‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 3)Chapitre 84 sur 625 · DILIGENCE — DIRE · texte numérisé non relu

DILIGENCE — DIRE

1 176 Je vous crois digne, ingrat, de m'arracher ia vie. - Rac., Bérén., IV, 5.

* Richelet, qui a dépouillé tout Molière, a noté ce sens; mais nous ne le trouvons dans aucun autre dictionnaire.

Diligence : faire diligence.

3&7 Ah! que tu fais languir ma juste impatience! — Monsieur, je n'ai pu/aire une autre diligence.

Fâch., II, 3 et 3.

Je fis toute la diligence qu'il m'étoil possible. - La Rochef., II, ia5.

Hoy, je sais faire mes diligences pour avoir la réponse.

Hauteroche, Crisp. méd., II, 9.

Concluons cet hymen, et faisons diligence. - Moicttleubt, Trigaudin, IV, à.

Faites diligence pour vous habiller.

Id., Coméd. poète, suite du Prol. après le iw acte.

Diligence (En).

&91 Soudain, il me refait une autre révérence : Moi j'en refais de même une autre en diligence.

Éc. des Fem.y II, 5.

Mathilde mit en diligence ses tablettes dans sa poche.

M1U de Scudéry, Mathilde, 1667, p. 976.

Il fit refaire en diligence des ferrets semblables. - La Rochef., II, i3.

i563 Prince, que tardez-vous? Partez en diligence. - Rac, Brit., V, s.

Il est temps de manger ; qu'on serve en diligence.

Poisson, Fem. coq., V, 5; - Cf. Id., Foux Divert., Iï, 3.

Dîner.

Il vient peut-être encore vous faire quelque emprunt; et il me semble que foi dîné quand je le vois. - Bourg, gent., III, 3.

* tt On dit, quand on voit quelque chose qui déplaît : «H me semble que j*ay disné.v - Fuhetiere, Diction., 1690. — La première édition du Dictionnaire de l'Académie (169a) ne donnait pas ce proverbe; les éditions de 1718 et 1760 l'admettent comme «bas», et les éditions suivantes comme « populaire».

DIRE, verbe neutre; absolument, parier; ordonner.

1128 Suffit. Rentrez tous deux. — Vous n'avez^rien qu'à dire.

Ec. des Fem., IV, U.

721 Comment, coquin? — Monsieur, vous n'avez rien qu'à dire, Je mentirai, si vous voulez. — Amph., II, 1 .

Si vous voulez , je les mettrai en enhaut. — Non , non. — Vous n'avez qu'à dire. - Bourg, gent., II, 5.

Je viens d'entendre tout; sur mon Âme, il dit d'or.

Th. Corn., Comt. d'Orgueil, I, 7.

Elle dit bien, Monsieur; songez à l'obliger. - Id., Feint AstroL, III, a.

ai ... Tu dis, et ta voix déconcerte

L'ordre éternel des éléments. - Rag. , Ode tirée du Psaume XVII.

Parle; je suis plénipotentiaire; tu n'as qu'à dire. - Baboit, Coquette, se. i5.

Ma foy, vous dites d'or. Tout ira bien. Courage !

Hautebochb, Bourg, de quai., 1,7.

Dire d'une façon, et puis tout à coup dire de l'autre, seulement en haine des Papistes, c'estoit trop visiblement abuser de l'autorité.

Bossuet, Hi$t. des Var., a in-û8, 1688; I, p. 54.

Vous n'avez qu'à dire, mon capitaine ; je fais d'abord main basse.

Reonabd, Filles err., III, 1.

* Cest ainsi qu'on dit : v l'art de bien dire», c'est-à-dire «de bien parler».

Dire : que je die, que tu dies, qu'il die, qu'ils dient, subjonctif \ pour : que je dise, etc.

1 Veux-tu que je te die? - Dép. atn., I, t.

1799 Non, quand toute la terre, après sa perfidie

Et les traits effrontés. . . — Ah ! souffrez que je die. . .

Dép. am.y V, 8.

Et n'y aura une seule de nos compagnes à qui je ne le die.

D'Unré, UAstrée, 161 A, I, p. 60"; - Cf. Id., ibid., I, p. 56*, et passim, d'Urfé n'employant pas d'autre forme.

Vous attendez que je vous die qu'il fut affranchi. - Malh. , II, 76.

1 899 Je ne saurois souffrir qu'en ma présence on die

Qu'il doive m'acquérir par une perfidie. - Goaif., La Veuve, V, 8.

Faites ce que je veux sans que je vous le die. - Th. Gobit., Feint AstroL, III, 9.

Mais il a l'autre jour promis la Comédie

Et ne s'en souvient plus ; il faut que je le die.

Gilet db la Tessonubbib, Desniaisé, II, 3.

Faites-la sortir, quoi qu'on die, De votre riche appartement.

Goti!i, Suite des OEuvr. gai., i663; p. 385 (cité par Molière dans Les Femmes savantes).

J'ordonne donc qu'on ne die rien que de véritable.

Segbais, Nouv. franc., i656; in Nouv., p. aa6.

Je veux que tu me dies. - Id., ibid., i656; 1" Nouv., p. 4i5.

La rançon que je veux présentement de toy . . . , est que tu me dies au vray quel mal-heur t'a lait mon prisonnier. - Id. , ibid.; a" Nouv., p. 61 5.

Xaltends pas que je te die rien qui te puisse fléchir.

Segiais. .Vont, franc. , i656: 5* Aoar., p. 190-191.

Monsieur Alcidor. voulez-vous décrier Molière d'une plaidante façon? Faites que tous les Autheurs et les Comédien* en dient du bien, car personne ne les croira sur ce chapitre. - Di la Cioii, Guerre corn., i66i, édit. Gay. p. 61-69.

Gcéron (ait consister la dernière fia bienséance) à dire ce qu'il est à propos qu'on die. — La Fott., IV, p. i3 : Conte* , Préf.

46 Si Ton l'eût su. qu'eût-on fait? Que fût-on?

D n'est besoin qu'au Lecteur je le du. - !•., V. 563 : Conte*, IV, i5.

D n'est pas besoin qu'on vous die Ce qu'étoit une fée en ces bienheureux temps. - Phiaclt, Conte* : Beau d'Âne.

Que voulez-vous que je vous die. - M*1* de Sccbcit, MatkUde, 1667, p. 670.

Et je croy que bientôt, si tu n'y remédie»,

rauray le cerveau creux. — Ah ! — Quoy que tu m'en die*.

HÀcTiiocn, Crisf. mune., I, lA.

10A1 Ah! que vous auriez vu, sans que je vous le die,

De combien votre amour m'est plus cher que ma vie! — Rie, Ipnig., LU, 6.

Rien ne me divertit enfin , quoi que Yon die.

Poisso* . Aprrs-dinee de* auberge*, te. 3.

Mais malgré tout cela, je tiens, quoi que Von die,

Que dépense bien faite est grande économie. - Rimai», Vendange*, se. 1.

* ?Au singulier, quoy que l'on dit est fort en usage, et en parlant et en escrivant, bien que quoy que l'on dise ne soit pas mal dit. Mais quoy qu'il* dient, au pluriel, ne semble pas si bon à plusieurs que quoy qu'il* di*ent : je voudrais user indifféremment de l'un et de l'autre. II y en a qui disent qu<*y que ton* diiez. pour dire quoy que tou* di*kz ; mais il est insupportable. r - Vai gelas, édit. Chassan^: II, 33.

Patru. dans ses Obserr. sur Yaugela*, répond : "Die est vieux, et quoy que Fon dite est comme il faut parler. Néant moins, parce que tous no* Auteurs s'en servent, je ne le condamne pas. surtout eu vers, mais je ne le dirai jamais.* - 1d.. ibid.

rTh. Corneille reprend : -M. de Vaugetas employé partout die pour dite; cependant la pluspart de ceux qui escriment bien sont persuadés que die n'est bon qu'en vers. . . Le pluriel de die ne vaut rien du tout . et je ue me souviens point d'avoir jamais leu quoy qu'il* dieuL M. Chapelain dit qu'il n'a jamais ouy dire à personne 91105 que tout diiez ; tout le monde dit quoy que vous disiez. M. de La Mothe Le Vayer condamne dut et dient; il adjouste que tous ceux qui sont intelligents dans la langue les condamnent comme lui.?» — Id. . ibid., p. 39.

Enfin 1* Académie, dans ses Obserr. tur Yaugela*. se prononce ainsi : «11 faut dire présentement quoy qu'on dise et non quoy quon die, qui s'est dit autrefois, surtout en poésie.?* - Ld. . iW.. ibid.

Vaugelas. Patru. Th. Corneille, l'Académie ne parlent que de la troisième personne du singulier ou du plurieL Nous avons vu que d'Crfé. Malherbe, Molière. La Fontaine, Gilet de la Tessonnerie. Segrais, Mu* de Scudéry. Th. Corneille bieu. Racine, ont employé la première personne; on retrouve la première personne dans une épigramme bien connue :

Colas est mort de maladie ; Tu veux que j'en pleure le sort ; Que diable veux-tu que j'en die ?

Colas vivoit , Colas est mort.

Goibacld. Epigr.. in- is. 1607: I, 56, p. 3s.

Pour la deuxième personne 9 nous en avons donné plus haut des exemples de Segrais et ce Hauteroche.

Dire : je vous dis et vous douze, locution populaire.

Je vous dis et vous douze que tous ces médecins n'y feront rian que de riau claire. - Méd. malgré /ui, II, 1.

Ouy,je vou le dit et voue le douze qu'on y mange de la ché, de la voulaye, et dé reux queme en chaînage.

Suite de V agréable conférence de deux paysans de Saint-Ouen et de Montmorency, in-&°, p. 5.

* C'est-à-dire oui, je vou» le dit et vou» le douze qu'on y mange de la chair, de la volaille et des œufs comme dans les jours où l'Eglise permet les aliments gras.

Le rapprochement de dis (dix) et de douze forme une sorte de calemBour qu'il suffît d'indiquer.

Dire (A), qui fait défaut, qui manque.

Mais lorsqu'on en est maître une fois, il n'y a plus rien à dire ni rien à souhaiter. - D. Juan, I, a.

Je vous trouve à dire plus que je ne voudrois . . .

Misanth., Lettre de Célimène, après le vers 1690.

Je suis d'une taille au-dessous de la moyenne ; ce défaut n'a pas seulement de la laideur, mais encore de l'incommodité à ceux mesmement qui ont des commandemens et des charges : car l'authorité que donne une belle présence (prestance) et majesté corporelle en est à dire.

Montaigne, Essai», II, xtii; édil. in-fol., i65a, p. 47a.

Après avoir retourné ce nom de Catherine pour en composer un autre, j'ay trouvé en son anagramme celui de Charitée, et n'y a qu'une lettre (n) à dire que toutes les lettres ny soient. - Soiel, Berg. extrav., 16117; I, p. 7.

Quand il arriva à cet article, il me sembla si solennel qu'il n'y avoit que les cloches à dire; la croix et la bannière y estoient.

Chapelain, Trad. de Guzm. d'Alfar., i63o; III, p. 3o6.

3o8 Avec tant de beautés et tant de bons esprits ,

Je ne valus jamais qu'on me trouvât à aire. - Gobn., La Veuve, I, 5.

Qu'y trouvez-vous à dire f II est beau, doux, bénin.

Th. Corn., D. Bertr. de Cig., V, ia.

Et n'êtes- vous pas des hommes comme nous? — Oh ! vraiment non: il y a bien à dire. - La Font., VII, p. £71 : Coupe enchantée, se. 11.

On ne trouva jamais à dire une seule de ses brebis.

Bossckt, Avert. aux Protett., in-â0, 1689-1691 ; V, S 39, p. 363.

* Richelet, oubliant ces phrases, donne cette locution comme nouvelle, et cite plusieurs exemples de d'Ablancourt et de Patru. — Furetière , v° adirer, dit : « Adirer, terme de Palais; égarer quelques papiers. . . Quelques-uns dérivent ce mot de aderrare. 11 y a plus d'apparence qu'il vient de trouver à dire, qui signifie manquer. n

Furetière est dans l'erreur, car le verbe adirer existait bien longtemps avant l'expression à dire. Ducange en cite l'exemple suivant, tiré du roman de Rou :

Puis a dit au Duc en l'oreille Que il a eu moult merveille De la cuillé qu'il a trouvée Qu'il ont au mangier adirée.

Dans la Coutume de Normandie, chap. Lixxvn, art. 5f on lit :

De ces querelles, les unes sont de debte, les autres de convenant, les autres de cboses adirées.

Dans la Coutume du Berry, dont le texte a été arrêté par procès-verbal de juin 1637, on lit, lit. IX, art. 98 :

Pareillement s'il est trouvé qu'ils ayent prins, esgaré ou adiré aucun des biens meubles. . ., etc.

Robert Estienne ne donne pas le mot (i5âg); mais Nicot (i573) dit : «Adirer, mot fréquent à Paris, vault aulant comme etgarer.i»

D'après ces exemples, nous pensons que l'on a dit d'abord qu'un objet est adiré, au lieu de adiré, en transformant le participe en adjectif, comme on dit, en Anjou, comble pour comblé, gonfle pour gonflé, etc. Ce serait par corruption que l'on aurait transformé adiré en à dire.

On trouve à redire pour à dire :

Plistonax ayant fait faire une reveue de ses troupes, on trouva à redire près de vingt mille hommes. - Cléobuline, Roman, par Mm* de M. (db Marcé), i658, p. 3a4.

Dire (En).

1703 Cette maison meublée est en ma bienséance, Je puis en disposer avec grande licence ; Si le sort nous en dit, tout sera bien réglé. - VEu, V, 1.

Vous avez beau prêcher, s il voue en dit : ce sont tromperies. - Malh., II, A 9 3.

906 Ami le cœur t'en dit. — Nullement, ou je meure. - Corr. , GaL du Pal., I, 8.

Qu'on ressorte aussitôt et qu'on ne rentre plus,

Afin que nous puissions librement et sans peines,

Si le cœur noue en dit, parier de nos fredaines. - Poisson, Fem. coq., V, A.

* *Si le cœur voue en dit, ti le cœur lui en dit», sont des expressions consacrées : si cela voue ou lui convient. 11 semble diflicile d'expliquer, dans le vers de Molière, «r« le tort nous en dit», en tenant compte de ce qui précède et de ce qui suit. Et peut-on admettre est le cœur voue en dit», que n'autorise aucune variante dans les anciennes éditions?

Dire : c'est tout dit, c'est tout entendu, il n'y a rien de plus à dire.

1397 II est fort enfoncé dans la Cour : c'est tout dit. - Fem. *at>., IV, 3.

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