‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 610 sur 743 · SENSE. — SENTIR · texte numérisé non relu

SENSE. — SENTIR

— Corneille emploie encore semer au figuré pour signifier

Ire à profusion :

Qu'elle a fait un beau choix ! jamais éclat pareil

He sema dans la nuit tes clartés du soleil. (Jférf., n, 4.}

SENSÉ, qui a du sens, précédé de l'adverbe bien :

Apprends que les discours des filles bien senties

Découvrent rarement le fond de leurs pensées. {Mél., ni, 4.)

Sente, jusqu'à la fin du dix-septième siècle, se trouve souvent fcbsi employé avec bien, ou mieux, le mieux :

Sa réputation étoit plutôt l'effet d'une ferveur et d'une inclination indiscrète de gens que d'un consentement de personnes savantes et bien sensées. (Malib, Rech. de la vérité, m.) — Cette importante difficulté de la justification, laquelle leurs premiers auteurs ont fait leur fort, n'est plus à présent consicomme capitale par les personnes les mieux sensées qu'ils aient entre eux. , Expos, de la Doctr. de C Église, vu.)

SENTIMENT, parler de son sentiment, parler d'après, suivant son sentiment :

Vous me connoissez mal pour m'aimer de la sorte,

Et vous en parlez moins de votre sentiment,

Qu'à dessein de railler par divertissement. {Vil lus. corn., ni, 7.

SENTIR, entendre :

C'étoit fait de ma vie, ils me tratnoient à l'eau,

Mais sentant du secours ils ont craint pour leur peau.

Et jouant des talons tous deux en gens habiles,

Ils m'ont fait trébucher sur un monceau de tuiles. {Suite du Ment., iv, 7.)

On retrouve très-loin dans l'ancienne langue sentir, employé comme l'italien sentire, dans le sens d'entendre, de connaître, et même de voir :

Sentant la rumeur que l'en faisoit pour la fuite de son père, dont elle estoit fort dolente, et doublant la fureur du peuple, se vint getter aux piez de Hetor. {Le Roman de Troilus.) — Et se pourpensa en son cueur, avecques divers argumens, essaier s'il en porroit sentir quelque chose quant temps et lieu seroit. {Ibid.) — Et eux, sentons que le roy et son ost approchoient d'eux, ils levèrent leur jiege assez hastivement. (Juv. dks Urs.( Hisi. de Charles VI, 1383.) — Ainsi donc qu'elle le sentit monter les degrez, elle pria le premier de se cacher en la ruelle du lict, jusques à ce que ce second s'en fust allé. ;H. Estibnnb, Traité préparatoire 4 r Apologie pour Hérodote, c. xv.)

Mais ayant beu vingt fois d'autant

Nul de vous n'est jamais content.

Semant vuider son gobelet. (Id., ibid., c. xx.)

Quand Pompeius sentit Cœsar approcher, il n'oza demeurer en la ville. (Amtôt, fies, Cicero.) — Et iuy-mesme y passa aussi, puis après, quand il sentit que Cœsar estoit arrivé. (Id., ibid., J. Cœsar.) — Il y avoit deux chiens qui ne ces-

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