‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 3)Chapitre 211 sur 625 · ENNUI · texte numérisé non relu

ENNUI

Simple, ne vois-tu pas que c'est ton avantage Qu'à sa perfection je daigne rendre hommage , Et que ma passion ennobUt ton amour. . .

— Je me passerais bien de Y ennoblissement. - Th. Cork. , Amour à la mode , III , 1 .

Vous pourriez bien alors, Monsieur, être pendu.

— Maraull — Je vous entends; il serpit plus honnête,

Pour vous mieux ennoblir, qu'on vous coupât la tête. - Id., D. Juan, III, 7.

L'Egypte n'oublioit rien pour polir l'esprit, ennoblir le cœur, et fortifier le corps.

Bossuet, Hist. univ., in-6°, 1681, p. 46 1.

* On a toujours dit anoblir ou ennoblir indifféremment, qu'il s'agit de conférer la noblesse ou de rendre illustre; les deux formes avaient la même prononciation : «L'e se prononce comme un a, et la première n ne se prononce point dans ces mots : ennoblir, hennir, car on dit anoblir, hanirn (Billecocq, Réglée de la prononc. franc, , 1711, p. 75). Quant à la puérile différence du sens, elle remonte à l'année 1673.

Cette année, l'Académie française ayant eu l'intention de publier des Observations touchant l'orthographe, les cahiers rédigés par Mézeray furent soumis à plusieurs académiciens, qui y joignirent leurs remarques. M. Marty-Laveaux a publié ces textes curieux (Paris, Gay, i863); nous en détachons le passage suivant :

trEn marge d'un passage où l'on examine quelles sont les consonnes qu'il faut doubler, Bossuet écrit : <r . . . Annoblir ou anoblir, ou bien est-ce ennoblir, comme quelques-uns l'écrivent, mal à mon avis, et contre l'analogie?»

Au-dessous, Pellisson ajoute : «Bon pour toute la remarque». . .

On trouve un peu plus loin, dans le texte de Mézeray, la règle suivante : «Généralement parlant, quand il y «r a un a ou un e devant ïn, elle est simple; exceptez. . . ennuy, ennoblir (illustrer).»

Voici les notes que la dernière partie de cette remarque a provoquées :

9 Ennoblir, j'en doute» (Tallemakt). — wJe doute à'ennoblirn (Segrais). — erOn escrit annoblir. H a esté décidé dans la Compagnie qu anoblir est rendre noble , et ennoblir rendre illustre» (Docjat). — «r Je doute un peu tf ennoblir, mais je me rends à l'autorité de la Compaignie si elle le décide» (Bossuet). — <r J'appelle ad majus concilium sur la distinction prétendue d'ano&ftr et ennoblir. Je croy le dernier mauvais» (Pellisson).

«Par malheur, ajoute M. Marty-Laveaux, Pellisson ne donna pas suite a cet appel, ou bien il ne fut pas accueilli favorablement, car la dernière édition des Remarques maintient cette distinction, à coup sûr fort arbitraire et très peu fondée.»

ENNUI, chagrin violent.

567 Adieu, je sens mon cœur qui se gonfle d'ennui,

Et m'en vais tout mon soûl pleurer avecque lui. - LïEt. , II, 3.

1 i3o De quelque grand ennui qu'il puisse être agité,

11 en aura toujours moins qu'il n'a mérité. - D. Gare, IV, 1.

1714 Quels maux peuvent, ô Ciell égaler mes ennuis!

Ec. des Fem., V, 8.

i546 11 se met au-dessus de ces sortes d'affaires,

Et n'a garde de prendre aucune ombre d'ennui

De tout ce qui n'est pas pour dépendre de lui. - Fem. sav., V, t.

1709 Achevons notre affaire, et quittez votre ennui. - Ibid., V, U.

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