AVECQUE
* La forme avecque pour avec était fort discutée. Dès 16/17, Vaugelas avait écrit une lon|}ue Remarque sur avec, avecque et avecque»,
ffPour commencer, dit-ii, par le dernier, auecqueê ne vaut rien, ni en prose, ni en vers, et pas un de nos poètes ne s'est donné la licence d'en user. Mais parce oue je vois de bons Autheurs qui souffrent cette orthographe dans leurs œuvres, et qu'insensiblement elle pourroit bien se glisser jusques dans les vers, j'ai jugé à propos de la comprendre en coste remarque, pour empêcher qu'on ne s'y trompe.
rtAuec et aiiecque sont tous deux bons , et ne sont pas seulement commodes aux poètes pour allonger ou accourcir leurs vers d'une syllabe selon la nécessité qu'ils en ont, mais encore à ceux qui escrivent en prose avec quelque soin de satisfaire l'oreille, soit pour former la juste mesure d'une période, soit pour les joindre aux mots avec lesquels ils rendent les sons plus doux et la prononciation plus aisée , soit enGn pour empescher dans la prose la mesure du vers.»
Vaugelas dresse ensuite une liste des consonnes qui réclament devant elles la forme avecque; ce sont i ft ti,j, l, m, n, p, r, t, v; devant les autres, il préfère avec, dont «ril faut toujours prononcer le c, et se garder bien de dire : aué inoy, aué un de met arnii, comme prononcent plusieurs».
A ce sujet, nous ferons remarquer que, entre Angers et Saumur, c'est bien au-^ et non av-€ que l'on prononce, avec au formant diphtongue et non avec la consonne v; prononciation qui explique les formes anciennes de au ouo pour avec, et qui permet de se demander si Vu était toujours consonne, et n'était pas quelquefois voyelle dans les mots où, actuellement, nous le faisons consonne.
Patru, dans ses Obterv, sur Vaugelas, le contredit au sujet d'aver^uet, qui, selon lui, se disait autrefois. Il admet avecque en vers et préfère, en prose, avec, employé toujours par Amyot et par des Essarts, traducteur des huit premiers livres ^Amadi», irle premier qui a eu quelque connoissance de la langue françoise».
Th. Corneille, le P. Bouhours, Ménage, l'Académie française ont aussi traité ce point; nous ne pouvons que renvoyer à leurs ouvrages. Voici quelques exemples des diverses formes :
Par tes forests vivoient auecqueê elle. - Ronsabd, Amourt, i"* livr., sonn. 166.
Avecques un joyeux visage. - Du Bellay, Ode VU y au card. du Reliai.
Avecque sa beauté toutes beautés arrivent. - Malh. , Stancei pour Alcandre,
La rose ne vous plaist qu'avecque son espine.
Bois-Robert, Folle Gageure, I, h.
Corneille, selon M. Marty-Laveaux , cessa d'employer avecque après Andromède {i6hi))t et, plus tard, le fit disparaître de tous les vers où il l'avait placé :
55a Avecque tout son bien Mélite le méprise. - Mélite, II, à. 5 06 Avecque jugement punit et nk'ompense. - Ciniia, II, 1. fia 5 Je l'en crois sans jurer avecque les l)outades. - Ment., 1, It,
Ces vers devinrent :
Quelque riche qu'il soit, Mélite le dédaigne. . . Avec discernement punit et récompense. . . Je t'en crois sans jurer avec tes incartades. . .
Dans son Lexique de la langue de Racine, M. Marty-Laveaux remarque que Radne a employé cinq fois cette forme vieillie, avecque, dans La Thébaîde, mais ne l'y a gardée que jusqu'à Tédition de 1G87, inriiisivomont. Dans Alexandre ^ il s'en est sern une seule fois, mais l'y a toujours laissée. Louis Racine suppose que ce vers lui a échappé, et d'Olivet paraît être du niémo avis.