‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 3)Chapitre 282 sur 625 · EXACT · texte numérisé non relu

EXACT

Exact.

107 Mais Trufaldin pour elle

Fait de nuit et de jour exacte sentinelle. - L'Ét., l\ 2.

1 i3d Je veux, pour espion qui soit d'exacte vue,

Prendre le savetier du coin de notre rue. - Éc. des Fem., IV, 5.

1&28 Outre qu'aux yeux du monde il faut cacher sa fuite,

Et qu'on en pourra faire une exacte poursuite. . . - 76ûi., V, 2.

Le Ciel qui vous a souffert jusques ici, ne pourra souffrir du tout cette dernière horreur. — Va, va, le Ciel n'est pas si exact que tu penses. - D, Juan, V, 4.

Prends bien garde

Qu'elle soupçonne rien de cette exacte garde.

Bois-ReuBT, Folle Gageure, II, 1.

Car je te croy fidelle , et mon honneur despend

De cette exacte garde et du soin qu'on en prend. - Id. , ibid. , III , 5.

La Déesse le ramena en sa maison, où depuis elle Ta retenu un peu de court, et a veillé plus exactement sur sa conduite. - Fuhbtiere, Rom, bourg,, p. 183.

Je le crois fort exact.

Quand on a sa parole , elle vaut un contrat.

Bouisâolt, Médecin volant, se. 19.

C'est (le style de la satyre) une prose habillée en vers. . . Il n'y a point de genre d'écrire où il faille estre plus exact, ny où l'on doive moins se licencier. Corai, Crit, désintér.; Nouv. Coll. moliér., p. 6 3-6 k,

7 Des registres exacte de mise et de recette.

La Font., II, p. 991 : FabL, XII, 7.

99 En confesseur exact il fit conter l'histoire. - Id., V, p. 348 : Contée, IV, h,

La diète très exacte qu'ils observent depuis cinq mois. - Rac, VII, 933 : Letlr.

9 Dans une exacte et sainte austérité. - Id., IV, 196 : Poe*, div.

J'ai une civilité très exacte parmi les femmes. - La Rochef., I, 1 1.

Ces nouveaux amis ne sont pas exacts à tenir leur parole. - Id., III, 87.

Esdras mit en ordre les Livres Saints, dont il fit une exacte revision.

Bossuet, Hxtt. univ., in-4°, 1681, p. 58; - Cf. Id., ibid., p. 960, 5o5; - But. det Var., 9 in-4°, 1688; I, p. 75.

Un auteur exact et scrupuleux. - La Bnur. , I, 608.

* Exact ne se trouve ni dans Rob. Estienne (1539), ni dans Nicot (1573, 1606); en 1606, cependant, Nicot donne exactement, qu'on retrouve seul aussi, dans les édit. de 1618 et de 1695. 11 parait pour la première fois dans le Diction, franc. -espagn. de Jean Palet, en i6o4, avec le sens de ponctuel (puntual) et scrupuleux sur le point d'honneur (pundonoroso). Hiérosme Victor, dans son Trésor des trois langues (1606), lui donne le même sens. En 1611, Gotgrave, dans sa partie française, ne le donne pas; mais, dans sa partie anglaise, il traduit exact par «exact, exquis, précis». — Voir Exactitude,

296 exactitude

Exactitude.

Vous faites le poète, et vous devez. . . marquer. . . cette exactitude de prononciation qui appuie sur toutes les syllabes, et ne laisse échapper aucune lettre de la plus sévère orthographe. - Impr. de Fer»., se. i.

V exactitude qu'on y avoit (en Egypte) à garder les petites choses, maintenoit les grandes.

Bossubt, Hist. univ., in- 4°, 1681, p. ÛA5; - CC Id., ibid., p. S07, £78; - Hist. de* Var., 9 in-A°, 1688; I, p. A06.

* tt Exact, exactitude. Plusieurs disent exacte au masculin pour exact, et très mat Exacte ne se dit qu'au féminin.

«Pour exactitude, c'est un mot que j'ay veu naistre comme un monstre, contre quoy tout le monde s'escrioit; mais enfin on s'y est apprivoisé, et dez-lors j'en fis ce jugement qui se peut faire de mesrae de beaucoup d'autres mots, qu'à cause qu'on en avoit besoin et qu'il étoit commode, il ne manquerait pas de s'établir. Il y en a qui disent exaction, mais il est insupportable pour son équivoque (à cause du sens d'extorsion). . . Quelquesuns ont escrit depuis exacteté, qui est sans doute beaucoup moins mauvais qu'exact»*; mais comme il n est point connu , et qu'il vient un peu tard après quexactitude a desji le droit d'une longue possession tout acquis, je ne vois pas, quelque authorité que luy donne la réputation de son autheur (Balzac, d'après Gonrart),. . . et parce qu'il n'y a

Sue luy encore qui en ait usé, je ne crois pas, dis-je, qu'il puisse jamais prendre la place e l'autre. S'il fust venu le premier, peut-estre qu'on î'auroit mieux receu d'abord qu'en»titude, quoyque tous deux ayent des terminaisons qui ne sont pas nouvelles en nostre langue, puisque nous disons solitude, habitude, incertitude, ingratitude, etc., et netteté, sainteté, honnesteté. . . Mais l'usage, qui est pour exactitude, l'emporte. Aussi ai-je ouy dire que l'Àutheur, qui avoit dit exacteté en ses premiers livres, a dit exactitude dans les (Jerniere et s'est corrigé.» - Vaugelas, édit. Cbassang, I, p. 377-878.

Sur ce passage de Vaugelas, Patru remarque qu'Àmyot, au commencement de la Vie de Thésée dans sa traduction de Plutarque, a dit certaineté au lieu de certitude; Th. Corneille n'admet ni exaction, qui existe, mais avec le sens d'extorsion, ni exacteté, dont Chapelain a cependant trouvé un exemple dans le livre de la Fréquente communion, d'Arnaud : l'usage veut exactitude. — L'Académie française se rallie à Th. Corneille.

«Aujourd'huy, l'on met en crédit exactitude, gratitude et quiétude. n - Soûl, Disc, sur VAcad. franc., i654.

«Les mots à! exactitude et de gratitude sont fort en usage.» - 1d., Connais, des Lmr., 1671, p. 386.

«Vous savez quexactitude, emportement, habileté, plaisanterie. . . sont des termes asseï nouveaux.» - Le P. Bouhouis, Àriste et Eugène, a* édit, 1671, p. 116.

<rll (le public) accepte volontiers les mots dont les auteurs ne paraissent point; et il a ainsi accepté exactitude , gratitude, habileté, emportement, connaisseur, intrépide, et tant d'autres dont l'origine est obscure.» - 1d. , Doutes, 167 k, p. 5s.

Le plus ancien dictionnaire où figure exactitude est le Diction, des Rimes de 1 648, avec sollicitude, béatitude, certitude, et môme décrépitude imprimé en italiques comme tous les mots trbouriesques, bas ou vieux». — On ne le retrouve plus ensuite, jusqu'à RicbelK (1680), que dans le Diction, franç.-ital. de Natb. Duez (1671), dans le Diction* franç.lat. de Pomey, en 1676, et de Gaudin (1677), enfin dans le Diction. franç.-itol.\mçnmé en Suisse, au château de Duillier, en 1677.

Furetière (1690) donne comme exemple de l'emploi du mot : «On a appelé l'Académie Françoise Y Académie de l'exactitude, n

EXAGÉRATEUR — EXCITER À... 297

EXAGÉRATEUR.

C'est un homme . . . point du tout exagérateur incommode.

Am. magnif., II, a.

Je ne suis point exagérateur,

Balzac, in-fol., 1 665; 11, p. 177 : Arietippe, au de la Cour.

* Richelet (1680) donne exagération; Furetière (1690), exaggeratxj, exageération , exaggérer; mais exaggérateur parait, pour la première fois, dans la première édition de l'Académie française (1 69 A) et, dès la seconde (1718), devient exagérateur.

Excellent : le plus excellent, au supwkiif.

J'aurais voulu faire voir. . . que les plus excellentes choses sont sujettes à être copiées par de mauvais singes. - Prie, rid., Préf.

17 D n'est dans tous les arts secret plue excellent

Que d'y voir sa portée et choisir son talent. - Coin., X, p. 177 : Poée. div.

C'est mentir à la face du soleil que de parler de cette sorte, à moins de vouloir compter parmi le» plue excellent hommes de l'Eglise les Ariens et les demi-Ariens, qui seuls se sont opposez au consubstantiel.

Bossoit, Avert. aux Proteet., in-&°, 1689-1691; VP, S 108, p. 781.

Qui peut, avec. . • le plue excellent mérite , n'être pas convaincu de son inutilité? - La Brut., 1, i5i.

N'y épargnes rien, grande Reine; employez-y l'or et tout l'art dee plue excellente ouvriers. - Id., 1, p. 971. •

* Nos anciens grammairiens ne considéraient pas excellent comme étant, par luimême, un superlatif et n'admettant aucun degré de comparaison. L'abbé Régnier des Marais, secrétaire perpétuel de l'Académie française, qui publia, par ordre de l'Académie, une Grammaire française, dit, par exemple : «Lorsque pour louer l'excellence d'un vin, on dit que : c'est le vin des vins, c'est comme si on disoit : c'est le plue excellent des vins.»- Régnier Desmarais, Gram. franc., 1706, p. 187.

L'Académie française, au mot excellent, ne donne aucun exemple ni du comparatif, ni du superlatif; mais sa définition, dans la dernière édition de son Diction. (1878), exclut toute idée de comparaison : tt excellent, qui excelle; qui a le plus haut degré ou un très haut degré de bonté, de perfection».

Exciter a . . . , exciter dans . . .

1672 Et dans cette douleur que l'amitié m excite.

Je m'accuse pour vous de mon peu de mérite. - D. Garc.,V, û.

* Corneille a employé exciter à, mais dans le sens d'exciter contre :

989 Que ce jeune Monarque, immolé de ta main, Te rende abominable à tout le genre humain ; Qu'il t'excite partout des haines immortelles. - Corn., Perth., III , 3.

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