‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 3)Chapitre 375 sur 625 · FONDS OU FOND · texte numérisé non relu

FONDS OU FOND

confondre, et crue les Latins appellent diversement, car fond sans * se dit en latin hoc fundum, et fonds avec une s, hicfundus. Fond sans s est la partie la plus basse de ce qui contient ou qui peut contenir quelque chose, comme le fond du tonneau, le fond du verre, le fond de la mer, le fond a un puits. . . — Fonds avec s est proprement la terre qui produit les fruits propres à la nourriture de l'homme ou des animaux ; mais cette signification s'étend fi&urément à tout ce qui rapporte du profit, et à beaucoup d'autres choses encore qu'il n est pas à propos de dire icy . . . On dira : il a vingt mille livres de rente en fonde de terre, avec une s, et non pas en fond de terre sans s. Et de même dans le figuré : il n'y a point de fonds, il faut faire un fonds, etc.; il faut dire fonds et non pas fond, car cefonds-\h vient àefundus, et non pas de fundum, le français ayant conservé l'#, au propre et au figuré, du mot de fundus, et ne l'ayant pas receue en celuy qui vient de fundum, comme il n'y en a point en latin.» - Édit. Ghassang, II, p. 35.

Ménage combat l'avis de Vaugelas : tr Cette observation, dit-il, qu'on a tant vantée est absolument fausse.» Il affirme ensuite que les Latins ont dit fundus dans les deux sens notés par Vaugelas ; il ajoute que les mots françois ne sont pas dérivés du nominatif des mots latins, mais de l'ablatif; tron peut donc fort bien dire, contre l'opinion de M. de Vaugelas, un fond de terre, un fond tenu en franc-alleu. Je dis plus : on ne dirait pas bien : un fonds de terre, un fonds tenu en franc-alleu. Et quand on dit : il a vingt nulle livres de rente en fonds de terre,. . . c'est parce que fonds en cet endroit est pluriel. . . Je demeure pourtant d'accord qu'on peut dire et qu'on dit d'ordinaire : il faut faire un fonds ; mais je soutiens aussi que ce ne serait pas mal dit : il faut faire un fond. . • Quoi qu'il en soit, Ronconnet et Nicot ont remarqué dans leur Dictionnaire qu'on disoit indifféremment fond et fonds pour le bas et l\uterieur d'une chose. . . n - Obeerv,, I, 1679, p. 1 5o-i5a.

Dans son Commentaire sur Vaugelas, Th. Corneille résume l'observation de Ménage et conclut ainsi : « Je suis persuadé de tout ce que dit M. Ménage , et cela me fait écrire fond et non pas/orufr.» - Voir Vaugblas, édit Chassang, II , p. 36.

L'Académie françoise, qui a donné aussi un commentaire sur les Remarques de Vaugelas, partage l'avis de celui-ci, contrairement à l'opinion de Ménage et de Th. Corneille. - Voir Vâuoklâs, édit. Chassang, II, p. 36-37.

Malgré l'autorité de Vaugelas et de l'Académie, la différence d'orthographe consacrant la différence de sens entre fond et fonds fut généralement méconnue même encore à la fin du xtii* siècle; nous nous bornerons à citer deux auteurs, Racine et Rossuet.

Racine, dans Andromaque, etc., a écrit fond, selon la règle : i5A6 Ne devois-tu pas lire en fond de ma pensée? - Ândrom., V, 3;

mais, dans l'autographe d'une lettre écrite le 9 ou le 3 juin 1661 à l'abbé Le Vasseur, on lit:

Quoi qu'il en soit, je vous excuse dans \e fonds. - VI, p. 399.

Avec Rossuet, en lisant les ouvrages imprimés sous ses yeux, on est complètement dérouté sur l'orthographe des deux mots; le plus souvent, il met fonds pour fond et fond pour fonds 1 mais on trouve quelques exceptions.

i° Fonds pour/owrf»

Sous Sedecias,. . * la ville (de Jérusalem) fut renversée de fonde en comble. HisU univ., in-û°, 1681, p. 38. -Pour l'expression de fonds en comble, Cf.ibid., p. 89, 86, 3i8, 335; - Hist.des Var., 9 in-&°, 1688; I, p. 3a6, 379.

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