GAIETÉ DE CŒUR (DE) — GAILLARD
Gaieté de gceur (De), locution.
n m'attaque de gaieté de cceur^ pour se faire connoitre.
Impr. de Vers, y se. 3.
On fait courir le même risque et passer mal aussi le temps à ceux qui prennent fantaisie de nous venir faire une offense de gai^ de cœv,
D. JuaUf m, 3.
1 990 Mais que, de gayeti de cceur^ On passe aux mouvements d'une fureur extrême . . .
Amph.j II, 6.
Pourquoi, de gaieté de coswr^ veux-tu chercher à fat tirer de méchantes affaires? - Fourh. de Scap., III, 1.
C'est une licence que prennent Messieurs les poètes, de mentir à gaieté de cœur. - Escarb. , se. 1 .
Je fis fort bien de ne me pas purger de gaieté de ecnir.
SoBiL, Berg, extrav., 1697 ; I, p. 397.
Est-ce gloire, est-ce gain qui vous fait tant écrire?
Ou bien fatiguez- vous, de gayeti de cœur.
Le siècle, dont vos vers sont le plus grand malheur?
ScÀBRON, CEuvr,, Paris, M. David, 1700; I, p. 76-77.
Il (audroit. . . représenter quelque héros ivre, qui se voudroit faire h«r de 11 maîtresse de gaieté de cœur. - Râc, i'* préf. de Britann.
G*est bien assez qu'elle (CléopAtre) se fasse mourir de gaieté de eceur sans y être forcée. - Id., VI, p. 35a. (Lttr. armoi.)
Une guerre continuée de gaieté de cœur, - La Rochif., II, p. 64 1.
* On remarquera, dans le vers 1 390 d* Amphitryon, que gayeté est compté pour traif syllabes. U en est de même dans les vers cités de Scarron.
Dans D. Garde, Molière a fait également gayeté de trois syllabes :
1810 Mais je vous avouerai que cette gayeté
Surprend au dépourvu toute ma fermeté. - D. Gare. , V, 6.
Gaillard, gai, joyeux; bien portant.
1** Gai, joyeux.
3o6 Bon! voici de nouveau quelque conte gaillard.
Éc. des Fem., I, 4.
95o Cette fille est jolie; elle a Tesprit gaillard, - Gobn., Suite du Ment., I, 3.
199 Jamais Mezzetin ny Scapin,. . .
Ny Golombine, ny Briguclle, Ny le rare Polichinelle,
Ny Gorju, le pédant gaiUard,. .
Ne divertirent mieux la Cour
Quelle le fiit en cedit jour. - Lorbt, Muze hittor,, tU février i65à.
Tant ou^arrivés au port, comme un Colin-Maillard Nous ravons débarqué. Le tour est-il gaillard f ^
MoRTFLBUBY, Ec, de$ Jaloux^ II, 3.
Je vais jouer, Madame, un gaiUard personnage.
li>, y Ambigu com,, a* interm., 3.
Tout gaUlard de cette victoire.
Ce champion demande à boire.
RiCHiB, Ovide bouffon, 1669, p. 697.
Ne puis-je point alors en toute humilité. Pour le remercier de ses humeurs gaillardet, Lui donner seulement trois ou quatre naiardes?
Th. Corn., Am, à la mode, III, 1.
Ce qui m*en plait, Monsieur, sa folie est gaillarde, - Rborabd, Fol, am., II, 7.
2° Bien portant.
961 Que fait-il? Que dit-il? Est-il toujours gaillard.
Éc. des Fem,, I, &.
Nous en revînmes toutes deux saines et gaillardes.
Crit. de TÉc. des Fem,, se. 3.
M* Pasquier.. . . après avoir dit mal de tout le monde, n'en demeure que plus frais et gaUlard pour entonner sa louange.
Le P. Garassb, Rech, de» Rech,, i6da, p.iag.
Mais, toute raillerie à part.
Sois sobre et tu seras gaillard,
Mabtin, L'Eteole de Sol, en vert burl., i65o, p. là.
Adieu, Monsieur, tenez-vous gatl/ar<^.
ScABBOR, Dem, Œuvr,, Paris, David, 1700; 1, p. ài.
Que le Ciel pour longtemps la santé vous envoie , Vous conserve gaillard et vous maintienne en joie !
Rbonabd, Fol, am., III, â.
* tr Gaillard, c^est joyeux, gay, esbaudy, qui tressant de joye ^ hilariê. Il semble estre extrait de êyaXXteUù^ grec, qui sigiiilie ce tressaillement en se resjouissanl de quelque bonne rencontre. Le François a estendu ce mot à la signification de dehaict , pour dire joyeux , sans souci , et prorapt à tout faire sans précèdent discours. Il le prend aussi en diminution de esccrvelé, pour celuy qui est un peu moins que tel, et attrinue le nom de gaiUardiie, par atténuation à un acte follement et indiscrètement fait, et par trop grande jeunesse, par imitation de ce que ceux qui sont transportez de trop grande liesse tombent en maints actes indécents, peu et mal considérez.» - Nicot, 1606.
Galant, élégant, distingué, ayant l'air de cour.
La belle chose qu'un Roi d'une taille galante!
Impr, de Vers., se. 1.
39 5 Ahl qu'en termes galants ces choses-là sont mises! — JfûoiifLy i.
Voici encore un petit déshabillé pour faire le matin mes exercices. — n est galant. - Bourg, gent.y I, 9.
Ce sera galant , oui? — Sans doute. - JfKi., II, i ; - Cf. ID, 4.
* Joach. Perion a cherché Tétymologie de ce mot, dans son oavrage: Ik Umgmm Gd- Hem eum Grmea eognationê, 1 556 , p. 95* ^ ^ ; nous le tradoisoDS :
«Tout le monde, dit-il, appelle galand, galande ou galanU, un homnae on une rhoR remarquable . . . (Test depuis peu d*années. Le mot est venu du grec xéXov , boa et ben: ou, peut-être, du latin vaUnte, en changeant v en ^, comme GniUaume pour VmHUwm. Car peu de temps auparavant nous appelions ces hommes et ces choses vosiUaitf et tsil- UmUêy et le mot s'est perdu, excepté quand il est question d'ail militaire. Nous avons vu aussi ce mot pris seulement en mauvaise part; mais autre me parait rorigine de gtr Ittnd. . . Ces hommes qui, dans la fleur de Tâge, sont prêts à agir avec aodjice, nous les appelons gûlamdê et ven galamis, du veibe idier; car nous les appelons aUmmU et gdUmitj comme nous disons gallene, c'est-à-dire tderie de tJUr.yi
Ménage donne une étymoiogie beaucoup plus vraisemUable; il tire gaUmd^ gmUmltni, gmOlard, du vieux mot français gale, fête, réjouissance, d'oà le verbe fuler, être en fiif; il en cite des exemples d'Alain Chartier et de Froissard; il auroit pu ater aassî ces deni vers dn Grand r«ttaniffit de Villon (st. 99 ) :
Je {daings le temps de ma jeunesse Ouqnel j'ay plus qu'autre gaUé.
D*après le commentaire d* André Duchesne sur Alain Chartier, Ménage est disposé a croire que gak et gaUer viendroient eaz-mémes de gmOmn, c^eslrà-dire se i^Miii ci boire d*autant , à la façon des prêtres de Cybèle appelés gaUL U dte œ passage luiieii de Varron : «Video Gallorum urequentiam, qui — Deam gallaUn vario detinebant studio.» — En espagnol et en italien, on retrouve les équivalents de gale et galer dans )o mots^a^a et gaW.
De gakr vient certainement galeit; un bon galoi» c'était un bon vivant, un bon galoaL
D semble que Fadjectif galamt ne soit entré dans la langoe qu'après le substantif «
galami. Ce mot ne se trouve ni dans les glossaires qui accompagnent les ouvrages publié»
Ïr la Société des anciens textes, ni dans Ducange, ni, en iSSg dans le Rob. Estiennf: . Godefroy Ta cependant relevé dans deox textes, Pnn de 1671, Tautre de 1&79; — 1671 : rLes supptians povres gens de labour, pour obvier aux entreprises de nos adversaires, se sont mis sus en armes avec autre» que conmiunement on appeloit les galant de la feuiUie»; — 1^7^ : ? Lequel de la Mgne estoit mal renommé, veu qu'il avoit esté gsiajil de feuillie^.
Dans ces exem|^, galami parait avec le sens de gmrram, de garnanenf , que lui attribue le Diction, de Paîs^ve eu i53o : rHe b tbe mosi neghrgent foiowe that ever i sawe, be recketb for nothing, cesl le plus négligent gmllmmt que je vis jamays, il ne porte siHOg de riens. 'v
En 1549, Rob. Eçtienne traduit gmlmmi homme par Bcitms , gr^fhinu Acaio. homme a^ rompti, et la même traduction se perpétue dans Sicot 1^73. i6o6> et dans Cotgnve (1611, i63s. i6âo ;. — En 16:10, Monet en donne plusieurs traductions : -1* métable ao ce dont il $e me«le, tgntgimsz galami ca|ùtaine, galami philosophe, gal&mi médecin: a* bonoêle et de belle humeor : voilà on galiMmi homme, â miMi gré: c'est bien le pfas faiaaC jeune homme de son âge, iurvWiimfki«ài»s: 3' jçamement, i-eimU : venés ra, galaai. kèc mdm^ iayrvW; c'est un galatU^ ne uh» y fiei p»^: V arrc>gant . armgn»*^ pnefideM,"
Dans la «Farce nouvelle d^un savetier nommé Galbainn (i 548), les trois personuages sont Calbin, la Femme et le G allant; le rôle de celui-ci n^est que d^un voisin ou dun •mL Calbain, qui ne répond aux prières de sa fenmie que par des chansons, chante ce eonplet :
Je suis Allemande ,
Friscande, gaUande. . .
ou le mot gaUande n*a pas un sens bien défini. Mais voici d*autres exemples où le mot gmiant a la troisième significalion donnée par Monet :
Ce pauvre idiot, croyant de léger, déchargea un grand coup de pierre sur le firont de cet homme riche , lequel , faisant saisir le galand, luy fit donner de Testrapade. - Le P. Garasse, Rech. det Rech, de M' Ett. Pasquier, 169a, p. 17a.
Le premier fut un certain bélistre nommé Théophile. . . Puis, ayant advancé quelques paroles à TEmpereur Michel, pour avoir advancé ce galant, il adjouste.. .
Id., Doctr, eur.y 1696, p. 7.
Sons le règne d^Edouard (roi d*Angleterre). . . il y eut une trezene de maraux qui se disoient estre les nouveaux apôtres, et adoroient un galand de leur trouppe, nommé Guillaume Hacquet, comme s'il avoit esté Jésus-Christ.
Id., ibidm, 1694, p. 81.
L*un d*eux me dit : Tires- vous à quartier, gaiand; hors d*icil
Chapklaiii, Trad. de Guzm, d^Alfar., j63o; I, p. 157.
Mon maistre. • . m^ayant trouvé là, me dit : Quel marché faites- vous, galand?
Id., ibid,; 1, p. ai4; - Cf. itnd,; I, p. 969 ; III, p. i5i.
Ce n*est qu^au milieu du x?ii* siècle que le mot prit le sens qu^il conserva et que définit Yaugelas en 1647, trois ans après la publication de la curieuse plaquette intitulée Leê lùix de la galanterie, qui sont, à vrai dire, les lois de Télégance. — Voir Tarticle suivant.
i6â8 Certes Voiture fut un homme Digne de Paris et de Rome; Ce fut un esprit excellent.
Qui ne fit rien que de galant,
ScABBOR, Œuvr., Paris, David, 1700; I, p. 436.
1 656 Du remords et du scrupule A des gens faits comme Jule, Pour un cœur fier et vaillant.
Cela seroit hien galant! - Bb^bbof, Lucain tra»,, i656, p. 109.
i658 Des brasselets et des coliers
(raZoïM, jolis et singuliers. - Lobbt, Muze histor., 6 avril i658.
176 La Pucelle est encore une œuvre bien galante I
Dbspb., Sat, III; - Cf. Id., Sat, X, v. i5â.
L'air que je dois chanter me semble si galant Que je ne sais comment je ne chante en parlant.
MoRTFLBUBT, Coméd, PoA,, 1,4.
Cette harangue est une des plus belles pièces d'Homère et des plus galantee,
Rac, VI, p. 11 4.
Je reviens à notre victoire du Grand Conseil ... Le succès a été joli et galant.
Se?., IX, p. 8.
L'homme coquet et la femme galante vont assez de pair. - La Bbuy., I, p. 175.
Galant (Un), Galante (Une), subst.^ un amoureux; un jeune homme élégant et à la mode.
1790 Voici votre galand^ à qui, pour récompense,
Vous pouvez faire une humble et douce révérence.
Ec. des Fem.y V, 9.
C'est une chose étrange . . . qu'un mari et un galand regardent la même personne avec des yeux si différents. - Impr, de Ver$,^ se. 1.
Vous faites une de ces femmes qui . . . appellent amis ce que les autres nomment galans, - Ibid. , ibid.
La belle chose qu'un Roi d'une taille galante I - Ibid.^ ibid.
Si j'étois galant d'une femme qui fût au pouvoir de quelqu'un , je mettrois toute mon étude à rendre ce quelqu'un jaloux. — Sial., se. 6.
Corbleul Je lui passerois mon épée au travers du corps, à elle et au galant y si elle avoit forfait à son honneur. - G. Dand.y I, 4.
Quoi qu'on en puisse dire, les galands n'obsèdent jamais que quand on le veut bien. - Ibid., II, 3.
De vous dire que cette fille-là mène une vie déshonnéte, cela seroit un peu trop fort; cherchons, pour nous expliquer, quelques termes plus doux. Le mot de galante aussi n'est pas assez ; celui de coquette achevée me semble propre à ce que nous voulons. - Pourc. , II, i.
Que je suis contente d'avoir un tel époux! Souffrez que je l'embrasse, et que je lui témoigne. . . — Doucement, ma fille, doucement. — Tudieu, quelle galante! Comme elle prend feu ! - Ibid., II, 6.
Durant votre séjour à Paris, vous avez fait bien des conquêtes de qualité. — Vous pouvez bien croire. Madame, que tout ce qui s'appelle les galants de la Cour n'a pas manqué de venir à ma porte, et de m'en conter. . . Il n'est pas nécessaire de vous dire leurs noms: on sait ce qu'on veut dire par les galants de la Cour. - Escarb., se. 2.
Il faudroii qu'eu tel cas (de viol), le procureur du Roy cust cognoissuice de cause . . . Les galandi auroieiit plus de peur, el les galande» plus de honte.
Chapelain, Trad. de Guzm. d'Alfar., i63o; 111, p. ÎJa;.
11 y vint aussi des bigots. . . .
Ce sont les galani de ces sottes Que je viens de nommer bigottcs.
ScARROR, Virg, trav., Paris, 1706 ; II, p. i3o.
Aucuns dansent des tricotets.
Ce sont ceux qui furent coquets ,
Et quelques donzellcs sçavantes
De ces galam sont les galantet, - Id., ibid.; II, p. 171.
Tantôt, Tœ'd vif et gai, vous faites le galant; Tantôt, morne et pensif, vous faites le dolent.
Th. Cora., Amour à la fnodê,l\\ i*
GALANT i&9
La promenade est belle et ce lieu fort charmant. . .
Aux rendez- vous publics d^ordinaire il abonde ,
Et surtout nos galanti prennent soin chaque jour
D'y venir débiter leurs gazettes d'amour,
Cest-à-dire, Lisette, autant de menteries. - Th. Cor5., Amour à la mode, 11, 3.
Au sortir de Tenfance et dans sa première jeunesse, il avoit fait le gtdand de plusieurs Dames. - Sionus, Nouv. franc,, i656; i" Nouv,, p. ûa4.
Où , qui dit un galant dit un fourbe achevé.
QuiifiULT, Lcf RivaUi, V, /i ; - Cf. Id., ibid,, V, 7.
Gloris pour un homme d'Eglise
Quitte les galam de la Cour
Car désormais sa teste grise ,
Veut sanctiCer son amour. - Gombauld, Epigr,, in-ia, 1667, p. s 61.
Elle cajole son mari, et vit avec loi comme si c'étoit son galant,
La Fort., IX, p. s85 : Lettre à ea femme; - Cf. Id., IX, p. s'ih,
1 1 D autre part, un galant de qui tout le métier Est de courir le jour de quartier en quartier, Et d'aller, à l'abri d'une perruque blonde. De ses froides fadeurs fetiguer tout le monde , Condamne la science, et, blâmant tout écrit. Croit qu'en lui l'ignorance est un titre d'esprit. Que c'est des gens de Cour le plus beau privilège Et renvoie un savant dans le fond d'un collège.
Dbsph., Sat, IV; - Cf. Id., SaL V, vers 8a.
Je veux vous tenir lieu de galant, de mari, D'Adonis, de Phœbus, de cher, de favori.
MoRTPLBUBT, Gentilh, deBeauce, III, 8.
Demeurons tous d'accord qu'un galant touche au cœur.
Et qu'en tous lieux ils sont tellement en usage
Qu'un mari fait partout un fort sot personnage. - Poisson, Fem. coq,, V, 5.
Hélas! qu'ai-je entendu? Comment donc, malheureuse. Vous avez un galant? Vous êtes amoureuse?
Id., Amant indiecret, V, 5; - Cf. Id., ibid,, IV, 10.
Un ancien galant tient à si peu de chose, qu'il cède à un nouveau mari; et celui-ci dure si peu , qu'un nouveau galant qui surrient lui rend le change.
La Bbdt., I, 170.
Mon oncle a le visage, ou du moins peu s'en faut. D'un galant de trente ans. — Oui, qui mourra bientôt.
Rbgnard, Ugat, icntv., I, 7.
♦ Le mot galant a trop d'importance dans la langue du xvn* siècle pour que nous puissions nous dispenser de reproduire ici, malgré sa longueur, la Remarque de Vaugelaê et les commentaires auxquels elle a donné lieu de la part de Patru , de Th. Corneille et de l'Académie française.
9 Galant a plusieurs significations, et comme substantif, et comme adjectif. Je les laisse toutes pour ne parler que d'une seule, qui est le sujet de cette Remarque. C'est dans le sens qu'on dit à la Cour qu un homme est galant ^^\ qu'il dit et qu't/ fait touteê
(*) «J^avois cm que ce mot, en cette signification et avec celte orthographe , estoit fait de nos jours. Mais je le trouve dans Amyot : «Ses ruses, dit-il en parlant d^ Aristophane , et ses finesses «ne sont point galanteê.jt Note de Patsu. — Patru a trouvé le mot aussi dans le Roman de la Roee et dans Villon.