‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 2)Chapitre 432 sur 596 · GODELUREAU · texte numérisé non relu

GODELUREAU

55 Enfin on vid en cette dance Sauter et bêler en cadence En habits de goMureau, Trèfle, pique, cœur et carreau.

LoRBT, Mvzê hiêtûT., 18 novembre i656.

190 Ce beau teint de ]ys et de roze Qui plait à maint goddureau Est la propre soeur du boiureau. - Id., ibid,, 97 septenibre 1659.

Quantité de godelureaux

Luy venoicnt conter mots nouveaux,

La prétendant en mariage.

RicflBB, Ovide bouffon, 166a, p. 58 ; - Cf. Id., ibid,, p. 178 et ^93.

Hé I bien, mariez-vous.

— Mais si, durant ce mal, ma femme avec Tersandre, Certain godelureau qui ne vaut pas le pendre. Loin d'avoir soin de moi souhaitoit mon trépas, J*enragerois. — Hél bien, ne vous mariez pas.

QuiRAULT, Comidie èmu comédie, III, 7.

Je ne beux pas souflnr qu'aucun godeluriau approche mon domaine de la vanlieue. - La Font., VII, p. 686 : Coupe enehanUe, se. 17.

Que diable cherche ici ce god^iureau-W

Rbgrard, Uom, à h, fort., III, 3; - Cf. Is., ibid.^ III, 8; - Mariage de la Folie, se. 5.

Approchez, financiers, plumets, chevaliers, et vous godelureaux les plus déterminez : paroissez sur la scène. - Id., Divorce, III, 6.

3|c Le plus ancien dictionnaire où nous ayons trouvé ce mot est celui de Gotgrave (1611), qui donne à la fois godelureau et goguelureau, et les traduit Tun et Tautre par eoxeomie, a proud coxcombe, c'est-à-dire trfol, sot, godelureau, badaul, naudin, prdingant, goguelureau?); de plus, il traduit godelureau par a goll, c'est-à-dire crbesmus, frasque, goie^ lureau, guillaume, jangipon, jobelin, mat, niais, oison bridé». Nous ne l'avons pi» trouvé ensuite que : en i6âa, dans les Rech. ital, et Jr. de Oudin, dans le Dietiom, dm Rimes de 1 668, où il est écrit en italiques comme trbourlesquc, bas ou vieux»; en t6So, dans les Origineê de Ménage, qui le dérive de gaudere; en 1660, dans Duez, dans Gésir Oudin, et leurs éditions successives; en 1680, dans Richelet; en 1690, dans Furetière; en 1696, dans l'Académie; mais ou le cherche vainement dans Pomey (1676), Gaudin (1677), dans Guy Miège (1679), dans Dauel (i683), dans Joubert (1795). Ce mot était donc assez peu autorisé dans la langue. Il semble que godelureau soit une prononciation corrompue de goguelureau, lequel a son étymologie dans goguelu, qui vient lui-même de gogue, fête, raillerie, galté, d où goguette; et ce mot goguelureau qui parait, pour la pre mière fois, dans le Diction. lat,-fr, de Rob. Eslicnne {éâiL de 1569) se retrouve dans de nombreux dictionnaires jusqu'à celui de Guy Miège (1679), à la suite de goguelu , et se traduit toujours comme godelureau. En 1606, on lit dans le Nicot : tt Goguelu, est un mot de mespris et mocquerie dont le François brocarde un petit compagnon qui se porte en superbe, comme quand il dit d'un glorieux qui se pavane et se veut, par contenance hautaine, faire valoir, c'est un goguelu, et, par plus grand desdain encore, goguehtrvam, diminutif de ^ogu«/tt. n Duez, en 1671, écrit ^au(i(>/ttreau.

Richelet prétend que ce mot n'entre que dans le burlesque et dans le plus bas style, tout en constatant qu'on le trouve fréquemment chez un fameux historien , membre de l'Académie française.

goguenard &91

Goguenard.

389 Riez donc, beau rieur. Ohl que cela doit plaire

De voir un goguenard presque sexagénaire ï- Éc. des Mar. , 1 , a.

loZiS (Us) pensent avoir dit le meilleur mot du monde

Lorsqu'ils viennent, d'un ton de mauvais goguenard,

Vous railler sottement sur Tamour d'un vieillard. -Ibid., III, 8.

Je vous ai bien dit que c'étoit un médecin goguenard.

Méd. malgré lui. II, 3.

Mauvais plaisans, francs goguenan.

Tels que, dans le pays du Maine Est le bon Monsieur de Vilaine,. . • C^est de luy que ce moi je tiens.

ScABRon, Recueil de çuelpiee vers hurleequee, Paris, Quinet, i6à5, p. lag; - Cf. Id., Virg. trav,, 1706; 11, p. 9&1-9&9.

67 Quelques courdzans goguenarde

Luy vouloient dire des brocards. - Lorbt, Muz» hietor., 3o avril t65i.

83 ... On m*a seulement apris Ghei un gros bourgeois de Paris Que ledit Prince enigmatique West pas seulement politique, . . .

Mais goguenard, goinfre et galant. - Id., ilnd., 9 juin i65».

965 Ayant le cœur tout goguenard

De laisser son chien de comard. . • - Id., ibid., 96 janvier 166 A.

Maudit sexe, dit-il ensuite,. . .

Falloit-il pour un goguenard Me berner. . .?

Riches, Ovide bouffon, 166a, p. ai5 ; - Cf. Id., ibid,, p. 55.i.

Courbé sur son bâton, le bon petit vieillard Tousse, crache, se mouche et fait le goguenard, De contes du vieux temps étourdit Isabelle : C'est tout ce que je crois qu'il peut faire auprès d'elle.

QuiNAULT, Mère coquette, I, 9.

Je m'en vais vous conter une histoire pour rire ; Le gre£Ber de Porcheux, un plaisant goguenard. M'en a fait le récit dans son style gaillard.

Robinet, Panég. de VEc, des Fem,, i'* entrée.

^ Voir cî-desHUS, p. 3 98, au mot Fait, n° 3, un extrait de Chetaliir, Le» Amoure de CaJotin.

1 33 Rome donc eut naguère un maitrc dans cet art Qui du Tien et du Mien tire son origine ; Homme qui hors de là faisoil le gouguenard.

La Font., V, p. /i37 : Conte», IV, 8.

187 Toutefois n'allez pas, goguenard dangereux.

Faire Dieu le sujet d'un badinage affreux. - Dbspb., Art poét,, chant II.

&9S 60GUENARDERIE — GOULU

Je Tau le goguenard, je ris, je m^émancipc.

MoNTFLBURr, FetH. jug-ë et partie, I, 3.

... Je n'ai rien trouvé de si plaisant que vous.

— Un peu trop goguenard, peut-être. - Id., Crûp, gentiih, , III, 7.

El comme c'est un air à demi goguenard. Je Tai pris sur un ton entre doux et hagard.

Poisson, ConM, êom titre, V, /i ; - Cf. Id., Les Fem. coq,, IV, is.

* 9 Goguenard ne se dit que dans le style bas et familier; ce n'est pas un nom fart honorable. On dit ordinairement d'un homme qui 9e mêle de railler sur tout , et de ùm des pointes à tout propos sans beaucoup d'esprit , que c'est uo goguenard; et il y a apparence que M. Ménage (dans ses Obeerv. eur la long, franc.) n'a pas prétendu louer k P. Bouhours quand il a dit, dans son Avi$ au Lecteur : v Notre Rév. Père Goguenard, qm «ne cherche qu'à faire rire ses lecteurs.» - Aiidrt de BoisasoiaD, Réfi, sirr Fumge frà, de la long, franc,, 169a, p. a/ia.

Goguenard, gog%tenarder, sont de la même famille que gogue, gogueiu, gagueli godelureau, Goguenarder parait, dès 1611, dans le Goîgrave; mais on ne trouve mwnard dans aucun lexique avant i6&a {Reck, itaL et franc, de César Oudin). Le Dietien. dee Rùnee de 16&8 le donne aussi, puis Ménage, dans ses Originee en s65o.

GOGUBNARDERIE.

Je VOUS ai bien dit que c'étoit un médecin goguenard. — Oui, mais je Tenvoirois promener avec ses goguenarderies. - Méd. malgré fut , II, 9.

4c Voir Goguenard.

Gorge : se couper la gorge, se battre en duel.

Je viens vous dire civilement qu'il faut, si vous le trouvez bon, quf nous nous coupions la gorge ensemble ... — Je suis votre valet ; je n ai point de gorge à me couper. - Mar. forcé, se. 9.

Mais jamais mon neveu ne sera son époux, Qu^ii ne $e soit coupé la gorge avecque vous.

MoNTPLBURY, Fille Capitaine, V, ift.

Goulu.

A A 3 C'est que chacun n'a pas cette amitié goulue

Qui n'en veut que pour soi. — Éc. des Fem., II, 3.

Quant à moy, Beys, je te jure.

Que mes yeux de lire goulus , De tes vers déjà deux fois lus Ne pouvoient quitter la lecture.

ScARBox. Œuvr., Paris, David, 1700: I, p. 60.

i^ucullc estoit trop dissolu, Crasse , de Targent trop goulu.

Id., ibid.; I, p. 365; - Cf. Virg. trav., Paris, 1706; I, p. M.

60URMÂDE — GOURMANDER &93

Le Conquérant chef des gouiuê (Alexandre). . . Grioît tousjours : fy des bolus 1 Au diantre soyent les aposemes I

SAiirT^AMANT, Œuvr., bibl. eizév., 11, p. 89; - Cf. 1d., ibid., p. &06.

Ce colonel goguelu

Est de renom trop goulu. - Brébbup, Lucain trav,, i656, p. 79.

Le Parasite n^y est point goulu par delà la vraisemblance.

La Font., Vil, p. 7 : L'Eun. (A vert.).

C'est ma sœur qui se fâche; elle veut qu'il n'y ait de mari que pour elle. — Oh I la goulue! - Rbgnabd, //om. à h. fort, y I, 6.

GOURMADE, acte de brutalité, coup de poing.

i56& Je ne sais qui me lient quavec une gourmade Ma main de ce discours ne venge la bravade.

Ec. des Fetn., V, i.

iEneas sa barbe arrachoit, Se cassoit les dents de gourmades, Et meurtrissoit de souffletades Son visage de pleurs couvert.

ScARRon, Virg, trav,, Paris, Da\id, 1706; IK p. 3 ; - Cf. Id., ibid,, II, p. a 9 6.

i55 Apres pourtant pluzieurs gourmades, Assauts, horions, pétarrades.

Ces deux obstinez champions . . .

De se tapoter se lassèrent. - Lorkt, Muze liiator,, ua septembre iG5a.

391 Cent mains furent égratignées.

Cent gourmadfs furent données. - Id., ibid,, 9 mars i658.

Là mesme, deux frères jumeaux.

Des plus grands casseurs de museaux.

Invincibles si la gourmade Pouvoit parer à Testorade , . . .

Eurent leur fait par Phineus.

llicHBB, Ovide bouffon, 1669, p. 599-593.

Estimez-vous beaucoup Tair dont vous aflcclez D'estropier les gens par vos civilitez?

Ces compliments de main , ces rudes embrassades , Ces saints qui font peur, ces bonjours k gourtnade» ? ' Ne reviendrez-vous point de toutes ces façons? - Qdinault, Mère axiuetU, 1, 3.

Je ne sais maintenant qui retient mon courage

Que de vingt coups de poing au milieu du visage . . .

— Ho ! Monsieur, doucement. — Vous pourriez bien ici ,

Vous, la belle, attraper quelque gourmade aussi. - Regnabd, Fol, am,, 1, 9.

GOURMANDER, corriger, aujiguré.

Un carré de mouton gourmande de persil. - Bourg, gent, , IV, i . * C'est-à-dire probablement , entoure de persil.

àU GOURMANDER — 60URMER

Noos n^avons trouvé cette expression dans aucun ouvrage techmqne, ni dans ie Gcis»nierjrançm de La Yarenne (i659), ni dans le Jardwier françoi» (i655) qui donne beaucoup de recettes de cuisine, ni dans VEêcoUe dn ragouiU (1680).

Peut-être est^-ce dans le même sens que Quinault a employé le mot eourotmé :

Gardes, marrons, pignons et fins palais de bceuf, Couronnh de citron , grenade et jaune d'œuf.

Quinault Amant iridiscret, I, 3.

GouRMANDEB, dominer, maîtriser.

^79 ^^ prétends gourmander mes propres sentiments, Et me soumettre en tout à vos commandements.

Sgan.y se. 18.

Après que la mer se sera laissé gourmander à votre arrogance , une petite !»eiiti se moquera de vous. - Malb., II , p. aoo.

Vous qui gourmandiez funivers ,

Césars aujourd*huy dans la bière ,

La flamme vous dispute aux vers. ~ Aht. Gorn. , Ode,

Gourmandez si bien vostre cbair Que vous fassiez mourir le vice.

Saint-Amant, Œuvr,, bibl. elxév., 1, p. 180

55 Une fièvre ardente et félonne Ataqua sa noble personne; il dezira, sans marchander, Passer outre et la gottrmander, - Lorbt, Muzê hUtor,, 3 juillet s 655.

Prétendre, la plume à la main, gourmander les vices et décrier la raison qui eo fait voir la turpitude , n^est pas autrement de bon sens.

Gotir, Crit, déeintér., 1666; Nouv. Coll. moliér., p. iB.

Monsieur, puisque Tappétit de la noce vous gourmande si fort, allez voir le sérail de l'Empereur du Cap-Vert. - Regnard et DuraiNT, Foire Sotni-Germain , III, 8.

Tu ne peux gourmander un penchanl trop fatal. - Regnard , Démocr. , IV, h.

GOURMER : SE 60URMER, ce bouchonner à coups de peins a. - MoNET, iG36.

5o3 Qu'ils s'accordent ontreux, ou se gourment, qu'importe?

Fem. sav.y II, 6.

* Gourmei* se trouve dans presque tous les dictionnaires anciens avec le sens de tf mettre une gourtnette à un cheval 7) ; Cotgrave, dès 1611, Monet, mais seulement en t636 et pas encore en i6ao, lui donnent le sens de «rse quereller, se battre?).

11 parle des Religieux comme de quelques gueux de Tostiere ou de quelques frippons qui se gourment dans les ruelles à Vescart et sans tesmoins.

Le P. Garasse, Hech. des Rech, de ht Est, Pasquier, 1699, p. 85o-85i.

ApWvs l'avoir bien gourmé et égraligné au visage, il se mit à courir tout au loi^g du dortoir. - D*Ouville, Contes , 16/t/t; édit. Jouaustf II « p* a&5.

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