‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 3)Chapitre 59 sur 625 · DÉSORDRE — DESSALÉE · texte numérisé non relu

DÉSORDRE — DESSALÉE

DÉSORDRE, trouble.

Ces vilains sangliers-là font toujours du désordre.

Am. magnif. , V, 1 .

La nature, d'elle-même, quand nous la laissons faire, se tire doucement du disordre où elle est tombée. - Mal. imag., III, 3.

Je ne sais ce que je fais, Madame, . . . tant mon Ame est en détordre.

Malh., IV, 184.

Quelque détordre en noua qu'un reproche ait produit, Il trouve un doux remède au pardon qui le suit.

Th. Corn., Amour à la mode, I, 3.

999 Combien de fois, hélas! puisqu'il faut vous le dire,

Mon coeur de son désordre alloit-il vous instruire! - Rac, Brit., III, 7.

Madame, d'où vous vient tant de trouble? — Ma nièce, Qu*avet-vou8, et sur quoi. . . ? — Le plus grand des ennuis, Ma tante, cause en moi le détordre où je suis.

MoffTFLBUBY, Dupe de toi-même, III , 6.

On dira si Ton veut que, déconcerté par l'objection de M. Claude, j'ay voulu couvrir le détordre où je suis tombé visiblement.

Bossubt, Confér. avec M. Claude, in-ia, 168a , p. 369 : Béflex.

La question de l'Église jette les Ministres dans un tel détordre qu'ils ne sçavent par où en sortir. - Id.. Hitt. det Var., 9 vol. in-&°, 1688; II, p. 575.

Désordre, démêlé, querelle.

Adieu, je suis ravie de voir vos disordres finis. - G. Dand., II, 8.

Leur vrai intérêt (des Espagnols). . . étoit. . . de fomenter le détordre entre eux (entre Condé et Mazarin). - La Rochif., II, a 60.

Dessalée.

Vous faites la sournoise; mais je vous connois il y a longtemps, et vous êtes une dessalie. - G. Dand., I, 6.

Ce nouveau venu estoit dettalé comme le commis d'un banquier.

Bonav. dis Pebiers, Moyen de parvenir, ch. xxvn.

Les valets, qui estaient plus dettalét que ses jambons, en pouvoient desrober tant que bon leur sembloit. - Le P. Garasse, Doctr. cur,, 16a 4, p. 766.

Tu es bien dettalé. - Comte di Cramail, Corn, det Prov., II, 3.

J'anrois, morgue! biau le demander à Parrette, elle ne l'avoueroit jamais : elle est trop dettallée. - La Fort., VI, p. h 57 : Coupe enchantée, se. 6.

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6/i DESSEIN — DESSILLER

Souvenez-vous toujours, beauté trop dessalée, Quand on reçoit l'argent, que l'on est enrôlée.

Regnard et Dufrbnt, Foire Saint-Germain, II, 17 (se. 9 de la Parodié de Lucrèce).

Ce Monsignor me parait bien dessalé; je me forme beaucoup avec lui.

Volt. , Leltr. d'Amabed, XIV.

* Bien que ce mot paraisse déjà dans Cotgrave en 161 1 et i63a, avec le sens de déniaisé, on ne le trouve plus qu'en i64a dans les Rech. ital. etfr. de César Oudio, qui le } traduit par Jurbo, scaltro, fourbe, rusé, et, en 16&9, dans le Diction, servant de bibliotk.

\ univ. de Paul Boyer.

DESSEIN : FAIRE DESSEIN DE ... , avoir le dessein de . . .

j Je te promets, Marquis, qu'il fait dessein d'aller, sur le théâtre, rire

avec tous les autres. - Impr. de Vers., se. 5.

Il faisoit dessein de demeurer là longuement

D'Urfé\ UAstrée, 161/1, I, p. 384*; - Cf. Id., ibid., 1, p. 3o5'; II, p. 718, 908.

9 5 Avec quelle raison me puis-jc figurer

Que celte âme de roche une grâce m'octroie ,

Et qu'ayant fait dessein de ruiner ma foi,

Son humeur se dispose à vouloir que je croie

Qu'elle a compassion de s'éloigner de moi? - Malh., I, i35 : Stances.

119 Si tufaisois dessein de m'ébtouir les yeux.. . - Cork., Hér., 1,9.

Tous deux, de concert, firent dessein de répandre dans le monde que Goligny avoit perdu des lettres de Madame de Longucville. - La Rochef., H, 83.

Dessiller.

Le Ciel. . . a touché mon âme et dessillé mes yeux. - D. Juan, V, 1.

Les malheurs et les disgrâces commençoient désormais à me dessiller les yeux, et à me faire voir la lumière de ceux qui suivent la trace de la vertu.

Chapelain, Trad. de Guzm. d'Alfar., i63o, III, p. 5o6.

1507 Ce n'est que de vos yeux que part cette lumière. — Ce n'est que de mes yeuxl Dessillez la paupière, I Et d'un sens plus rassis jugez de leur éclat. - Cor*. , Mélite, V s.

Je ne croyois jamais qu'un autre l'egalast :

Opinion bien fausse, et que je n'ai plus eue

Depuis que la raison m'a dessillé la Yeue. - Rotrou, Célimène, I, 5.

Resvé-je point icyî Suis-je bien esveillée? Ma paupière , grands Dieux ! est-elle dessillée f

D'Ouyille, Coiffeuse à la mode, Y, 1.

Mais, Dieux! Que vois-je enfin? Quel éclat de lumière

Est venu tout à coup dessiller ma paupière? - Te. Corn., Ber^, extra»., II, 5.

DES-SOSIER — DESSUISSER (SE) 65

6 Mais que sert que la main leur dessille Je* yeux?

Despr., EpU. III; - Cf. Id., Sat. IV, vers 108.

1 178 Mes yeux sont dessillés. - Rac, Etther, III, 7.

* «Pour faire voler au faucon un milan, il le faut ciller et luy attacher une poule : car aussitôt que les faucons le verront charrier (suivre droit), ne faudront de le lier (serrer de près)». - René François (Le P. René Biset), Estay des Merv. de la naU, 1636, p. 5o.

Outiller, siller, sont des termes de fauconnerie. — x Siller est coudre les paupières d'un oiseau de proie, afin de l'empêcher de se débattre.» - Diction, de chou* et de pèche,

Dessiller c'est découdre les paupières sillées.

DES-SOSIER.

1860 Et Ton me des-Sosie enfin

Gomme on vous dés-Aniphitryonne. - Amph., III, 7.

* Voir Desamphitryonner.

Dessous : avoir du dessous avec. . .

Est-il possible que toujours f aurai du dessous avec elle.

G. JW.,H,8.

* On trouve plus souvent avoir le destous :

339 Soit que Rome y succombe ou qu'Albe ail le dessous,

Cher amant, n'attends plus d'être un jour mon époux. - Cobn., Hor., I, a.

Cependant on trouve quelquefois , mais sans complément , avoir, donner du destout :

Chacun s'étonne de l'orage. . .

On peut bien dire adieu, panier, Et chanter vendanges sont faites.

Adieu, chansons, adieu goguettes, Adieu les navets et les choux, Le jardinier a du dessous, Le laboureur en a dans l'aile.

Dassouct, Ovide en belle humeur, i656, p. 67; - Cf. Id. , ibid., p. 136.

Mais je me ris de son courroux,

Nous luy donnerons du destout. - Ricber, Ovide bouffon, 166a, p. 3oa.

Nous avons toujours du dessus et du dessous, de plus habiles et de moins habiles. . ., pour abaisser notre orgueil et relever notre abjection.

Pascal, Pensées.

Dessous, sous.

* Voir t. I, p. 63, Adverbes pour prépositions.

Desscisser (Se).

182Û Je me dessuisse donc, et redeviens moi-même. - lïEt.y V, 5.

* Voir ci-dessus, p. 58, Desamphitryonner,

• araiMMua i*tiw>ai.*.

66 DESSUS — DESTINEK

DESSUS , terme de musique.

Il vous faudra trois voix, un dessus, une haute-contre et une basse.

Bourg, gent., II, 1.

J'appelle un dessus de violon un superius, selon la façon de parler des musiciens.

Soril, Berg. exlrav., édit. 1639; III, p. 978.

* Le dessus, que le P. René François, dans son Essay des Merv. de la nat., 1626, p. 593, appelle le superius, par opposition au bossus, est donné par M. Castil-Blaze comme équivalant au ténor ou soprano.

Dessus, sur.

* Voir t. 1, p. 6a, Adverbe* pour prépositions.

DESTIN, DESTINS : au $ing.9 la vie; au plur.9 la destinée, le sort.

35o L'objet qui fait votre destin. - Fâch., II, 3.

17&& Mais lorsque nous avons les destins si contraires.. .

Fem. sav., V, 4.

17^7 Tout destin, avec vous, me peut estre agréable;

Tout destin me seroit, sans vous, insupportable. - Ibid., ibid.

58 S'il plail à mes destins que je meure pour elle. - Malh., Victoire de la constance.

1 07 C'est dans votre festin

Que ce soir par voire ordre on tranche ion destin. - Cork., Sertor., I, 1.

Faisons nous-inesmes notre destin, et ne le laissons point régler aux autres.

SiGHiis, Nouv. franc., 16 56; 1" Nouv., &3a.

Parce que je jura y là encore : <rpar la mort du destin!. . .» Ton me demanda pourquoy je le fa i sois? — C'était pour me moquer d'eux (de poètes réunis dans la boutique d'un libraire de la rue Saint-Jacques), qui ne composoient pas une stance où ils ne parlassent du destin ou du sort , afin d'accommoder leurs vers.

Sohel, Francion, liv. V, p. q84-q85.

On peut aussi trouver nostre poésie trop ennuyeuse , de ce qu'elle use toujours de circumloculions, et qu'elle employé en beaucoup de lieux les mots de destins et de sort, de charmes et d'appas, et d'autres semblables, pour fournir à la rime ou au nombre des pieds du vers, quoy que quelques uns de ces termes ne soient aucunement nécessaires au sens, et que la signification en soit vicieuse ou mal appliquée. - Id., Connoiss. des Livr., 1671, p. 190.

DESTINER, préparer, projeter, désigner d'avance.

683 Mais dans un entretien qu'avec vous je destine,

N'allez point déployer toute votre doctrine. - Dép. am., Il, 6.

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