‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 717 sur 743 · FEINDRE. — FOL · texte numérisé non relu

FEINDRE. — FOL

FEINDRE (se) comme feindre, par imitation de la proposition infinit ive des Latins.

Ajouter cet exemple du quatorzième riècte :

II se faingny estre malade. (Le Livre du Chevalier de La Tour, ch. lu.)

FOL, subst. ou adj. masc, employé devant un mot commençant par une consonne :

Fol, je présume ainsi rappeler l'inhumaine,

Qui ne veut pas avoir de raisons à sa haine? (La Gai. du Pat., u, 8.)

Autrefois, et jusque vers la fin du dix~huitièiae siècle, fol, plus harmonieux que fou, s'employait aussi bien devant une consonne que devant une voyelle :

C'est le fol qui a commencé la danse. (Bbroaldb ob Vervijjle, Le Moyeu de parvenir, ch. 45.) — M. Rousseau a été amoureux fol de madame de La Live. (Bachaum. . Mém. secr., 17 janv. 1762, t. i, p. 22, note.) — Bien de plus fol que cette pièce. (Id., ibid., 3 juill. 1763, t. î, p. 242.) — C'est un projet fol d'éducation. (Id., ibid., 13 oct. 1764, t. n, p. 103.)

On disait aussi au pluriel masculin fols, devant une voyelle ou devant une consonne :

Je suis bien marry que ces messieurs de la court du Parlement ayeot encofe faict les /oh. (Lett. miss, de Henri /F, t. iv, p. 764, à mon compère le connestable de France, 16 mai 1597.) — Craignez-vous de passer pour Jol parmi des fols? (Mauckoix, Nouv. (Euv., Sai. d'Hor., u. 3.) — Nous accordons aux/ofc amateurs du siècle que ce qu'ils aiment est considérable. (Boss., Pan. de S. Bem., i.) — Ce que l'on peut regarder comme des fols malheureux s'ils perdent, et comme des fols heureux s'ils gagnent. (D'Aguess., Mém. sur lecomm. des actions, îv* art) — Je ne crois pas que personne méprise le public, mais chacun a la jactance de le dire, et cependant, sages ou fols en dépendent plus qu'ils ne le croient euxmêmes. (M>" db Créqui, Lett. inéd. à Senae de Meilhan, 6 sept. 1788.) — Depuis que je passe ma vie avec des fols, et que la léte me fend, je ne suis capable de rien, ni étoanée de rien. (Id., ibid., 11 mai 1789.)

Aujourd'hui, fol ne s'emploie plus qu'au singulier, et uniquement devant un mot commençant par une voyelle ou une h non aspirée.

FORCENEMENT. — FUNESTE. 434

FORCÈNEMENT, fureur forcenée.

Ajouter :

On a dit antérieurement, avec le pluriel, dans le sens de folies, d'extravagances forcenées :

Aux resveries des malades,

Aux songes vains, extravagans,

Aux jorctnemens des Monades. (Labiviy, Les Tromperies, 1,3.)

FORCER (se) de, se faire la violence de :

Ah! si vous vous forcez d'abandonner ces lieux,

Ne m'assassinez point de vos cruels adieu*. (ïïte et Bér.t v, 4.)

FOURNIR de , comme servir de , ou comme fournir activement. %

Nous avons établi combien cette locution employée par Corneille était d'un usage fréquent jusqu'à une époque très^vwcée du dix-septième siècle. Cependant Ménage l'a relevée comme une faute dans Malherbe, à propos de ces vers :

Soit qu'Amour le gardât en son heureux destin,

Ou que votre œil luisant lui fourrât de lumière. (Od., v.)

« Lui fournît de lumière, dit le critique, est mal parlé. On ne (lit pas, il lui fournit (Fargent, mais il lui fournit de l'argent. Ainsi devait-il dire, lui fournit de la lumière. La faute est sans excuse. »

Ménage, comme Vaugelas, censure souvent ainsi des manières de parler généralement usitées par les bons écrivains du temps. Nous sommes loin de défendre celle-ci, mais nous constatons qu'elle était consacrée par l'usage.

FUNESTE, funèbre.

On a dit, dans le même sens que Corneille :

Cache ton corps soubs un habit funeste,

Ton lit, margot, a perdisses chalans. (Maynard, Sommet.)

GARANNE. — GARDE.

3ARANNE, s. f., pour garenne :

C'est où Flore, et Pomone entretiennent Diane Qui se vient délasser dedans cette yaranne.

{Pois, dit;., Le Presbyt. d'Hénoov.)

Cette orthographe semble indiquer l'ancienne prononciation i mot. Il s'est écrit aussi garaine. Anciennement on disait enre garende :

Le cerf ne se mouvoit, tant se tenoit fier en sa garende. [Pcrceforest, vol. 6, 107, v*, col. 1.)

Toutes ces formes viennent de garer, ou garantir. Une garenne t un lieu de garde, de réserve pour les animaux, un lieu où ils >nt garantis de danger.

GARDE, dans le sens de sentinelle, paire garde , faire sentiîlle. — mettre garde, poser des gardes. .

Ajouter :

Ces locutions, où l'article est supprimé, étaient autrefois fort quelles, en prose comme en vers :

La pluspart du temps leurs boutiques sont fermées, estant obligés d'avoir les mes sur le dos et faire garde aux portes. (La Requeste à Nom Seign. duPwl., etc.. I juin 1652, Var. hist. et lit t., t. vu.) — S'il y avoit du bled au marché, il falloil mettre garde, à ce que le peuple ne s'entretuast pour en avoir. (M art. du BellY, Mém.j 1. vm, f* 276, V, éd. 1572.)— Les généraux, touchés de leurs larmes et 5 leurs plaintes, font retirer les soldats, et se contentent de laisser garde aux avaux. (D'Ablanc, Comment, de César, n, 1.)

— n'avoir garde de, avec un nom de chose pour sujet.

Ajouter :

Un contemporain de Corneille a dit de même, dans le sens 'être loin de :

Strasbourg est une ville à peu prés comme Orléans, mais qui na garde d'avoir . propreté de nos villes. (Pelliss., Lett. hist., 4 sept. 1673.)

On pourrait citer aussi des exemples du dix-huitième et du ix-neuvième siècle, où n'avoir garde de a pour sujet un nom de

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