HONNÊTE HOMME
naturelle sans affectation ni négligence; qu'il recherche la vertu, suive les bonnes lettres, n'ignore ni la philosophie, ni les sciences, ni la politique, ni l'histoire; qu'il aime les arts, la poésie, la peinture, la musique; qu'il respecte la religion et la foi; — à la Cour, qu'il se fasse une vie tranquille, sans inquiétudes ambitieuses, et qu'il traverse la corruption sans eu être souillé ; qu'il ait toujours le souci de sa dignité , et s'abstienne de toute action, de tout bon mot qui auroient une apparence de bouffonnerie; il faut enûn que, par sa modestie, sa complaisance, sa sincérité, il sache, s'il est gentilhomme, conserver l'estime qu'on a d'abord pour lui, et, s'il ne Test pas, la conquérir.
Que deux hommes également bien faits se présentent dans une compagnie, «lorsque Ton vicndroit à sçavoir que l'un est gentilhomme et que l'autre ne l'est pas, il faudrait que ce dernier mist beaucoup de temps devant que de donner de soy la bonne opinion que le gentilhomme auroit acquise en un moment par la seule connoissance qu'on auroit eue de son extraction » (p. 9). — Cependant <ril faut dire hautement que nostre Cour a cet avantage par dessus toutes celles qui sont au monde, qu'un honne»te homme, quand mesme il seroil nay assez bassement pour n'oser s'approcher des grands qu'avec des soumissions d'esclave, que si une fois il leur peut faire connoitre ce qu'il vaut, il les verra à l'envy les uns des autres prendre plaisir à l'eslever jusqu'à leur familière conversation»
L'epithete d'honeste n'avoit force autrefois qu'en disant un hone$te homme, pour signifier un homme accomply en toutes sortes de perfections et de vertus. . . Mais depuis qu'il y a eu un livre de ce nom (L'Honne$te homme, par Faret), il a passé avec raison à des significations plus amples. - Sorel, Gonnoiss. de» bons livret, 1671, p. 5.
Passons en revue les dictionnaires.
Rob. Estienne (i53q et 15/19), Nicot (1573, 1606, 1618, i6a5) définissent Yhonnette homme et courtois : bellus homo, urbanus et civilis; Monet (i6ao, i636) : honneste homme, honorable : honestus homo, honestus vir, honore dignus vir, honore ac laude dignus homo; le Diction, ital. de 16a 5 : honneste homme, louable et de vertu, et de bonne réputation : honesto huomo, lodevole e di virtù, c di buona riputatione; honneste homme et courtois, onesto huomo e cortese. — Les Rech. ital. et franc, de César Oudin (i6Aa) : honneste homme, huomo di garbo, galant'huonio, huomo onorato. — Colgravc (1611, i63a, iG5o) n'a pas d'article spécial; Duez, Diction, franç.-ital. (1660), répèle le César Oudin de 16&2; Ant Oudin, Diction, franc. -esp. (1660), traduit : honneste homme, nombre honrado y cumplido; Pomey (167O), Gaudin (1677) : honneste homme, honestus homo, et laude dignus; Guy Miège (1679) : an honest man, a good man; Richelet (1680) : <r Honnête, qui a de l'honnêteté, de la civilité : Y honnête homme est celuy qui ne se pique de rien. Pasc» — Furetière (1690) : «Honneste, on le dit premièrement de l'homme de bien , du galant homme , qui a pris l'air du monde , qui sçait vivre. »
L'Académie française, dans sa première édition (169A), fait plusieurs distinctions : i° «Honneste, vertueux, conforme à l'honneur et à la vertu; cela est indigne d'un honneste homme ; a° honneste homme , outre la signification qui a été couchée dans le premier article et qui veut dire homme d'honneur, homme de probité, comprend encore toutes les qualitez agréables qu'un homme peut avoir dans la vie civile : il faut bien des qualitez pour faire un honneste homme; 3° quelquefois on appelle aussi honneste homme, un homme en qui on ne considère alors que les qualitez agréables et les manières du monde; et en ce sens, honneste homme ne veut dire autre chose que galant homme, homme de bonne conversation, de bonne compagnie.» — Dans sa deuxième édition (1718), l'Académie supprime le troisième article , qui , en effet , se confond avec le second. Dans sa troisième édition (17/10), dans la quatrième (176a) et dans la cinquième (an vn-1799), l'Académie reproduit la seconde, en demandant à Y honnête homme des qualités sociales et agréables. . . ; la sixième édition (1 835) et la septième (1878) sont conformes aux précédentes depuis la seconde, mais, au deuxième article, ajoutent : « Cette acception a vieilli.»
De l'examen qui précède, il résulte que le sens généralement admis au xvna siècle était en usage dès le xvi% qu'il s'est maintenu au xviu* et qu'il tend à se perdre au xix'.