POUSSER. — PRESQUES
POUSSER une menterie, pour signifier avancer avec audace un mensonge :
On diroit qu'il dit vrai, tant son effronterie
Avec naïveté pousse une menterie. (Le Ment., n, 5.)
Pousser une menterie est dit probablement par une métaphore empruntée à l'escrime, comme pousser une botte.
PRENDRE. Corneille modifie d'une manière heureuse la locution en prendre mal, signifiant en arriver mal :
Ne l'enhardis pas tant, j'aurois peur, au contraire.
Que malgré les raisons quelque mal ne t'en prit. (La Veuve, 1, 2.)
— prendre, abs., recevoir de l'argent :
Mais vous avez reçu, quiconque prend se vend, dit Corneille, dans l'endroit du Menteur que nous avons cité. Il fait allusion à un vieux proverbe :
Qui prend se vend, qui donne s'abandonne.
(Contr. de Songe et eux, f* 175, v°.)
— prendre, fig., dans le sens d'usurper, d'acquérir :
Vos pleurs sur moi prennent trop de puissance. (Pol., 1, 2.)
Les rois môme en amour savent mal obéir;
Et les plus enflammés s'efforcent de haïr,
Sitôt qu'on prend sur eux un peu trop de puissance. [Agés., iv, 5.)
PRÉSIDER sur.
Ajouter :
On a dit avant Corneille :
Afin que sous couleur d'aller au devant, il evitast la honte qu'eust peu recevoir le sénat romain, si des ambassadeurs estrangers eussent rapporté en leur pays, d'avoir veu une femme présider sur eux. (Fauchkt, Antiq.gaut.,2* vol.,v, 7.)
PRESQUES, pour presque, devant une voyelle :
J'en eus presques envie aussitôt que de vous. [Méd.t 11, 4.)
On dit bien jusques, devant une voyelle, pour jusque. Pourquoi,
au moins en poésie, ne pourrait-on pas dire également presques?
On le disait, d'ailleurs, avant Corneille :
Presques au desespoir, ou du long des rivages.
Ou dans les antres creux, ou par les bois sauvages, *
Toinet alloit tout seul. (J.-À. db Baïf, Ê dogues, in:.)
On le trouve, môme en prose, devant une, voyelle, par euphonie :
Quand je considère, dis-je, ce dérèglement de vie de la pluspart des chrestiens, je ne m'en estonne pas, et j'en trouve aussi-tost la raison, dans la profonde
Jeu s'employait autrefois au pluriel dans plusieurs locutions où Ton mettrait aujourd'hui le singulier :
Et que, l'heure s'advançant, ils donnassent ordre à leur sortie, sinon que l'artillerie recommenceroil ses jeux. (Du Villars, Mém., v, 1554.)
JOUER de, suivi d'un subst., signifiant employer, faire preuve de. jouer d'adresse :
Mais j'ai moi-même, enfin, assez joué d'adresse. (Le Ment., v, 6.)
Jouez d'un peu d'adresse Pour votre intérêt et le mien. (àgés.t i, 1.)
Le frère de notre poëte a dit d'une manière analogue :
Ce voyageur nocturne a joui là d'esprit. (T. Corn., César dAvalos, u, 1.)
LANGUIDE, languissant.
Ajouter cet exemple du prédécesseur de Corneille dans la tragédie :
Le corps n'est plus qu'une languide escorce
Sans mouvement, et sans la moindre force. (A. Hardy, Alcée, m, 3.)
LARCIN. Remarquable emploi au figuré :
Allez donc, ce qu'ici vous perdez de moments
Sont autant de larcins à vos contentements. (Rodog., iv, 3.)
MAIN, a main forte, la force en main, par la force, par la violence.
Ajouter cet exemple d'une date postérieure à ceux que nous avons allégués :
Des commissaires y mettoient le prix (au blé) à main forte. (St-Sim., U vu, c. 9.)
MAL, adv., placé devant un adjectif.
Aux exemples cités de Corneille ajouter les suivants :
Ces quatre diamants dont elle est enrichie
Ont sous eux quelque feuille, ou mal nette, ou blanchie.
{Suite du Ment., u, 6.)
QUE, conj., à quoi, que sert, à quoi sert :
Mais que sert le mérite où manque la fortune? (Pot., 1, 3.)
Où n'y ha point miséricorde.
Que sert prier ny lamenter?
(J.-A. de Baïp, Le* Mimes, liv. 1, f» 14, éd. 1619.)
— Et avec un régime indirect de personne :
Mais que me servira cette vaine poursuite.
Si l'air est un chemin toujours libre à ta fuite? {M éd., v, 7.)
— que sert de (un infinitif), avec un régime indirect de personne :
Que me sert de savoir que tes vœux sont constants?
Que te sert d'être aimé quand il n'en est plus temps? (la PL Boy., 111, 6.)
On a dit de même avant et après Corneille :
Que nous servira d'y penser? (J.-A. de Baïp, L'Eunuque, 1, 1.)
Aussi bien que vous sert-il de luire, quant... (Le Moulinet, Les Agreablet Diversiuz d Amours, éd. 1613, p. 36.) — Que nous sert de détester la mollesse des hérétiques, si... (Boss., Méd. pour teJuo., I" méd., 1, 1.)
— que, suivi d'un infinitif et précédé d'une négation, équivalant à rien à.
Thomas Corneille s'exprime ainsi sur cette manière déparier :
« On dit fort bien, il ne sait que faire, il ne sait que dire, mais il semble que cela doit être absolu, et que quand il suit quelque chose, il est mieux de se servir de rien à. Ainsi je dirois, n'ayant rien à répondre à ses reproches, n'ayant rien à dire à ceux qui Vinterrogeoient , plutôt que n'ayant que répondre à ses reproches, n'ayant que dire à ceux qui l'interrogeoient. » [Not. sur les Remarques de Vaugelas, CCCCXCII.)
Ainsi le frère du grand tragique aurait , comme Voltaire, condamné ce vers :
Nous n'avons désormais que craindre de sa part.
Cette forme facilitait la versification. Pierre Corneille a bien