SEMER
En parlant de la renommée :
Là nous n'avons rien su que de la renommée.
Qui par un bruit confus diversement ternit,
N'a porté jusqu'à nous ces grands renversements
Que sous l'obscurité de cent déguisements. [Rodog., 1. 1.
Cette image ne plaisait pas à Voltaire qui la critique ainsi : « H ne faudrait pas imiter cette phrase, quoique l'idée soit intelligible. On ne dit pas, semer la renommée, comme on dit, dans le discours familier, semer un bruit. La renommée diversement semée par un bruit; cela p'est pas français. La raison en est qu'un bruit ne sème pas, et que toute métaphore doit être d'une extrême justesse. »
Palissot lui répond justement :
€ Semer se dit très-bien et très-poétiquement pour répandre; or la renommée se répand comme le bruit, flacine ne balance pas à dire dans Phèdre :
Qu'à bon droit votre gloire en tous lieux est ternie !
ce qui est beaucoup plus hardi. Mais pourquoi ne pourrait—on pas semer la gloire, si l'on peut en faire des moissons? Boileau n'a-t-il pas dit :
« Que de moissons de gloire en courant amassées t »
Un poète très-distingué, quoique peu connu aujourd'hui, du commencement du dix-septième siècle, avait dit avant Corneille :
Mon âme s'en alloit tristement abattue Sous le pesant fardeau de cent soucis divers, Et la nécessité, qui la ronge et la tue, L'éloignoit pour jamais de la source des vers : Mais le bruit glorieux que fait ta renommée, De climat en climat superbement semée, M'empêcha d'écouter ces lâches passions.
(Adam Billaut, Ode à Monseigneur le cardinal de Bickelu*.)
L'adjectif publique^ accompagné de l'adverbe partout, rend ici l'expression redondante et vicieuse.
— semer la haine, pour signifier faire naître la haine dans tous les cœurs :
J'ai ma part comme un autre à la haine publique
Qu'aime à semer partout son orgueil tyrannique. {Au., u, 6)
— ne semer qu'épouvante et qu'horreur :
Et comme il n'a semé qu'épouvante et qu horreur,
Il n'en recueille enfin que trouble et que terreur. {UéracL, i, 1 )
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