‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 2)Chapitre 374 sur 596 · FOUET · texte numérisé non relu

FOUET

Racine emploie le masculin et le féminin :

1 106 La foudre renvironnc aussi bien que le crime. - Théb,, lY, 3.

1 69 La valeur d^Alcxandre à peine étoit connue ;

Ce foudre étoit encore enfermé dans la nue. - Alex,, I, a.

Ce préiendu. foudre (dans D. Juan) appresle un nouveau sujet de risée aux spectateurs, et n'est qu'une occasion à Molière pour braver en dernier ressort la Justice du Ciel, avec une âme de valet intéressée en criant : «Mes gages, mes gages!» car voilà le dénouement de la farce. Ce sont les beaux et généreux mouvemens qui mettent fm à cette galante pièce, et je ne vois pas en tout cela où est Tesprit, puisqu'il avoue luy-mesme tr qu'il n'est rien de plus facile que de se guinder sur des . grands sentiments, de dire des injures aux Dieux, et de cracher contre le Ciel». Db Rocubmoxt (? Barbier d'Algocr), Observ, sur le Festin de Pierre, 1660 ; édit. Gay, Genève, 1869, p. h.

Mais \e foudre? Mais le foudre (daus D, Juan) est nn foudre en peinture, qui ji'oiïense point le Maistre, et qui faire rire le valet, et je ne crois pas qu'il fust à propos^ pour l'édiGcalion de l'Auditeur, de se gausser du cliastimenl de tant de crimes, ny qu'il y eust sujet à Sganarelle de railler en voyant son Maistre foudroyé, puisqu'il estoit complice de ses crimes, et le ministre de ses infâmes plaisirs.

Id., ibid,, p. 16.

Que \e foudre h vos yeux m'écrase, si mon cœur. . .

Baron, Ec, des Pères, IV, 8.

Le foudre menaçant gronde sur notre tôte. - Id., Andrienne, IV, 5.

Vaugelas, le P. Bouhours, Ménage, ont examiné la question du genre à donner au mol/oti<ire :

Vaugelas: v Foudre. Ce mot est l'un des mots substantifs que l'on fait raasc. ou fem. comme on veut. On dit donc également biiMi le foudre et la foudre, quoyque la langue françoise ait une particulière inclination au genre féminin. Ce choix des deux genres est commode, non seulement aux poètes, qui peuvent, par ce moyen, allonger et accourcir le vers d'une syllabe , et se faciliter les rimes, mais encore aux orateurs, qui ont aussi leurs mesures et leurs nombres daus les périodes, et s'en peuvent prévaloir d'ailleurs à éviter les rimes et les cacophonies.» - \^\lTGKLAs, édit. Chassang, I, p. /io3.

tr Chapelain, dit Th. Corneille, ne comprenoit pas comment le choix du genre pouvoit servir les poètes et les orateurs.» Th. Corneille donne des exemples à l'appui de la thèse de Vaugelas. - Id., ibid., I, p. hoti.

Ménage, Observ., 1, i3a, et l'Académie française — voir Vaugelas, édit. Chassang, I, p. ûoj — remarquent que /ourfre, au ligure, est toujours masculin : un foudre de guerre,

Andry de Bois-Rogard combat le P. Bouhours qui prétend que foudre est toujours fém. , excepté au figuré ; et il ajoute : r Je ne vois pas ce qu'on jwurroit trouver à redire à ces

rhrases-cy : <r Quand le sublime vient à paroître, il renverse tout comme un foudren Dbspr. , Trnd. de Longin), — «M. de Turenne ravage comme un foudre les bords du Rhin» (Mascaro5, Or,fun. de Turenne) - Béjl, sur la lang, franc. , 169a, p. a3a.

Fouet : avoir, domver le fouet.

3oi Non : je veux qu'il se donne à Tune pour époux,

Ou je vais lui donner le fouet tout devant vous. - Mélic.y I, 5.

lilU FOULER

N'irez-vous point Tun de ces jours au collège, vous faire damur le

fouet, à votre âge ? — Pourquoi non? Plût à Dieu Y avoir tout à Theure,

k fouet y devant tout le monde, et savoir ce qu'on apprend au collège!

Bourg. genUy IQ, 3.

Andrée, ayez soin tantôt de faire donner le fouet à ce petit (ripon4à, par mon écuyer. - Escarb., se. a.

Un page dW grand seigneur ayant fait quelque friponnerie, son maitrc commanda à son écuyer de luy donner le fouet,

D*OuTiLLE, Contei, i6hh; édit. Jouaust, II, p. lai.

Vous aurez le fouet en rentrant au logis. - Poisson, Coméd. ionê titre, I, 3.

J^avois un régent à Taspect terrible , qui se promenoit toujours avec un fimH à la main , dont il se sçavoil escrimer aussi bien qu^homme du monde.

SoREL, Francion, 16A1, p. 191.

Ne fais point tant claquer [on fouet.

RiCHBR, Ovide bouffon, 166a, p. 198.

L^avocat de cour souveraine Fit là- dessus claquer son fouet,

La Font., IX, p. /i3o : Lettre au Prince de QnUû

Et je faisois claquer mon /ou«( tout comme un autre. - Ric, Plaid., I, 1.

* Molière (sli fouet monosyllabe, comme Richer, La Fontaine, Racine, etc. On a ru que Poisson le fait dissyllabe. — M. Quicherat {Traité de versifie, franc.) le donne comme monosyllabe.

fxLe fouet estoit fait de verges de bouleau, de genest, de parchemin tortillé, de cordes nouées. 7) - Furetière, Diction., 1690.

Lq fouet était Vultima ratio des maîtres dans les collèges et même dans les maisons des particuliers et des princes. C'est pitié de voir combien les Enfants de France sont fouetlés, et, à plus forte raison, ies fils des simples genlilshommcs et des bourgeois.

Le 16 novembre 1607, Henri IV écrivait à M"* de Monglat, gouvernante du jeune Dauphin, qui fut Louis XIU : <rJe veux et vous commande de \e fouetter toutes les fois qu'il fera Topiniastre ou quoique chose de mal , sachant bien par moy-mesme qu'il n'y a rien au monde qui luy fasse plus de profit que cela ; ce que je reconnois par expérience m'avoir profité, car estant de son «îge, j ay eslé fort fouetté, v

Lettr. miss, de Henri IV, t. VII, p. 385.

On avait à plus d'une reprise prévenu ces royales recommandations. Ainsi, le 27 septembre 1601, était né le futur Louis Xlli : dès le jeudi 9 novembre i6o3, ril fait l'opiniâtre; est fouetté pour la première fois». Le 7 janvier i6o4, cfouettén\ le a a février, ftfonettéyi; le h mars, ^ïkcheux; fouetté fort bien»; le 5, ftfouettér>;\Q 19, «ybu^i/e longtemps»; le 37, «fouetté 7i\ le 29, ff/bweWc très-bien». — Ainsi, fxfouetté , fouetté fwi bien ^fouetté longtemps, fouetté très-bien», Héroard, dans son Journal, ne sort pas de là, jasqu'à la date du 8 novembre 161a, où il écrit : trFotiet/^bien, sans larmes!»

Hbroard, Journal.

Voir notre édition du Bourgeois gentilhomme, p. 337-228.

Fouler.

714 Et sans fouler le peuple en aucune façon. — Fâch., III, 3.

FOUR — FOURBE Mb

Phitippe le Bel . . . foula beaucoup le peuple. - Rac. , V, p. 84 : Note$ hittor.

* Dans le Diction, fr,-laU de Rob. Estiennc (loSg), on trouve /oufcr traduit par op^mere. Ce sens se retrouve dans le Trévoux de 1782, qui cite le vers suivant du P. Lemoine :

Les peuples qu*i\ foula contre lui s*élevèrent.

n (Henri VIII) fit des dépenses excessives, qui l'obligèrent k fouler les peuples.

BossuBT, HisL dei Var,, a in-6% 1688; I, p. 870.

Four : il fait noir comme dans un four, hcutwn.

H fait noir comme dans un four : le Ciel s'est habillé ce soir en Scaramouche. - SiciL , se. 1 .

3 1 La guide nouvelle ,

Qui ne voyoit au grand jour Pas plus clair que dam un four, Donnoil tantôt contre un marbre . . .

La Fokt., II, 195 : FabL, Vil, 17.

Fourre, fourberie.

78 Treuve ruses, détours y fourbes, inventions. - UEu, l, 3. 1093 Cette fourbe en mes mains va mettre sa maîtresse.

ibid., m, 4.

1188 Si j'ai reçu du Ciel les fourbes en partage. . . - Ibid., lll, 5.

♦ On ne trouve /ottrfce,/(mr&erie ni dans le dictionnaire de Rob. Estiennc de iBSy, ni dans redit, de 16^9. En 1673, le mot se glisse dans Nicot : ti Fourbe : usez des formules de fineue ou tromperie.7) U ne reparaît plus qu'en 1606 dans le Nicot et dans le Tréior deê deux lang, franc, et esp, de flierosme Victor. On le retrouve dans la plupart des dictionnaires suivants, mais non dans tous, dans Gotgrave (1611,1 63 a, i65o), dans Monet (1690 et i636), etc. Pour la première fois, Ant. Oudin, dans ses Rech, iuU, et franc, (]66â-i6â3), distingue unefourbe (ou fourberie) de un fourbe; il n*admet ^pas fourberie dans la partie française; mais, dans la partie italienne, il traduit ytir6ma i^sr fourberie ; en i65o, Ménage, dans ses Origines, aén\e fourbe defurbo, mais ne donne pas /ourberie; en 1660, Oudin reproduit i64a-i643; en 1676, le P. Pomey donne fourbe ou fourberie eifourber, verbe qui parait alors pour la première fois; en 1677, '® ^' ^'^udin donne fourbe eifourber; en 1679, Guy Miège donne /ourfce ou. fourberie. C'est en 1680 seulement que fourberie a son article à part dans Richelet; en i683, Danet donne /oiir^e et fourber, mais omet fourberie ; en 1690, Furetière donne fourbe , fourber ei fourberie, et les trois mots sont consacrés en 169 À par l'Académie française dans sa i'* édition.

Quand point on ne Tamcnera,

Le Sire Grégoire verra

Et conuoitra bien que c'est fourbe,

J. Godard, Le« Deeguitez, 1696; IV, 6.

Elle disposa donc de cette façon ]& fourbe qu'elle luy voulut jouer.

D UaFé, L'Aetrée, 1616; II, p.

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