SENTIR
— sentir son abandon, en parlant de poésie, avoir un air négligé :
Cela sent un peu trop son abandon, messéant à tonte sorte de poème, et particulièrement aux dramatiques, qui ont toujours été les plus réguliers. [La Veuve, An lecteur.)
— sentir sa fin de comédie, avoir l'air d'être amené exprès pour finir la comédie :
Outre l'âge, en tous deux un peu trop refroidie,
Cela sentirait trop sa fin de comédie. (La Gai. du Pal., v, 8.)
— se sentir, suivi d'un verbe actif, avec le sens passif:
Sa vue accroît l'ardeur dont je me sens brûler. (Le Ment., u, 4.)
Elles virent ma fille, et leurs regards à peine ,
Rencontrèrent les siens sur cette humide plaine.
Que par des traits plus forts se sentant effacer,
Éblouis et confus je les vis s'abaisser. (Androm., i, 1.)
Mais il manque le comble à cet excès de joie,
Dont vous vous sentiriez encor bien mieux saisir, '
Si vous voyiez qu'Érixe en eût du déplaisir. (Sophon., n, 5.)
Par d'inquiétants transports me sentant émouvoir;
J'en connus le sujet, quand j'osai vous revoir. (Pois, div.. Élégie.)
Ce gallicisme, encore usité, Tétait beaucoup plus autrefois, que sentir fût employé d'une manière active ou réfléchie :
Je crois que le tyran qui d'éternelles fiâmes Donne le chastiment ordonné pour les âmes, Quand je serois esclave au fonds de ses enfers, S'il savoit le sujet de mon impatience, Sentiroit, me voyant, blesser sa conscience, S'il ne me permettait de sortir de mes fers.
(Thboph., Sonnet pour une amante captive.) 0 double desespoir dont je me sens poursuivre, Ne pouvant espérer de mourir ny de vivre I
(Schelandre, Tyr et Sidon, 2* journ.. iv, 3.)
Nous devons travailler sans cesse à nous conserver cette joie qui modère noire crainte, et à conserver cette crainte qui conserve notre joie, et selon qu'on se sent trop emporter vers l'une se pencher vers l'autre pour demeurer debout. (Pascal, Lett., vi, à M1" Roannex.)
Ah! je me sens saisir d'horreur! (Qdin., Phaél., î, 8.)
Mon cœur tremble, soupire et se sent déchirer. (Id., ibid., n, 4.)
Il sent soudain frapper et son cœur et ses yeux Par l'objet le plus agréable, Le plus doux et le plus aimable Qu'il eût jamais vu sous les cieux.
(Perrault, Contes en vers, Griselidis.)
L'empereur se sent émouvoir par l'émotion des.autres. (MM de Villkd., Annales
galantes, n.) — Aussi je vous avoue que je sens déchirer mes entrailles quand on
m SÉPARER.
yiaot m'annoncer que quelques malades dans une paroisse sont morts sais secours par la faute et la négligence du curé. (Mass., Disc, synod. , xix.)
Mon cœur se sent flouer de l'espoir le plus doux.
(Dancukt, Les Fête» vénitiennes, 3* entrée, se. it.J
A ce hardi discours aucun n'osait répondre;
Par des traits trop puissants ils se semaient confondre.
(Volt., La Henriade, ?i,l
De ses plaintifs accents je me sens attendrir. (Id., Le Triumv , 11, 4.; Je me sens agiter. (F a vaut, La Rosière de Saleneet u, 6.)
Le même gallicisme se produit avec d'autres verbes; par exemple ,
Avec laisser :
Dieu ayant fait un certain genre de créatures, les laisse se gouverner ellesmêmes sans s'en mêler; on pourrait dire encore que les ayant créées, il les laisse se conserver; et qu'ayant fait la matière, il la laisse mouvoir et arranger au gré de quelque autre. (Boss., Du libre arbitre, c. m.) — J'y puis trouver le même désir de gloire que dans le plus grand des Romains, mais des moyens plus équitables pour l'acquérir. J'y vois la rapidité des conquêtes de l'un et de l'antre, mais beaucoup plus de modération pour les laisser borner par la justice. (Hun, Disc, de récept. à CAcad.)
Avec mener :
On te mène égorger, innocente victime. (Tristan, Mariamm, rv, 4.;
Ahl s'écria la bûcheronne, pourrois-tu bien toi-même mener perdre teseafants? (Perrault, Contes, Le Petit-Poucet.)
Dans tous ces différents exemples, la signification passive est incontestablement au fond de la pensée, bien que l'expression soit active. (Lire l'article VOIR.)
SÉPARER, v. a. séparer de soi, avec un nom de pers., éloigner de soi, laisser aller loin de soi :
Joignez à ces raisons qu'un père un peu sur l'âge,
Dont ma seule présence adoucit le veuvage,
Ne saurait se résoudre à séparer de lui
De ses débiles ans l'espérance et l'appui. (Méd.t u,6.)
— séparer de, faire une distinction entre :
Ma haine avoit le choix ; mais cette haine enfin
Sépare son vainqueur d'avec son assassin. {?omp., iv, 4.)
On a dit après Corneille, et probablement à son imitation :
Elle sait qu'en ces lieux on vous voit chaque jour Auprès de Genseric presser notre retour ; Et, séparant en vous l'innocence du crime. Loin de vous mépriser, prince, elle vous estime.
(M« DiSBea», Gemser.. i, 3.;
SEPULTURE. 3f*
Séparant Genseric de ce qui l'environne,
Il ne s'est attaché qu'à ma seule personne. (Id., ibid., u, 3j
Je ne puis que gémir des abus du pouvoir,
Vous séparer d un père, et remplir mon devoir. (J. Chin., Tib., iv, 3.)
— ne pas séparer son estime, ne pas la partager :
Ainsi Rome n'a point séparé son estime ;
Elle eût cru faire ailleurs un choix illégitime. {H or., u, 1.)
— séparer a, partager entre :
Cette duplicité d'action particulière ne rompt point l'unité de la principale, mais elle gêne un peu l'attention de l'auditeur, qui ne sait à laquelle s'attacher, et qui se trouve obligé de séparer aux deux ce qu'il est accoutumé de donner à une. (Exam. du Ment.)
— séparé, part, passé ou adjectif, distinct, différent, à part :
La nature et l'amour ont leurs droits séparés. (Rod., îv, 3.)
Une dame auteur, contemporaine de Corneille, a dit comme le grand tragique, qu'elle imite souvent en prose et en vers :
La Fortune et l'Amour ont leurs droits séparés : Où l'une veut régner, il faut que l'autre cède.
(M"' de Villeo., CEuv. mél.} Églog.)
Excellente expression- qu'on s'étonne de trouver à peine indiquée dans les dictionnaires ordinaires, quand elle a été employée de tant de manières heureuses, par un si grand nombre d'écrivains très-corrects et, très-élégants, même après le dix-septième siècle :
Combien que nous soyons bien asseurez que vous estes assez advisez pour juger que c'en est chose toute séparée. (Lett. miss, de Henri IV% t. m, p. 818, 12 juillet 1593.) — Ce sont deux questions fort séparées. (Pasc, Prov. xn.) — Tombant incessamment sur les uns ou sur les autres de ces barbares qui avoient leurs intérêts séparés , il les défit entièrement. (Flbch., Théod., i, ix.) — Il faut donc avoir dans l'esprit que les autres sciences ont leur temps séparé, et qu'il est permis de les quitter quand on en a appris autant qu'il nous étoit nécessaire. (Nie, Ess.t De la man. d'étud. chrétiennement, xxji.) — Nous regardons ceux qui la possèdent (la qualité de roi) presque comme s'ils faisoient une espèce séparée. (Rapport à l'assemblée du clergé de 1682, 1" part.) — Certaines vérités détachées et certains devoirs séparés. (Dogcet, Instti. d'un Prince, 3* p., c. ix, art. 7.) — Ce sont en lui comme deux âmes qui ne se connoissent point, qui ne dépendent point l'une de l'autre, qui ont chacune leur tour ou leurs fonctions tontes séparées. (La Bruyère, Car., xu.) — Ces trois chauves-souris, étant de différents climats, ne sont pas de simples variétés, mais des espèce» distinctes et séparées. (Bupf., Hist. nai., t. xxvu, La Chauve-Souris Fer-de-lance.)
SÉPULTURE, jusqu'à la sépulture, jusqu'au tombeau , jusqu'à la mort :
Vivez, régnez, seigneur, jusqu'à la sépulture.
Et laissez faire après, ou Rome, ou la nature. {Nicom., u, 3.)