‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 2)Chapitre 331 sur 596 · FEU · texte numérisé non relu

FEU

Vous ne m'écoutcz point; vous dédaignez mon /eu :

De vos beaux yeux pourtant, cruelle, il est Touvrage. - Rioiiaid, Jousw, II, 1 1.

« Dans les fcMargueriteiJrançoi$e$, ou Thresor de$ FUws du hten-diref recueillies des

£us beaux et rares discours de ce temps» (1609), Fr. Des-Rues n*a eu garde d^oublier » fleurs comme celles<i :

«Un mesme/eu consommoit jadis nos cœurs, mab il n'y a eu que le mien qui ait esté réduit eo cendre.» — P. 30S.

«Je ne suis capable d^ autre feu que de celuy de vos yeux, car les plus clairs flambeaux d^amour ne me semblent que des bluettes trop petites pour m'eschauffer.» - P. ao5.

Dans le Pédant joué, de Cyrano de Bei^gerac, II, 9, on voit une longue série de jeux de mots et de dissertations plaisamment pédantes sur le feu, les feux,, ,

Feu : mettre la main au feu, locution.

1 io5 Paurois pour elle au feu mis la main que voilà.

Ec. des Mar., III, 9.

Je fnêUroU bien ma main au feu Que leur lignée incomparable Sera d*une taille admirable

ScARRON, Œuvr,, Paris, M. David, 1700; I, p. 196.

Elle pour qui j^aurois bouté ma main au feu.

MoNTPLBURT, Ambigu corn,, 3' interm., 16.

Feu, adj. : FEU MA FEMME.

178 Je tiens de feu ma femme, et je me sens comme elle

Pour les désirs d'autrui beaucoup d'humanité. - Mélic,, I, û.

695 Et Ton dit qu autrefois /(li Belise, sa mère. . . - Ibid.^ II, 7,

4e Molière suit ici la règle de Vaugelas: crFeu, pour défunt, est un mol indéclinable qui n*a ny genre ny nombre ifeu ma mère, et non feue ma mère, comme quelques uns escrivent; et feu mes frères, et non feux mes frères. Il y en a mesme à la Cour qui de feu et de défiint font un mot, et disent : défèu mon père; mais cela est barbare. — Au reste, on ne sçait pas bien Tétymologie de ce mot; mais il y a apparence qn*il vient de fut, comme encore quelques-uns Tescrivcnt ifut mon père, c*est-à-dire qui fut et qui n*est plus, mais qu^après, par adoucissement, on a ostéle t, comme kfaoorit, où je vous renvoyé. Et, pour plus grande douceur, on a ajouté un e devant Vu pour fisiire une diphtongue. Ceux-là sont plaisans qui le dérivent de feu, ignis, parce que les anciens brûloient les corps.. . » - Vauoklas, édit. Ghassang, U, p. 696.

Les commentateurs babituels de Vaugelas, Patru, Th. Corneille, sont muets sur ce point. Mais Ménage reprend la question. Après avoir remarqué que vtfeu et dejffunct, qui est la môme chose, ne se disent que des personnes mortes que nous avons veues ou que nous avons pu voir», il ajoute : (r Plusieurs disent yèu, en parlant d^une femme, estant persuadez que ce mot vient de fuit, et que, par conséquent, il est indéclinable. Mais ils se trompent et dans leur décision, et dans la raison de leur décision. Feu ne vient point de fuit. Il vient defelix. Et il se décline. On dit : la feue Reine-Mère, et non pas : layèu Reine. C'est comme parlent ceux qui parlent bien.» - Mirage , Ob$erv., 1, 1679 , p. àab.

Dans ses Additions, il nous explique comment /eu vient defelix; son procédé de dérivation vaut celui qui tire chez de apud: «Ajoutez, dit-il, yè/tx, felicis, felice, felce, feu.

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