu :
Si dessous sa valeur ce grand guerrier subat,
Je puis en faire cas, je puis l'aimer sans honte. [U Cid, n,4 i
ABATTU, bas :
Un homme dont les biens font toutes les vertus, Ne peut être estimé que des cœurs abattus. (Mél., îv, 1 ]
Pison a 1 urne simple et l'esprit abattu. (Otkon, u, 4.)
On peut même penser que la crainte de ces influences imaginaires, qui effraient encore présentement les astrologues et les esprits foibles, est une espèce d'adoration qu'une imagination abattue rend à l'idée de grandeur, et qui représente les corps célestes. (Malebr., Rech. delà vérité, vu.)
ABIMER dans, au propre et au figuré, plonger dans :
Tu n'as frappé mes yeux d'un moment de clarté
Que pour les abîmer dans plus d'obscurité. [Uor., M, 1'
AfilMER. — AHJEÎ. 15
• Dans l'état déplorable Où m'abîme du sort la haine impitoyable. (Perthar.t iv, 5.)
Olez-lui Rodelinde , et c'est assez pour moi, Faites qu'elle aime ailleurs, et punissez son crime, Par ce désespoir même où son change m'abîme. {Ibid., n, 1.)
Banni dans les enfers, il y veut abîmer Ceux dont sa place au ciel doit être la conquête.
[OEuv.div., Louange delà Vierge.) Le spectateur peut concevoir avec facilité que si un roi, pour trop s'abandonner à l'ambition, à l'amour, à la haino. à la vengeance, tombe dans un malheur si grand qu'il lui fait pitié , à plus forte raison , lui qui n'est qu'un homme du commun, doit tenir la bride à de telles passions, de peur qu'elles ne Y abîment dans un pareil malheur. {Deux. Dite.)
On a dit comme Cçraeille :
Une secrète jalousie, dont je ne pouvais me rendre le maître, dévorait mon âme et m'abîmait dans la tristesse. (M** Dauln., Warw., ni.)
On trouve de même, abîmer en :
Ton courroux, qui m'abîme en des lieux ténébreux.
Ne présente à mes sens que des objets affreux. (Racan, Pt. lxxxvii.)
— abîmer dans l'esclavage, comme on dit abîmé dans le luxe, dans la débauche, dans les pleurs, etc. :
Tandis qu'en C esclavage un autre hymen Y abîme. (Sert., i, 3.)
Expression créée qu'il faut louer Corneille d'avoir su trouver, et blâmer Voltaire d'avoir critiquée.
ABJET, pour abject :
Un aveu si public qu'en feroit ma colère,
Enfleroit trop l'orgueil de ton àme légère.
Et me convaincroit trop de ce désir abjei
Qui me fait soupirer pour un indigne objet. [Mél.t u, 3.)
Ma bouillante fureur ne cherche qu'un objet ,
Vas, tu l'attirerois sur un sang trop abjet. {Gai. du Pal., iv, 4.)
Et dans les plus bas rangs les noms les plus objets
Ont voulu s'ennoblir par de si hauts projets. (Cm., iv, 3.)
Et ne prendra jamais un cœur assez abjet
Pour se laisser réduire à l'hymen d'un sujet. {Nicom., i, 1.)
Dis tout, Araspe, dis que le nom de sujet
Réduit toute leur gloire en un rang trop abjet. {Ibid., u, 1.)
Et vit en Gundebert un cœur assez abjet
Pour ne mériter pas son frère pour sujet. [Perthar., i, 1.)
En Peree il n'est point de sujets,
Ce ne sont qu'esclaves objets. (Agés., u, 1.)
Je me suis ravalé jusqu'au rang d'un coupable,
Jusqu'à l'ordre le plus abjet. {imit., m, 13.)
Corneille, en écrivant abjet pour abject, et le taisant rimer avec
16 ABJET. — ABOI.
objet, projet et sujet, employait une l'orme usitée de son temps, même dans la prose :
Le commencement des autres arts est bas et objet, aussi bien que leur exercice; celuy-cy est illustre, et commence par l'amitié. (Pemiot d'Abl. , trad. de Lucien, le Parasite.}
En poésie, les exemples sont très-nombreux ; nous nous contenterons d'en citer un :
Le malheureux cousleau d'un traistre. son sujet, De qui rien ne semblent plus vil ni plus objet, L'a dépouillé de vie en sa chambre royale. Presque devant les yeux de sa garde loyale.
(J. Bert., Compl. ou Disc, fun.)
On disait de même infet ou in fait, pour infect :
Par ne sçay quel malheur, sortit d'un buisson vert,
Contre le pied de celle à qui je fay service.
Pour la blesser à mort de son venin in fait ;
Et lors je m'escriay, pensant qu'il nous eust fait,
Moy un second Orphée, et elle une Eurydice. (Bons., Amours, i, lxxvii.)
ABOI. Corneille offre plusieurs emplois figurés très-remarquables de ce terme au pluriel.
Ah ! ce cruel discours me réduit aux abois. [Place Boy., m, 6.)
L'hymen (ah ! ce mot seul me réduit aux aboi*'. )
D'un amant odieux me va soumettre aux lois. (lbid.% iv, 6 )
Ah, quel âpre tourment! Quels douloureux abois!
Et que je sens de morts sans mourir une fois ! . [lied., v, A)
Envers nos citoyens je sais quelle est ma faute.
Et leur rendrai bientôt tout ce que je leur ôte :
Mais pardonne aux abois d'une vieille amitié
Qui ne peut expirer sans me faire pitié. (Ciii., m, 2.)
Et je m'en souviendrois jusqu'aux dernhrs abois, (Théod., i, î.)
A ce dernier moment la conscience presse;
Pour rendre compte aux dieux tout respect humain cesse;
Et ces esprits légers, approchant des abois,
Pourroient bien se dédire une seconde fois. (Nieom., iv, 2 )
Tous ces mourants, Madame, à qui déjà la pesie
Ne laissoit qu'un soupir, un seul moment de reste,
En cet heureux moment rappelés des abois,
Rendent grâces au ciel dune commune voix. (Glfc'c/., v, 3.)
Unissons ma \ engeance à votre politique,
Pour sauver des abois toute la république. * (Sert., î, 3 )
De sa haine aux abois la Ik-rlé >e redouble. (Sop/ton., v, ".)
Corneille dit aussi mettre aiw abois, en parlant d'un ennemi terrasse :
Au lieu m«*mi\ au temps mémo, attaqué seul par trois,
J'en laissai deux sans vie, et nus l'autre uux ubois. [OEd , i, 0 )