‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 63 sur 743 · RETENIR L'ESPRIT DE QUELQU'UN EN BALANCE · texte numérisé non relu

RETENIR L'ESPRIT DE QUELQU'UN EN BALANCE

Voilà ce qui relient mon esprit en balance. [Sert., i, 2.)

BALANCER, v. act., tenir en suspens, faire hésiter :

Si l'on court au grand crime avec avidité, Il en faut réprimer l'impétuosité,

84 BALANCER. — BANDOLIËR.

Avant que les esprits qu'un juste effroi balance

S'y puissent enhardir sur notre nonchalance. [Oth., v, i.)

— balancer entkk, tenir flottant entre :

Et quel choix voulez-vous qu'une chrétienne fasse,

Réduite à balancer sou esprit agité

Entre l'idolâtrie et l'impudicilé? (77/cW, m, 1.

Vous avez la mémoire trop bonne Pour avoir oublié que vous me fîtes roi,

Lorsqu'on balança ma couronne

Entre Léotycbide et moi. {Agés., ni, 1.)

— être balancé, être entraîné en sens divers, être tenu en suspens .

Mais à ce peu de mots je crois que sa pensée

Entre vos deux amants n'est pas fort balancée. \U Cid, i, 1 )

Et je sens tout mon cœur balancé nuit et jour Entre l'orgueil du diadème

Et les doux espoirs de l'amour. [Agé*., m, 4 ;

Celui qui est balancé par des opinions probables opposées, voit de part et d'autre des raisons considérables qu'il peut suivre. (Nicole, Ùécal., 1" comm., 8e instr., sect. 2, c. v.)

BÀLUSTRE, pour désigner les galeries du théâtre, ou plutôt les personnes qui les occupent :

Ma veine qui charmoit alors tant de baluttre*,

N'est plus qu'un vieux torrent qu'ont tari douze lustres.

{Au Roi, *ur$on retour de Flandn )

BANDE, compagnie, société :

A force de tarder tu m'as mise en souci ;

Il est temps, et Daphnis par un page me mande

Que, pour faire servir, on n'attend que ma bande. {Gai. du VaU% i. 11 .)

Cette expression est donnée, dans une comédie satirique de la seconde moitié du dix-septième siècle, comme étant du stylf précieux : '

A propos d'Oriane, elle dtne chez vous:

J'y dîne aussi, ma chère, et je suis de la boude.

(Boursault, Le Portr. du Peint» e, se. in)

Bande se trouve encore employé de diverses manières particulières pour compagnie, troupe, comme dans cet exemple :

Il me demanda en grâce de lui faire entendre ma bande de violon*, qui était fort bonne. (Mlle de Montpëns., Mém., 1651.)

BANDOLIËR, le même que bandoulier :

On a vu des Césars, et môme des plus braves,

Qui sortoient d'artisans, de bandoliers, d'esclaves. ' (lui 'a. iv, 3.)

BANNIR, pour signifier faire quitter la compagnie :

Ma maltresse vous souffre, et l'ingrate me fait ;

Quelque goût qu'elle prenne en votre compagnie,

Sitôt que j'ai para, mon abord l'a bannie. {Villas, corn., n, 7.)

BANQUEROUTE, faire banqueroute a, est employé par Corneille d'une manière que Voltaire parait avoir justement blâmée :

Je fais banqueroute à ce fatras de lois. {Le Ment., i, l.)

« On disait alors, observe l'illustre commentateur, faire banqueroute, pour abandonner, renoncer, quitter, se détacher, mais mal h propos ; banqueroute était impropre, même en ce temps-là, dans l'occasion où l'auteur remploie. Dorante ne fait pas banqueroute aux lois, puisque son père consent qu'il renonce à cette profession. »

BARRE, barrière:

Le Bourguignon d'ailleurs sépare leurs provinces.

Et servirait pour nous de barre à ces deux princes. {Attila, iv, 4.j

BAS. in oeil bas, un œil baissé à terre :

A leurs noms, un grand froid, un front triste, un ceil bas,

M'ont fait voir aussitôt qu'ils ne lui plaisaient pat. {Oth., i, 3.)

— mettre bas, fig., dépouiller :

Malgré notre surprise et mon insuffisance, Je vous obéirai, seigneur, sans complaisance, Et mets bas le respect qui pourrait m'empécher

De combattre un avis où vous semblez pencher. (Cm., u. 1.)

Croyez-moi, mettez bas l'artifice. [Oth., n, 5.)

— mettre bas la fierté, fig., dépouiller la fierté :

Et j'avouerai, seigneur, que pour mon hyménée

Je crois tenir un peu de Rome où je suis née.

Je ne demande point la pleine liberté,

Puisquelle en a mis bas l'intrépide fierté. [Oth., m, 3.)

— Emploi elliptique remarquable de la même locution :

dorante. Je serai cependant aveugle en mon bonheur.

Et d'un si grand bienfait j'ignorerai la source? cliton à Dorante. Curiosité bas, prenons toujours la bourse. {Suite du Ment., i, 2.)

— bas, adv., pourd bas :

El je n'aspirerais au bonheur de vous plaire

Qu'après avoir mis bas un si grand adversaire. {l'omp. , iv, 3.)

La tyrannie est bas, et le sort a changé. {IbiU., u, 3.)

Unissons-nous ensemble, et le tyran est bas. [Sertor., m, 2.)

Elle fera volontiers ce qu'elle pourra pour advancer l'œuvre. ( Leti. miss, de Henri IV, 9 ocl. 1591. 1. in, p. 838.' — Je sçais, madame, combien vous aves apporté de voslre prudence et dextérité accoustumée, pour advancer lediet traité. [Ibid.% à la reine douairière, t. iv, p. 31G.)— EnGn, après n'avoir rien oublié detoutce qui se peut essayer, ce que l'on avança fut que. trois ans devant qu'il mourût, ses tourments, avec quelque diminution bien légère, aboutirent à une débilité de toutes les parties de son corps. Malh.. Lut., à la princ. de Conti, 29 mars lf>14.) — Assiége-l-il quelque place, il invente tous les jours de nouveaux moyens d'en avancer la conquête. (Boss., (frais, f un. de fondé.)— Son indiscrétion, qui de\ oit ruiner l'entreprise, Y avança plus que toute la circonspection du marquis deBedmar. .St-RÊAL, Conj. contre Venise.' — Tout ce qui pouvoit avancer les intérêts de !a religion de\enoit un intérêt d'Etat pour lui. (Mass., Orah. fun. de Louis XIV, n.) — Uui eut jamais plus d'ardeur et de passion de maintenir ou d'avancer sa créance, et de détruire toutes les autres? ;Fléch., Scrm. pour la J'étc de la Conv. de S. Paul, h.)— Jo vous supplie dune de\ouloirarnHccr ce projet. ,Boss., Uti., à M. Dirois. 17 nov. 167*2.) — 11 saura bien avancer son œuvre et tirer sa gloire de toutes choses, par les moyens qu'il sait. ;ld., ibid., à M. de Mouchy, 1er fà\. 1658.' —On \outut donc fermer les yeux à tout autre raisonnement qu'à celui d'avancer nous-mêmes le renversement d'un trône qui nous a voit coûté tant de sang et d'argent à maintenir. (Sl-Sm., ,1/lm., t. vu, c 25.} — Le cardinal rt'solui des lors de se venger de lui, et balancer le dessein de l'arrêter. ;La Ruchef., Mèm. , Prison des Princes/, — La reine pré\oyoil sans doute les malheurs qui menaçoient l'Etat; mais elle ne pou\oit s'affliger de ce qui pou \ oit avança le retour du •.arûinal. .ld.t ibtd.t Retour des Princes à Paris.) — L'effet principal de l'ambition, c\>t de nous faire penser nuit et jour à notre fortune, et trouver licite et honnête tout ce qui avance notre éle\ation. (Boss., nr* Serin, pour le jour de /'<!»/., \.) — Les giands du royaume, qui prétendoient quelque part an gou\eineiitent de l'Etat et à la confiance du prince, virent qu'ils n'avoieiit pas beaucoup avance de s'être défaits de Ferdinand. (Fléch., Mit. de \imcn., m.

— D'une manière analogue, avec le pronom personnel :

Mais pour \oir ces effets allons trouver le frère ;

Notre heur s'accorde mal aveeque sa misère,

Et ne peut ^avancer qu'en lui disant le sien. (La Veuve, v, 2.

— Et dans un sens approchant, avec un nom de personne :

Mais, puisqu'aiiisi le ciel rejoint ces deux amants

Et que tout se dispose a \ os contentements,

Pour m'avance r aux miens, oserois-je. madame,

Offiir à tant d'appas un cœur qui n'est que flamme? (Ibtd.t v, 6.}

— 11 est de ces emplois de avancer, comme le suivant, dans la signification de causer, où , sans une grande attention, ou prendrait aisément la pensée à contre-sens :

Par cette extrémité \ous avancez ma mort. iCa/., h. 8.)

— avancer v>iehji*in chez, avec un nom de chose pour sujet, dans le sens de taire faire des progrès dans le cœur de :

<> n'est pas contie lui qu'il faut en ma présence

Lâcher les traits jaloux do ^otre médisance :

Adieu, sou\euei-\ous que ces mots insensés

L'«tr«itfe ro«i ctes moi pins que vous ne pensez. ( U4L, il, *•)

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