‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 2)Chapitre 490 sur 596 · HONNÊTE HOMME · texte numérisé non relu

HONNÊTE HOMME

naturelle sans aflectation ni négligence; qu'il recherche la ver lu, suive les bonnes lettres, n'ignore ni la philosophie, ni les sciences, ni la politique, ni Thistoirc; qu'il aime les arts, la poésie, la peinture, la musique; qu'il respecte la religion et la foi; — à la Cour, qu'il se fasse une vie tranquille, sans inquiétudes ambitieuses, et qu'il traverse la corruption sans en être souillé; qu'il ait toujours le souci de sa dignité, et s'abstienne de toute action, de tout bon mot qui auroient une apparence de bouffonnerie; il faut enfin que, par sa modestie, sa complaisance, sa sincérité, il sache, s'il est gentilhomme, conserver l'estime qu'on a d'abord pour lui, et, s'il ne l'est pas, la conquérir.

Que deux hommes également bien faits se présentent dans une compagnie, «lorsque Ton viendrait à sçavoir que l'un est gentilhomme et que l'autre ne l'est pas, il faudroit que ce dernier mist beaucoup de temps devant que de donner de soy la nonne opinion que le gentilhomme auroit acquise en un moment par la seule connoissance qu'on auroit eue de son extraction» (p. 9). — Cependant tril faut dire hautement que nostre Cour a cet avantage par dessus toutes celles qui sont au monde, qu'un honne$te homme, quand mesme il seroit nay assez bassement pour n'oser s'approcher des grands qu'avec des soumissions d'esclave, que si une fois il leur peut faire connottre ce qu'il vaut, il les verra à l'envy les uns des autres prendre plaisir à l'eslever jusqu'à leur familière conversation»

L'epîthete à'honeste n'avoit force autrefois qu'en disant un honeste hcmme, pour signifier un homme accomply en toutes sortes de perfections et de vertus. . . Mais depuis qu'il y a eu un livre de ce nom {L'Honneste homme, par Faret), il a passé avec raison à des significations plus amples. - Sorel, Connoits, des bons livrée, 1671, p. 5.

Passons en revue les dictionnaires.

Rob. Estienne (iSSq et 1669), Nicot (1673, 1606, 1618, 163 5) définissent Vhonfiefte homme et courtois : bellus homo, urbanus et civilis; Monet (i6âo, i636) : hotmeste homme, honorable : honestus homo, honestus vir, honore dignus vir, honore ac laude dignus homo; le Diction. iiaL de 16a 5 : honneste homme, louable et de vertu, et de bonne réputation : honesto huomo , lodevole e di virtù , e di huona riputatione ; honneste homme et courtois, onesto huomo e cortese. — Les Rech. ital, et franc, de César Oudin (1669) : honneste homme, huomo di garbo, galant'huomo, huomo onorato. — Cotgrave (1611, 1689, 1600) n'a pas d'article spécial; Duoz, Diction. franç.-itaL (1660), répète le César Oudin de 1663; Ant. Oudin, Diction, franç.-esp. (1660), traduit : honneste homme, hombre honrado y cumpiido; Pomey (1676), Gaudin (1677) : honneste homme, honestus homo, et laude dignus; Guy Miège (1679) : an honest man, a good man; Richelet (1680): ff Honnête, qui a de l'honnêteté, de la civilité : Vhonnète homme est celuy qui ne se pique de rien. Paso.» — Furetière (1690) : fx Honneste, on le dit premièrement de l'homme de bien, du galant homme, qui a pris l'air du monde, qui sçait vivre.»

L'Académie française, dans sa première édition (169/i), fait plusieurs distinctions : 1" ff Honneste, vertueux, conforme k l'honneur et à la vertu; cela est indigne d'un honneste homme ; 9"* honneste homme , outre la signification qui a été couchée dans le premier article et qui veut dire homme d'honneur, homme de probité, comprend encore toutes les qualitez agréables qu'un homme peut avoir dans la vie civile : il faut bien des qualitez pour faire un honneste homme; 3° quelquefois on appelle aussi honneste homme, un homme en qui on ne considère alors que les qualitez agréables et les manières du monde; et en ce sens, honneste homme ne veut dire autre chose que galant homme, homme de bonne conversation, de bonne compagnie.» — Dans sa deuxième édition (1718), l'Académie supprime le troisième article , qui , en effet , se confond avec le second. Dans sa troisième édition (17/io), dans la quatnème (176-3) et dans la cinquième (an vii-1799), l'Académie reproduit la seconde, en demandant à ïhonnête homtne des qualités sociales et agréables. . . ; la sixième édition (1 835) et la septième (1878) sont conformes aux précédentes depuis la seconde, mais, au deuxième article, ajoutent : «Cette acception a vieilli.»

De l'examen qui précède , il résulte que le sens généralement admis au xvii* siècle était en usage dès le xvi', qu'il s'est maintenu au xviii' et qu'il tend à se perdre au xix*.

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