INTRIGUE
Si , en 16A3 , Oudin est le premier qui ait enregistré le mot intrigue, ie P. Pomey, en 1676, est le premier qui ait noté son sens actuel : «Intrigue, pratique, menée; nouer des intrigues ; affaire embrouillée ; secrète conduite et poursuite d'une affaire ; bommc d1 'intrigue; intrigue d'une pièce de théâtre. »
Le P. Gaudin, en 1677 : «Intrigue, menée, secrette pratique pour venir à bout de quelque dessein ; conduire bien une intrigue ; il sçait les intriguée du Cabinet ; un homme a intrigue ; démêler une intrigue, ou se démêler d'une intrigue ; intrigue d'une pièce de théâtre; le dénouement de Y intrigue d'une tragédie.»
Vaugelas, mort en 16/18, s'est déjà occupé du mot intrigue : <rLa pluspart font ce mot féminin ; je dis la pluspart , parce qu'il y en a qui le font de l'autre genre ; il faut dire intrigue avec un g, et non pas intrique avec un q, comme force gens ie disent et Inscrivent. C'est un nouveau mot pris de l'italien, qui neantmoins est fort bon et fort en usage.» - Vaugelas, édit. Chassang, I, p. a 90.
Dans ses Observ. $ur Vaugelas, l'Académie française dit : «H n'y a plus personne aujourd'huy qui ne fasse intrigue féminin. Ceux d'entre les poètes qui ont esent intrique en mettant un q au lieu d'un g à la troisième syllabe, l'ont fait afin que le mot pût rimer k pratique; mais c'est une liberté trop licentieuse, et qu'il ne faut pas prendre.»
Obeerv, de l'Acad. franc. $ur Vaugelas, Paris, Coignard, 17 où, in-à°, p. i4a.
Th. Corneille, dans ses Obeerv. sur Vaugelas, parle comme l'Académie; mais et l'Académie et Th. Corneille auraient dû se rappeler que P. Corneille avait employé intrique au masculin et en prose, comme on le verra plus loin.
En 1679 , dans le premier volume de ses Observ. sur la lang.Jranç., Ménage s'exprime ainsi, p. i34 :
«Intrigue, féminin, quoiqu'il vienne de l'italien intrigo, masculin. — «V intrigue fut « conduite si secrètement», dit le P. Bouhours, jésuite, p. 17 de la première édition de ses Entretiens.»
Nous ne pousserons pas plus loin notre revue des dictionnaires. Si nous consultons les écrivains qui se sont servis du mot intrigue, nous avons à citer les passages suivants :
Je luy conta y comme j'avois remarqué la sottise étrange qu'Us (les courtisans) faisoient paroistre, usant à tous coups de sept ou huit mots affectez entre eux, et qu'ils croyoient s'estre monstrez très habiles nommes quand ils disoient «rtres-indubitablement, ils allareut, ils parlarent, vous avez bien de la propreté, vous estes fort admirable,. . . vous estes un homme d' intriguer)
SonEL, Francion, édit. de Leyde, 1791 ; I, p. 34 1, liv. VI. — N. B. Les sept premiers livres ont paru en 1699.
11 quitte pour un temps Y intrigue des affaires.
A*t. Corn., Presbytère d'HénouvUle.
P. Corneille a employé intrique, masculin, et intrigue, masculin et féminin.
Voici quelques-uns des exemples recueillis dans le savant lexique de M. Marty-Laveaux :
Un seul intrique brouille les uns et les autres.
Corn., I, 48, Disc, du Poème dram.
370 Enfin ces pratiques
Vous peuvent engager en de fâcheux intriques. - Id. , Ment. ,1,6.
Th. Corneille a changé ce vers dans l'édition de 1699 et mis : Vous couvriront de honte en devenant publiques.