‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 3)Chapitre 54 sur 625 · DÉSARMÉ · texte numérisé non relu

DÉSARMÉ

jputi, I* 3; Détartrer, Id., Berg. extra*., V, 7; Démarquiser, Rigiia&d, Joueur, V, 6; Désachalander, Id., iVo/. <2m Chinois, 1; Déshumaniser, Id., Coquette, III, 10, etc.; D£sempoisonner, SbV., IV, A s 8-699, etc.

A propos de ces mots forgés pour les besoins do moment, le P. Bouhours dit :

x Désentester. Ce mot est assez nouveau, mais il plaist à beaucoup de gens, et je ne doute pas qu'il ne s'établisse un jour, pour le moins autant qu'attester. . . Quoy que ces mots expriment bien, ils ne sont pas des plus nobles; et ceux qui ont le plus de goût pour nostre langue ne croyent pas qu'il faille les employer dans le slile sublime. Ce sont des mots propres pour la conversation et pour le stile médiocre.

«Au reste, désentester est plus heureux que désaveugler, désappliquer, désoccuper, qui n'ont pas le bonheur de plaire à nos maistres, et qui ne réussissent point dans le monde, quoy qu'ils ayent des pères et des patrons considérables. Nous avons plusieurs verbes de cette espèce, désabuser, désavouer, désaltérer, désarmer, détromper, etc., mais il n'est pas permis d'en faire à sa fantaisie, à moins qu'on ne le fasse en riant, comme Malherbe, qui se vantoit d'avoir dégasconné la Cour.» - Bouhours, Rem. nouv. , 3* édit. 1689 , p. 35i-353.

À propos de dévouloir, employé par Malherbe, Vaugelas dit ne l'avoir vu nulle part ailleurs, mais en approuve l'usage, malgré Chapelain qui le traite de trmot factice et de nul usage.» (Note de Th. Corneille.) h ajoute :

«Mesme cette composition de verbes semble avoir ce privilège qu'on en peut former et inventer de nouveaux au besoin, pourveu qu'on le fasse avec jugement et discrétion, et que ce ne soit que très rarement.» Il cite ensuite le dishumanare, de Guarini, ou déshumaniser, employé plus tard par Regnard, et reprend :

trOn a fait un mot en nostre langue depuis peu, qui est débrutaliser pour dire âter la brutalité, qui est heureusement inventé, et je ne sçaurois croire qu'estant connu, il ne soit receu avec applaudissement. Au moins tous ceux à qui je l'ay dit luy donnent leur voix, et pas un jusqu'icy ne l'a condamné pour sa nouveauté, comme on fait d'ordinaire tous les autres. Aussi a-t-il esté fait par une personne (la marquise de Rambouillet : note de Th. Corneille) qui a droit de faire des mots et d'imposer aes noms, s'il est vray ce que les philosophes enseignent, qu'il n'appartient qu'aux sages d'éminente sagesse d'avoir ce privilège.?» - Vaugelas, édit. Chassang, II, aa8-a3o.

Dans ses Remarques sur Vaugelas, l'Académie française, moins galante, condamne dévouloir et déclare que «débrutaUser n'est point non plus en usage*. - Id., ibid.

DÉSARMÉ, dégarni, démuni.

Venir en visite amoureuse avec ... un chapeau désarmé de plumes ! . . .

Prie, rûf., se. 4.

97/1 Et le charme qu'elle a pour attirer les cœurs,

C'est un air en tout temps désarmé de rigueurs. - Psyché, 1, 1 .

* Somalie a pris à Molière cette expression : «N'avoir point de plumes à son chapeau, avoir son chapeau désarmé à* plumes.» - Gr. Diction, des Prêt., v° Plumes.

Corneille a employé souvent désarmé dans un sens figuré :

59 Désarme d'éclairs ta divine éloquence. - Imit., III.

no Ne pourrai-ie surprendre un regard favorable,

Un regard désarmé de toutes ces rigueurs? - Nicom., 1,9.

60 DÉSATTR1STER — DÉSESPÉRER

768 ... Le front désarmé de ce regard terrible. - Sertor., III, 1.

Le cœur, à son aspect, détarmé de courroux. - Chébillon, Rhadamiste.

"Pour de armer, nous écrivons detarmer, interposant * entre les voyelles, pour parfaire et remplir le son.» - Rob. Est., cité par Noël et Garpentier.

«Et que diriez-vous si vous oyier un tailleur, disant à celuy auquel il essaye quelque habillement (et principalement si c'est un pourpoint) : Monsieur, cet accouslrement vous arme bien. Je dirois qu'il se moqueroit évidemment de celuy auquel il ressayerait. Au contraire, ce mot resjouit infiniment les oreilles du gentilhomme.»

H. Estibitne, Lang. franc. -i ta l. , édit. Liseux, t I, p. ao8.

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