‹ Lexique de la langue de Molière comparée à celle des écrivains de son temps (volume 4)Chapitre 149 sur 395 · BÉER · texte numérisé non relu

BÉER

if Voir Bayer.

BÉJAUNE ou Bec jaune.

Oui, Math urine, je veux que Monsieur vous montre votre bec jaune,

D. Juan, II, &.

C'est fort bien fait d'apprendre aux gens à vivre , et de leur montrer leur bec jaune. — Am. méd., II, 3.

Monsieur, souffrez que je lui montre son bec jaune, et le tire d'erreur.

Mal. imag., III, ii.

Il faut payer son bec-jaune, - Fa. d*Amboi8B, Let Neapolitaines , I, h.

Il me souvient que le roman de Vaudemont, pour expliquer l*ineptie de cette humeur niaize, appelle Thomme qui en est saisi un badebec [bade-bec, hec-bée], comme s'il disoit en son vieux patois un homme qui ouvre le bec à toutes choses, comme un esprevier qui a le bec jaune, et qui est appelé nidulariuê, c'est-à-dire niaii ou nigaud, en terme de fauconnerie.

Lb p. Garassb, Doclr, cur,, 169 4, p. 307.

Elle me vit jeune garçon, le bec jaune, Tembonpoint refait, niais et badaut : je luy semblay un bon sot de village.

GuAPBLAiH, Trad, de Guzm. d'Alfar., i63o> I, p. 66.

La Justice , qui leur monstrera leur bec jaune.

G** DB Gbamail, Coméd. de$ Prev., I, 6.

Vous dites dW, et si vous n*avez pas le bec jaune. - Id., ibid., II, a.

Allez quérir un papier là-haut, sur le manteau de la cheminée, que je luy fasse voir son bec jaune. — FoaBTièaB, Rom. com,, p. 97.

* ffBéjaune, par corruption pour bec jaune. Ge mot, par métaphore des petits oiseaux niais qui ont le bec jaune, signifie parmy nous un niais et un apprenti en quelque art et sdence oue ce soit. Ainsi dans les Escoies de Droit on appeloit aveiennement Baaunee les Institutaires , et on disoit leur faire payer leur bec jaune pour leur faire payer leur bien^ Venue. Les clercs de la bazoche de Paris, pour avoir leurs privilèges de bazochiens, prennent encore aujourd'huy des lettres de bec jaune.it — Me»., Orig. de la lang.fr,, in-â% i65o.

A ce passage, un peu modifié, Tédit. de 1760, 9 vol. in-fol., ajoute : «rOn appelle aussi bijaune le festin que faisoient les clercs ou les apprentifs lorsqu'ils étoient reçus en charge ou passés maistres.» - Id., Diction, étym., 1760.

Bec jaune ou Béjaune était pris aussi comme adjectif; il désignait un jeune homme niais et sans expérience.

Ostez cela, estez cela, Gar, par ma foy, point je n*en veulx.

Qu'esse-cy ? Esies-vous bejaulne 7 Vuidez-moy mon broc vistement.

Poée. attrA. à Villon : La Manière d'avoir du vin

Et faites taire ce becjaune Qui quaquette tant là derrière.

Sermon joyeulx de bien boire. Ane, Th.Jr,, bibi. elzév. , L II p. 8.

332 bel air — bel esprit

Bel air.

♦ Voir ci-dessus, p. 75-77 : Air, le Bel air.

Bel esprit.

90 Et que visitcroicnt marquis et beaux esprits. ^ Éc, des Fem., I, t.

Elle Tavoit invité à souper comme bel esprit,

Crit. de VÉc. des Fem., se. 3.

6g 1 Un pédant qu'à tous coups votre femme apostrophe

Du nom de bel esprit et de grand philosophe. - Fem. sav., Il, 9.

8ai ... Et bel esprit, il ne Test pas qui veut. . . — Ibid., III, a.

19 55 II en est, et plusieurs, que pour le bel esprit

Le mauvais goût du siècle a su mettre en crédit. - Ibid.y IV, 9.

i333 Vous autres, beaux esprits , vous déclamiez contre elle.

iiirf.,IV, 3.

Chacun veut à cette heure-ci faire du bel esprit, bien que Ton n*ait jamais yu tant d^ignorance comme il y a en ce siècJe. - Sorbl, Franeion, t. II, p. 79.

Mais pour bien faire voir ces choses par escrit , Kt dignes de Voiture, et dignes de paroistre,

11 faudroit estre Bel-esprit

Et je n'ay pas Thonneur de Testre.

Sarasih, Pompe fun, de Voiture (fin).

Mdtbilde, quoy qu elle aimast toutes les belles choses, ne faisoit pas le bel-esprit,

M"* DB ScoDKRT, MathUds, 1667, p. i65.

Il est de riches sots qui, pour certains usages.

Tiennent un bel esprit quelquefois à leurs gages.- Th. Gobn., L'Inconnu, III, 1.

Vous m*avoueres que ce n*est guères que de ces diseurs et de ces faiseurs de jolies choses dont on a coutume de dire : il est bel esprit, . • G^est un caractère ridicide que celui de bel esprit.

BounouBs, Entr, d'Ar, et d'Eug., 1673, p. 933-936.

Les talens que le monde admire leur paroistront peu de chose (aux hérétiques) lorsqu'ils verront. . . tant de vanité, tant d*ostentation , et des illusions si dangereuses parmi ceux qu'on appelle beaux esprits,

BossuKT, Hist. des Var., 9 vol. in-&% 1688, I, prcf., XXIX.

La nouveauté du la doctrine et des pensées de Luther fut un charme pour les beaux esprits. - Id., ibid. , I, p. 936. - Gf. I, p. 938; II, p. 68.

Ascagnc est statuaire,. . . et Gydias bel esprit, c'est sa profession. Il a une enseigne. - Li Bruykrb, De la Société. . ., n** 76, édit. d'Hugues, I, p. 169.

Pour être bel-esprit ,

11 faut avec mépris écouter ce qu'on dit,

Rêver dans un fauteuil , répondre en coq-à-l'ànes ,

Et voir tous les mortels ainsi que des profanes. - Rignabd, Distrait, IV, 7.

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