‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 613 sur 743 · SERVIR. — SI · texte numérisé non relu

SERVIR. — SI

Un contemporain de Corneille a dit d'une manière analogue

en la sépulture, pour dans le tombeau.

Je ne prétends plus de bien

Ailleurs qu'en la sépulture. (Mathabo, Oit.)

SERVIR d'un amusement a quelqu'un, n'être pour lui qu'uo amusement :

Si dans votre prison ' vous avex fait l'amant,

Je ne vous y tervois que d'un amusement. (Suite dm Ment., v, 3.)

—servir un mauvais COMPLIMENT, faire un mauvais compliment:

La voyant échapper, je courois après elle,

Mais un maudit galant m'est venu brusquement

Servir à la traverse un mauvais compliment. (La 1*1. Roy., ivt 4.

— servir quelqu'un d'un conte, lui faire un conte :

Je le sers aussitôt d'un conu imaginaire

Qui l'étonné lui-même, et le force à se taire. (Le Menu, i,6.)

On a dit dans des sens analogues :

Pucele, fait-il , est-ce songes?

Or me serves vos de mençonges?

(Rkn. db Bbaujeu, Li Biaus desconneue, v. 4685.) Voilà bien de misérables petites nouvelles, mais je vous sers de ce que j'ai. (M00 di Coorc, Leu. xv.) — J'ai donc cru enfin que les digressions feroient plu de bien à cet ouvrage que de tort, et que le lecteur qui se verrait toujours servi de quelque trait d'histoire curieuse ou de quelque réflexion de bon goût (•*■ publici saporis)% ne regretterait pas d'avoir perdu de vue la comète de temps ei temps. (Baylb, Leu. touchant les comètes, Avert. au lect.)

— servir de, pour signifier faire le conte de :

Non, sa parole est sûre, et vous pouves l'en croire,

Mais il nous servit hier d'une collation

Qui partoit d'un esprit de grande invention. (Le Menu, v, 1.)

— servir quelqu'un a (un infinitif), pour signifier l'aider à :

Le patrice Aspar le servit à monter au trône. (Puleh., Au lect.)

— servir d'un trophée a, être comme un trophée pour :

Dans leur sang répaudu la justice étouffée

Aux crimes du vainqueur sert d'un nouveau trophée. (Le Cad, iv, 5.)

— servir de preuve a (un subst.) que, prouver à... que :

Et ce choix sert de preuve à tous les courtisans

Qu'ils savent mal payer les services présents. (Le Cid.t i, S.)

SI, avec le conditionnel :

Que te sert de percer les plus secrets abîmes

Où se cache à nos sens l'immense Trinité,

Si ton intérieur, manque d'humilité,

Ne lui sauroit offrir d'agréables victimes? (/arii., î, 1.)

On peut regarder le conditionnel, dans cette phrase, comme amené par une ellipse, de même, à peu près, que dans cette autre d'un écrivain très-correct :

Quoique eejie soit pas un ouvrage sans défaut, et que les senlimens de cet Mteor (Duplessis) n'aient pas toujours été suivis, il est cependant utile de le lire de suite, pour apprendre à traiter les questions avec cette clarté qui en fait le principal mérite : et si l'on y désireroit plus de solidité et de profondeur, on peut profiter beaucoup en le lisant, au moins par rapport à la méthode et à la

nière de discuter les principes du droit coutumier. (D'Aguksseau , Instruction

' iémàe et tes exercices propres à former un magistrat.)

— si, elliptique :

Vous m'aimez, je l'ai su de votre propre bouche,

Je l'ai su de Dorante, et votre amour me touche,

Si trop peu pour vous rendre un amour tout pareil,

Assez pour vous donner un fidèle conseil. (Suite du Ment., v, 5.)

Cette ellipse, très-heureuse, se rencontre chez des auteurs de tout genre :

Ils ne sont appelez, par blâmes différons. Si paisibles, couards, ji justiciers, tyrans.

(Schelandre, Tyr et Sidon, 1" journ., 1,2.)

M. le prince avoit convié plusieurs gentilshommes à son ballet, mais ils s'en «■calèrent, si par faute d'argent , ou pour autres considérations, c'est à vous à ls> dernier. (Malh., Lett.t à Peiresc, 13 fév. 1615.)— Je ne puis dire asseurément 1 je parti ray d'icy, si dans un mois, dans deux, ou dans trois. (Voiture, l, xxv.) — Sera le marchand vendeur tenu déclarer à l'acheteur la qualité de son vin, si de Bourgogne, si vin francois. {Ordonn. de Louis X/F, concernant la jmrispr. des priv. des march., c. vin, art. 13.)

La forme elliptique est encore remarquable dans ces phrases de Corneille :

Je laisse au jugement de mes auditeurs, si je me suis assez bien acquitté de ce devoir, pour justifier par là ces deux scènes. {Examen du CM.)

Et je remets, madame, au jugement de tous

Si qui donne à vos gens est sans amour pour vous,

Et ji ce traitement marque une âme commune. {Le Ment*, îv, 8.)

C'est-à-dire, à décider si. C'est un latinisme. Rien de si fréquent , en latin , que de sous-entendre une proposition tout entière devant si.

— si, particule affirmative, dans le sens de néanmoins, cependant :

Quoi ! tu veux te sauver à l'autre bord sans moi ?

Si faut-il qu'à ton cou je passe malgré toi. (Mél.f iv,6.)

Cette signification, si fréquente chez nos vieux auteurs, était

encore, au dix-septième siècle, du meilleur style, témoin cette remarque de Vaugelas :

« Si, pour si est-ce que.

« C'est une façon de parler fort bonne et fort élégante. M. de Malherbe, attf si diray-je en postant, pour dire, si est-ce que je dkray eu passant. »

Témoin surtout les nombreux emplois qu'on en trouve dans les écrivains de tout genre, poètes ou prosateurs :

Mes maux envenimez gagnent par tout mon corps,

Et, malgré mes efforts, Aux remèdes humains se rendent invincibles ; Et #t tous ces malheurs dont je suis menacé

Ne me sont point sensibles Comme le déplaisir de t'avoir offensé. (Racan, Pe.t xxxvu.)

Mon roy voit ses villes désertes, Ses plaines d'escadrons couvertes ; La violence a tout permis, On ne voit que fer et que flàme.

Et «'il n'a point tant d'ennemis

Comme j'en porte dans mon âme. (Id., Ode.)

Je n'avois pas quinze ans lorsque je pris les armes, Lorsque j'allai chercher la mort dans les alarmes, fet « dès ce temps-là mon bras par mille exploits Domptoit les nations, et soumettoit les rois. (Tristan, Mariamme, i,S.) Je suis las d'écrire, mais si vous dirai-je encore que... (Malh., Lett., à Petresc, 19 mai 1610.) — Quelque élevés qu'ils soient, si sont-ils unis au moindre des hommes par quelque endroit. (Pascal, Pens., éd. Louand., ch. vin.) — Vous avez beau faire; si faut-il ou croire, ou nier, ou douter. (Id., ihd., ch. xxv, xLvui.) — Non, non, que ces femmes infidèles et que ces hommes corrompus se couvrent, s'ils peuvent, de toutes les ombres de la nuit, et enveloppent leurs actions deshonnéles dans l'obscurité d'une intrigue impénétrable ; si faut-il que Dieu les découvre un jour et qu'ils boivent la confusion, car ils en sont dignes. (Boss., Deux. serm. pour le prem. dim. de CAvent, i.)— Si faut-il bien pourtant trouver quelque moyen, quelque invention, quelque ruse, pour attraper notre brutal. (Mol., Le Sicilien, v.) — J'ai déjà eu querelle avec notre président, et si, il n'y a que trois jours que je suis reçu. (Dancodrt. Le Retour des officiers, se. ii.) — Je n'ai encore vu personne qui ne soit charmé de votre instruction, et si j'en ai ouï parler à bien des gens. (MB* de Ma intenon , Leu., au cardinal de Noailles, 2 déc. 1697.)

Et encore dans la seconde moitié du dix-huitième siècle :

Les expressions sont toujours plus recherchées et les oreilles plus scrupuleuses dans les pays plus corrompus. S'aperçoit-on que les entretiens de la balle échauffent beaucoup la jeunesse qui les écoute? Si font bien les discrets propos du théâtre, et il vaudrait mieux qu'une jeune fille vît cent parades qu'une seule représentation de l'Oracle. (J.-J. Rousseau, Lett. à cTÂUmberi sur Us spectacles.)

Ce sens est encore indiqué par la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie comme vieilli.

— si peu que, employé comme le peu que :

Si peu que j'ai d'espoir ne luit qu'avec contrainte. (Pol.% ni, 1.)

■ement que la lnne était jà fort basse, et qu'encore si peu de clarté qu'elle rendoit étoit offusquée de tant d'armes et de tant d'hommes qui alloient et renoient. (Amtot, Vies, Nicias.) — Deussé-je perdre si peu que j'ay vaillant en ce nuMM&e, il ne tiendra pas à moi que... (Toubnebu, Les Contetu, i, 5.) — Nous avions battu leurs deffenses et dressé nostre batterie si prés de*leur fossé par dedans et dehors la ville avecq si peu que nous avions de pièces, que qpus les avions contraiocts ce jourd'buy de capituler avecq nous. (Leu. miss, et Henri IVt t. iv, p. 379, au Parlement de Paris, 17 juin 1595.) —Pour moy, si peu d'apetit que ma santé me donne, je l'employé assez sensiblement, et suis bien aise qu'on ne me presse point au repas. (Thkoph., Fragm. (fuM hisi. corn., c. v.) — Faites, monseigneur, au nom de Dieu, que le public vous ait l'obligation de si peu de fruit que mon travail Iny peut promettre, et, puis que vous m'avez laissé la vie, ne m'ostez point la liberté d'en user. (Id., Leu., à M'r le président de Belliévre.)— La superstition, sœur germaine de cette grande crédulité, l'y' plongera tout à fait, et lai ôtera si peu de jugement qui lui pouvoit rester. (Nacdé, Des Coups d'État, c. t.) — Depuis cet échec il n'y eut plus de chef assez puissant pour réparer ni pour étayer les ruines de ce grand bâtiment ; mais seulement divers petits commandans qui étoient le jouet des Barbares, et qui consumoient si peu qu'ils avoient de forces à se supplanter les uns les autres. (Mézbr., Âbr. de t'Hist. de France, ann. 455.)— Il manquoit déjà beaucoup de choses à son armée; premièrement de l'eau pour boire, les ennemis ayant empoisonné si peu qu'il y en avoit de bonne. (Id., Utid., ann. 1538.) — Le bon roy Louis XII l'avoit fait élever aux études dans le collège de Navarre, et bien qu'il n'y eût pris qu'une fort médiocre teinture de la langue latine, néanmoins si peu qu'il en sçavoil luy donnoit un grand goût des sciences. (Id., ibid.f ann. 1531.) — Outre que le desordre étoit dans ce grand corps faute de payement, la mort de Maximilian le Bossu qui le commandoit en chef, étant arrivée six semaines après, rompit si peu qu'il y avoit d'union entre les seigneurs du païs. (Id., ibid.t 1573.) — Tel estoit mon poëte, qui, ennemy de toutes les choses bonnes, crittquoit aveuglement si peu de bon eue je taisois paroistre en cette cour. (Dassouct, Avantures if Italie, c. xi. ) — On aaiéjoutt de ce qu'on pourra faire bonne chère en toute licence : plus de jeûnes, plus d'austérités » si peu de soin que nous avons peut-être apporté durant ce carême à réprimer le désordre de nos appétits, nous nous en relâcherons tout à fait. (Boss., Prem. serm. pour le jour de Pâques, i.J

— ou si, formule interrogative :

Justes cieux ! me trompé-je encore à l'apparence,

Ou si je vois enfin mon unique espérance? {Le Cid, m, 5.)

Avez-vous oublié que vous parlez à moi?

Ou si vous présumez être déjà mon roi? {Rodog., iv, 3.)

Vous en a-t-il prié? dites, ou si l'envie... (Of/i., u, 5.)

Tombé-je dans l'erreur, ou si j'en vais sortir? {Héracl., iv, 4.)

« Il faut, dit Voltaire, « ou bien vais-je en sortir? » Ce si s'employait autrefois par abus en sous-entendant, je demande, ou dis-moi, c si j'en vais sortir; » mais c'est une faute contre la langue : il n'y a qu'un cas où ce si est admis, c'est en interrogation : Si je parle? Si j'obéis ? Si je commets ce crime ? on sousentend, qu'arrivera-t-il? qu'en penserez-vous ? etc. Mais alors il ne» faut pas faire précéder ce si par une autre figure; il ne faut pas dire : « Parlé-je à un sage, » ou « si je parle à un courtisan?»

Page 1