‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 3)Chapitre 539 sur 625 · INCARTADE · texte numérisé non relu

INCARTADE

Ils ont raison de ne vouloir pas qu'on leur impute leur soumission à foiblesse.

Bossu et, Avert. aux Protest., in-4°, 1689-1691, V, S 16, p. 317; - Cf. Id., ibid., I, S 5, p. 9; VI, S 65, p. 554-555.

Incartade.

/199 Être mort de la sorte! — Il a certes grand tort :

Je lui sais mauvais gré d'une telle incartade. - UEt., II, 3.

99 Mon importun et lui, courant à l'embrassade, Ont surpris les passants de leur brusque incartade.

Fâch.,l, 1.

îoa Non, tout de bon, quittez toutes ces incartades. - Misanth., I, 1.

39 5 Je t'en crois sans jurer, avec tes incartades. - Cobr., Ment, I, h.

C'est le plus grand des sots que nature a formez.

— Il le faut achever avec la sérénade.

— - Sans doute il y fera quelque bonne incartade.

Gilet de la Tessokrbbie , Le Desniaisé, IV, a.

Mais l'hiver vint Des Aquilons Les incartade* infinies Firent des vagues aplanies Des montagnes et des vallons.

Scarron, Dent. CEuvr., Paris, David, 1700; I, p. a 56; -Cf. Id., Virg. trav., 1705; I, p. 58, 102, io5, i5i.

81 Odouardo, comédien. . .

Bravement ataquer oza Le Pantalon Bizognoza, Qui, pour repousser Vincartade , Mit soudain la main à l'espade. - Lobet, Muze histor., 16 février i656.

168 Je perdroîs icy mon crédit Et serois digne d'incartade Si j'oubliois la mascarade. - Id., ibid., 5 février i656.

a 57 Dans Londres encore on s'étonne De Vincartade fanfaronne Du sieur Baron Battevillain (Watteville). - Id., ibid., 99 octobre 1661.

Est-ce tout de bon ou par jeu Que ces doctorales boutades Nous préparent des incartades ?

Le P. Carreau, La Stimmimachie , i656, p. i3.

Il perce le cœur

D'Apollon, ce brave moqueur.

En luy disant , par incartade :

Eh! bien, en tiens-tu, camarade?

RicBER, Ovibe bouffon, 166a, p. 57; - Cf. Id., ibid., p. 555.

El je crains que ce gueux ne fasse une incartade.

Mortflburt, Dupe de soi-même, IV, 3; - Cf. Id., Dame médecin, III, a; - Ec. des Jaloux, 1,6.

lanuuua batmmiu.

578 INCIVIL — INCLEMENCES (LES)

Écoutez quatre mots, sans aucune incartade.

Poisson, Coméd. sa:i$ titre, 111, h.

Ta pudeur a souffert d'une telle incartade, - Regrabd, Légat, univ., III, 9.

* Le premier dictionnaire qui ait admis le mot incartade est le Diction, des Rime» de 1G68. 11 ne reparait dans aucun autre avant celui de Pomey (1676) : «r Incartade, insulte, outrage, affronl.» — On le retrouve en 1677 dans le Diction, fr.-ital. imprimé en Suisse au château do Duillier; mais ni le P. Gaudin (1677), ni Guy Miège (1679) ne l'accueillent. Enfin voici Richelel (1680) : «Incartade, brusquerie impertinente, sorte d'insulte;» comme exemple, les deux vers des Fâcheux. Le mot est précédé du signe t qui crveut dire que le mot n'a proprement son usage que dans le style simple, dans le comique, le burlesque ou le satirique».

Incartade parait venir du verbe espagnol encartât, qui signifie proscrire, bannir. Une incartade serait un acte de proscription , de brutalité. Du verbe espagnol , Ricber a tiré le verbe incarter :

Dame Astrée évitant les coups,

Voyant que tout étoit en guerre,

Fait giile au Ciel et fuit la Terre.

Mais sans son hôte elle conta,

Car jusqu'au Ciel on Vincarta. - Richeb, Ovide bouffon, 166 a, p. 17.

Incivil : être plutôt incivil qu'importun , locution.

* Voir ci-dessus, p. 570, Importun.

Inclémences (Les).

Voudriez-vous, faquins, que j'exposasse l'embonpoint de mes plumes aux inclémences de la saison pluvieuse? - Prie, rid., se. 7.

Quel amas d'arbres toujours verts

Triomphe ici de Vinclemence

Des aquilons et des hivers. - La Fout., VIII, p. 99 : Psyché, liv. I.

* «r Molière, dit le Diction, de Trévoux (173a), employé ce mot d'une manière précieuse dans une de ses comédies;» suit la phrase citée. Si le mol inclémence a été noté comme précieux, c'est parce que Mascariiic remploie au pluriel, car, au singulier, on le trouve dans les plus anciens dictionnaires et dans de nombreux auteurs. Bouhours voit dans inclémence un mot poétique : «Inclémence. M. de Balzac Ta employé dans le propre : Vinclemence de l'air, Vinclemence des temps.» On commence à s'en servir dans le figuré, et M. Racine fait dire à Ulysse :

Tandis que pour fléchir Vinclemence des Dieux 11 faut du sang peut-être, et du plus précieux.

<r[l auroit pu mettre la colère des Dieux; mais il a cru sans doute que Vinclemence des Dieux esloit plus beau et plus poétique. Je croy que M. Bacine a raison, et je croy mesme qu'avec le temps inclémence pourra passer de la poésie à la prose. » - Bouhours, Rem. nouv., 3* édit., 1689, p. 5Ai-5£a.

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