II. sg
ehoêei galammant, qu't7 t'habille galamment, et mille autres choMS semblaUes. On demande ce que c*est qu^tin homme galant ou une femme galante de cette sorte, qui fait et qui dit les choses d'un air galant et d'une façon galante. J'ay veu autrefois agiter cette question parmy des gens de Cour et des plus galon» de Tun et de Tautre sexe , qui avoient bien de la peine à le déCnir. Les uns souslenoient que c^est ce je ne eçay çuay, qui diflère peu de la bonne grâce; les autres, que ce n^cstoit pas assez An je ne eçay auoy ny de ii bonne grâce, qui sont des choses naturelles, mais qu*il falloit que Tun et 1 autre fost accompagné d*un certain air qu'on prend à la Cour, et qui ne s*acquiert qu*â force de hanter les Grands et les Dames. D^autres disoient que ces choses extérieures ne suffisoient pu, et que ce mot de galand avoit une plus grande estendue, dans laquelle il embrassoît plusieurs qualités ensemble; quVn un mot, c*estoit un compote où il eniroiî du je ne eçay fwjf ou de la bonne grâcê, de l'air de la Cour, de l'etprit, du jugement, de la cwiliié, de la eewrtoitie et de la gayete, le titut tant contrainte, tant affectation et tant vice. Avec cela, il y a dcquoy faire un hoimestc homme à la mode de la Cour. Ce sentiment fut suivy comme le plus approchant de la vérité; mais on ne laissoit pas de dire que cette définition eitoit encore imparfaite, et quil y avoit quelque chose de plus dans la signification de ce mot,
3u^on ne pouvoit exprimer; car pour ce qui est, par exemple, de t'habUler galanumeni, et anter galamment, et de faire toutes ces autres choses qui consistent plus aux dons da corps qu'en ceux de Tesprit, il est aisé d^en donner une définition (') ; mais quand on passe ou corps à Tesprit, et que dans la conversation des Grands et des Dames et dansb manière de traiter et de vi\Te à la Cour, on s'y est acquis le nom de galant, il n^est pti si aisé à définir, car cela présuppose beaucoup d^excellentes qualités qu'on anroit bien de la peine à nommer toutes, et dont une seule venant à manquer suiuroit à faire qu'il ne seroil plus galant. On peut encore dire la mesmc chose des Lettre galantee. En cette sorte de lettres, la France peut se vanter d'avoir une personne (Voiture) i qui tout le monde le cède . • .
trAu reste, quoy qu'en une autre signification on die galand et galante ^*^ avec on i,
(') Outre tout cela, galant signifie amant, ce qui emporte presque toujours qu'on est favorisé : c'eet ton galant. En ma jeunesse on disoit amy^ témoin la chanson :
Car an mary Sanx UD aiDT, Ce n*est rien faire qu'à demy.
«Depuis, ^fl/anf prit sa place, et maintenant amy est revenu à la mode, ^a2am qui se dit poa^ tant encore, ayant paru dire les choses un peu trop ouvertement, au lieu qu*amy, qui est Àpiivoque, parle plus couverlement. Galant signifie encore /)Mr6e ei fripon; et en ce sens il se dit de toutes perponnes : Mou galant n*y a pas manqué , le galant homme m*a fait le tour, c'est-é-dire k fourbe^ le fripon m'a fait le tour; la galande m*en a donné à garder, cW-à-dire la fourbe qu*elle est m'a trompé. 7) - Note de Patrd.
(*) nGaland ei galande avec un d ne se dit communément que des jeunes personnes, et il marque
Quand on dit : e*ett un petit galand ou petit éveillé, une petite galande ou petite éveillée, cela marqaf une plus grande jeunesse, et qui n^est pas loin de Tenfance.
«Au reste, ce que notre Autheur semble dire que galand ei galande en cette signification s'écrit avec un t aussi bien qu'avec und, je ne le croy pas. Il est vray que galand avec un ( ou no i viennent tous deux du vieux mot galler, qui signifie plaitanter, te réjouir, faire la débauche , boo' nestement neantmoins, comme galles, au pluriel, signifie réjouietance , plaitanterie ou débaudu bonnette. Mais Tusage qui a distingué la signification de galant avec un t et de galand arec un ^« semble désirer qu'on les dislingue par Torthographe ; et d'autant plus que nous n'avons point de verbe ni de substantif qui vienne de galand avec un d, an lieu que de galant, avec un t, nous avons galantiter et galanterie. Galantiter une Dame, c'esl-à-dire lui faire V amour. On disoit autrefois en ce sens là mugueter une Dame , qui ne se dit plus que par le peuple. A l'égard de gaifinterie, 3 signifie les mesmes choses que galant avec un t; et, outre cela, il signifie amourettet: il a une galanterie, c'est-à-dire amourette: c'est se galanterie , c'est-à'dire son tnclination.Tt - Note de PiitS
aiun bien qu'avec un (^ si est-ce qu'en celle que nous traitons, il faut dire galant et ga~ kMtê avec un d,n
Voici, sur cette Remarque, les commentaires de Th. Corneille et de TAcadémie; ils s'attachent surtout à préciser le sens de galant homme :
crLa définition A'^homme galant, que M. de Vaugelas donne dans cette Remarque, nous en fait voir le vrai caractère , dit Th. Corneille. Il y a cependant sujet d'admirer la bizarrerie de nostre langue, en ce que galant mis après homme, signifie toute autre chose que quand il est mis devant. On dit : c'ett un homme galant^ pour dire qu'il a de la bonne grâce et qu'il cherche à plaire aux Dames par ses manières complaisantes et honnestes, et on dit p€$t un galant homme, pour dire qu'il fait les choses avec honneur, et qu'il sait bien se tirer de toutes sortes d'affaires. Galanti$er, pour signifier yàtr« «a cour aux Dameê, est un terme bas dont on ne se sert plus.»
L'Académie s'en tient à galant homme : fr L'Académie, dit le commentaire cité, a donné trois acceptions à ce mot de galant homme, R se dit d'un homme civil, honnestc, poli, de bonne compagnie et de conversation agréable. On le dit aussi pour faire entendre un homme habile dans sa profession, et qui entend bien les choses dont il se mesle, qui a du jugement et de la conduite : Vous luy pouvez confier votre affaire, e^e$t un galant Komme. On l'employé encore par flatterie ou par familiarité, pour louer une personne de quelque chose : Vous êtes tin galant hitmme^ d'estre venu disner avec moy.f»
Voir dans Vaugelas, édit. Chassang, II, p. ao8-aii.
Le P. Lemoinc, le galant Jésuite, a donné lui aussi sa définition de ce qui est galant :
fr Comme il y a d'honnestes gens de plus d'un sexe, dit-il, et de plus d'une profession, il y a aussi des galanterie» de plus d'une espèce. Mais, de quelque espèce qu'elles soient, il faut que l'esprit y règne : je ne dis pas l'esprit de l'Université et du collège; je dis l'esprit de la Cour et du grand monde.
«r II est arrivé de là qu'on a donné le nom de galant a tout ce qu'il y a de plus ingénieux et de plus exquis, de plus raffiné et de plus spirituel dans les arts; on l'a donné à ce je ne sçay quoy qui est comme la fleur et le lustre de chaque chose, et, non seulement il y a de la galanterie dans les beaux vers, dans les belles- lettres, dans les belles devises, qui sont des ouvrages de pur esprit, il s'en est mesme trouvé pour les armes et pour les meubles, pour les exercices et pour les jeux, pour les plaisirs et pour les délices, je dis pour les plaisirs des sçavans pous et pour les délices des sages de bel-esprit. . .
<r . . • Cette galanterie est toute d^esprit et de grâce, t)
Le P. LsHomB, Dévotion aisée, s* édit., 1668, p. 1 3 9-1 33.
Andry de Boisregard distingue aussi le galant homme de ïhomme galant :
rtCesi un galant homme marque un homme d'esprit, un homme enjoué, agréable. Mais homme galant marque un homme qui a de certaines passions qu'il ne devroit point avoir.*
A. D. B., Réjl. sur l'usage prés, de la lang, franc., 169a, p. a36.
Galant, ornement, parure de femme; ruban, nœud de rubans.
idfkb Tiens, tiens, sans y chercher tant de façon, voila Ton beau galant de neige, avec ta nompareille.
Dép. am., IV, i.
Si tu fais ce coup-là , que ton pouvoir est grand! Viens, je le veux donner tout à Theure un galand. -^ Voyez, Monsieur, j'en ai des plu» beaux de la terre; En voilà de Paris, d'Avignon, d'Angleterre.
Abouti, après avoir regardé une boite de galandê : Tous vos rubans n^ont point d'assez vives couleurs.
GoBR., Gai. du PùL, IV, iS.
Vous dépensez en fard, en robes, en galaru; Vous ne portez jamais deux fois les mômes gans.
GHBVRBAn, Advocat duppé, 1637 ; 1, a.
Elles (les dames) se contentent de porter la couleur qu'elles aimeol davantage en quelque ruban satiné qu'on appelle un gtdand, qui sert à pendre un miroir oa une montre, ou quelque gentillesse à la mode.
SoBBL, Nouv. Recueil de» pièce» le» plu» agréable» de ce temp» , 1 SkU , p. hMh: Le Jeu du galand : suite d'équivoques sur les divers sens du mot galant.
S'est présentée une mercière du Palais, requérant qu'il fust bon françoîs de dire qu'une oame porte un galant, - Accordé.
Id. , Rôle de» pré»entation» faite» aux Grand» Jean de l' Eloquence françaiêe (i65&).
J'en connois une icy parfaitement aymable. Chez qui j'ay, ce matm , rencontré deux amants De fort bonne façon , tous couverts de galand».
D'OcvuLB, Coj^ètise à 2a mocie, 1667; II, 3.
Madame, vous plaist-il d'une façon nouvelle
Voir des coêfles, des nœuds, des tresses, des rubans,
Des bracelets brodez et de fort beaux galand»? - Id., tffid., III, 5.
J'ay donné des gaUm». — J'ay donné des bouquets.
61LBT DE Li TBSsoinrBBiB, Le De»maiêé, 1 6US ; IV, 9.
C'est peu de chose qu'un galant, ¥û\r-i\ de ruban d'Angleterre.
Sgarbon, Remerc. à M*' de Pommerfuil.
C'est merveille de ses beaux nœuds , Des beaux galan» de sa guitterrc.
Dassouct, Ovide en belle humeur, iG5o, p. 101.
J'ay de beaux masques, de beaux glands.
De beaux mouchoirs , de beaux galand» :
Venez icy, Mademoiselle. - Bbrthod, Pari» en ver» burl., i65a.
Elle le patine et le flatte ,
Luy met des guirlandes de fleurs,
Qu'avec galand» de ses couleurs
A ses cornes elle entoKille. - Richkr, Ovide bouffon, 166s, p. a6&.
Elle fît floter sur son eau
De Proserpine la ceinture ,
Son galant et sa garniture. - Id., ibid., p. 586.
Un brandon de galand» luy sortoit de sa poche comme d'une corne d'abondance.
M"' DE ViLLEDiEU, Récit de la farce dn Précieu»e$.
♦ Le Pays, Amitiez, amour», amourette», écrit toute une longue lettre remplie d'équivoques sur le môme sujet (i665), p. 176-177.
Môme jpu de mots dans Montrcuil, Œuvr., 1666, p. 86 : «Vous estes trop galante pour n'avoir que des galant» (amoureux) à galant» noirsT», c'est-à-dire à rubans noirs, comme en portaient ies abbés.