‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 4)Chapitre 134 sur 395 · BARAGOUIN · texte numérisé non relu

BARAGOUIN

Il faut escrire, rymer et parler en pur François. . . pource que les haragouim estans aussi divers que les provinces de France , on n'auroit jamais trouvé de méthode à rymer plausible à chacun. - M"* db Goubnat, L'Ombre, 1697, p. 966.

Que si, au reste, j'ay quelques proverbes, tous ceux qui parlent bien les ont aussi bien que moy. Que scroit-ce donc si je disois, comme Renyer (Régnier) : «r C'est pour vostre beau nez que cela se fait; vous parlez barragouin; vous nous faites des bonadiez; vous mentez par votre gorge ; vous faites la figue aux autres; je responds d'un ris de S*-Medard ; je suis parmy vous comme un homme sans verd.» Voilà les meilleurs mots de ce poète satyrique; mais je n'en voudrois pas user, car possible que, d'icy à dix ans, on ne les entendra plus, et, dès maintenant, il y a plusieurs personnes qui ne les entendent pas.

SoBEL, oerg, extrav,, lôSg, III, p. 553. Rem, »ur le XI V* livre.

Il n'a garde d'y respondre,

Avec son sot baragoitu - Saint-Amart, Œuvr,, bibl. elzév., II, 46 1.

Sa langue bègue se mesla ,

Et fit un baragouin semblable

A celui d'un valet d'estable. - Richh, Ovide bouffon, 1669, p. 998.

On a tantôt sur eux, en baragoin sauvage, Jargonné certains mots qui font le mariage.

MoNTPLBUBT, Dupe de eoi-méme, V, 3.

Et que pui»-je pour vous en semblable occurrence.

Monsieur ? — Réprimander la noblesse de France

Qui parle italien, espagnol, allemand.

Et qui ne peut parler le langage normand ; . . .

Qui, sans avoir dessein d'aller jamais fort loin,

Des pays étrangers apprend le baragouin,

Et qui, par une erreur que le bon sens condamne.

Aime mieux eignor, êi, que voire ou Dieu me damne.

Poisson , Comédie $ant titre, II , 1 •

Je jouay l'Etourdy qui fut une merveille :

Car à peine on m'eut veu la hallebarde au poing,

A peine on eut ouy mon plaisant barragouin,

Veu mon habit, ma toque, et ma barbe et ma fraise,

Que tous les spectateurs furent transportez d*aise.

Lb doulaiioeb db Ghaldssat, Èlomire (Molière) hypocondre, 1670. - Au û' acte, Divorce comique, se. 9.

^ Rien que ce mot soit très ancien dans la langue, on ne le trouve que dans un petit nombre de dictionnaires : Cotgrave (1611, i639, i65o); \e Dict. fr,-fl. de 1618 et de i663; le DicUjr.-ilal. d'Oudin (1649); le Dict. de$ rimee (1668). — En i65o. Ménage écrit {Originee, p. 91) : tf Baragouin, de ces deux mots bara et guin, qui signifient, en bas breton, pain et vin, qui sont les deux choses dont on apprend premièrement les noms quand on apprend les langues estrangères. De ce mot baragouin on a fait le verbe baragouiner, qui est comme qui diroit ne sçavoir autre chose d'une langue que les mots de pain et de vin, M. Rrochart . . . dérive le mot bas-breton bara de 1 hébreu bar, qui signifie la mesme chose. Pour guin, je ne doute point qu'il ne rienne de vinum; on y a préposé un g comme en gué, de vadum, en gueepe, de veepa, etc.» Nicot, Monet, Pomey, Gaudin, Danet, ne donnent pas le mot; Richelet admet baragouin, baragouiner, baragouineux; Furetière, seulement les deux premiers.

On trouve barragonnoye pour baragoin dans la Farce de Colin, fiz de Thevot le Maire,

Je crois que c'est un Sarrazin ,

Car il parle barragonnoifê. - Ane. Th,Jr,, bibl. elzév., II, 398.

îii BARAGOUINER — BARBARA (IN)

Voir dans les Obitrvationê de Ménage, t. II, p. Sg^-âoi, un très long et très curieux passage où i^auteur répond à un plaisant chapitre du P. Boubours qui s*était moqué de ses ctymologies : cr baragomn et jargon de barbaruo : barbaruo , barbartctu, baricui, varicus, fiaricuê, guaricui, guarcut, gargu», gargo gargonis, jargon; barbarui, barbaracut, barbaraeuinut, baraguinui, baragouin.» - Cf. Bodhodbs, Rem, nouv,, 1689, p. 369 et suiv.

Baragouiner.

Foin I Je ne me souviens jamais comment diantre ils haragownent ce nom-là. - G. Dand.y I, a.

Pourrois-je point deviner

D*oii vient ce barragouinerf - R. Estibhns, Autre Remonstrance , . . en tète des Deux DiaL du long, franc. Atal.

Elle ne me plaist point quand elle baragouine, - GhâmpmuU, ParUien, I, 1.

Baragouineux, baragouineuse.

Deux carognes de baragouineuses me sont venu accuser de les avoir épousé toutes deux. — Pourc, U, 10.

Ah! peste soit du baragouineux ! — Fourb, de Scap,, III, 9.

:¥ Richeiet (1680) admet baragouineux et baragouineute , en citant les exemples de Molière; Furetière, bien que postérieur (1690), ne donne pas ces mots; il s^en tient à baragouin et baragouiner; FAcadémie française, en 1696, suit Furetière; mais, en 1718 et ty/io, elle ajoute baragouineux, qui devient baragouineur en 1769, 1799, i835 et 18*^8. A partir de 1769 aussi, on y trouve baragouinage, qui figurait déjà, au lieu de baragouin, dans les uicU franç.-flam, de 1618 et 1663.

Aucun dictionnaire n^admet les adjectifs baragouin, baragouine, dont se sont servis plusieurs écrivains autorisés, plutôt que de baragouineux ou de baragouineur.

Ce ne sont jamais les honnestes gens et bien nourris (bien élevés) de ces pays barragouini qui prononcent mal. - M*^ de Godbnat, L'Ombre, 1637, p. 690.

Je n*y comprends plus rien. Ce sont des baragouinée. Je vay leur chanter pouille en passant. Ah I coquines I

GhamphisU, Paritien, m, 8.

Boni — n parie un latin baragouin, incommode.

Là Thuilirii, Criepin précepteur, se i3.

Je n*aime point ces baragouinée d'Aix.

Sév., Lett, à M^ de Grignan, 9 juin 1680.

Barbara (Syllogisme m).

Je vous prouverai, . . . par arguments in barbara, que vous n'êtes et ne serez jamais qu'une pécore. — Mar, forci, se. i.

Qui sont-elles ces trois opérations de Tesprit? — La première, la seconde et la troisième. . . La troisième, de bien tirer une conséquence

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